Une déclaration insuffisante, clament les familles de «disparus»
Buenos Aires, 11 septembre 2000 (APIC) L’Eglise catholique d’Argentine a officiellement demandé pardon pour les «erreurs, fautes et omissions» commises par sa hiérarchie tout au long de l’histoire du pays, et sous la dictature militaire, entre 1976 et 1983. La déclaration des évêques a d’ores et déjà été qualifiée d’»insuffisante» par les associations de défense des droits de l’homme».
«Le «mea culpa» de l’Eglise a été fait par le président de la Conférence des évêques, Mgr Estanislao Karlic, au cours d’une célébration qui marquait la conclusion du Congrès eucharistique national. Pour les organisations de défense des droits de l’homme, la déclaration de l’Eglise catholique est insuffisante. Le texte, insistent-elles, ne fait pas explicitement référence à la dictature militaire et à ses victimes. De plus, «ce mea culpa arrive 17 ans trop tard, a expliqué un porte-parole de l’organisation de «Mères de la Place de Mai». Ce dernier demande à l’Eglise d’ouvrir ses archives.
Un an après la réouverture du débat provoquée par les confessions d’un officier de la marine sur les années tragiques de la dictature militaire, la Conférence épiscopale argentine a demandé pardon samedi pour son rôle dans la «sale guerre». En décembre dernier, les évêques argentins n’avaient toujours pas réussi à publier une parole commune, malgré des mois de mise en cause et de polémique sur la place publique, rappelle le quotidien français «La Croix». Ils ont finalement publié samedi une déclaration dans laquelle ils demandent «humblement pardon à Dieu pour les fautes commises».
«Nous regrettons profondément de ne pas avoir pu atténuer davantage la souffrance causée par un tel drame. Nous nous solidarisons avec ceux qui se sentent blessés par cette attitude et nous déplorons que des fils de l’Eglise aient pu participer à des violations des droits de l’homme et que l’action des pasteurs n’ait pas suffit à empêcher une telle horreur».
Milliers de «disparus»
La sanglante dictature militaire exercée sur le pays a été caractérisée par la torture et les assassinats, qui laissent aujourd’hui le pays en deuil de plusieurs dizaines de milliers – entre 10’000, selon les chiffres officiels, et 30’000 – de citoyens «disparus», sauvagement assassinés. Les victimes étaient non seulement des combattants de la guérilla, mais aussi, dans leur grande majorité, des militants de gauche, des syndicalistes, des religieux et de simples citoyens suspectés de sympathie pour la guérilla.
Aujourd’hui encore, «Les Folles de la Place de Mai» – les mères les grands-mères et les familles des «disparus» – continuent à se regrouper pour réclamer justice, et demander ce qu’il est advenu de leurs enfants. Le décret d’amnistie en faveur des militaires coupables des pires atrocités fait toujours de nombreux remous et suscite l’indignation des milieux de défense des droits de l’homme. Deux hauts responsables militaires ont été arrêtés ces derniers temps. L’un par la justice italienne, l’autre par le Mexique, à la demande de l’Espagne.
L’aveu du capitaine Scilingo
Depuis que l’ex-capitaine de corvette Adolfo Francisco Scilingo a raconté en détail, en mars 1995, comment la marine s’était débarrassée de centaines de prisonniers politiques en les jetant à la mer, les évêques se disputent ouvertement sur leur responsabilité et sur l’opportunité de demander pardon à la société. «Au retour des hélicoptères – qui avaient servi a jeter les opposants à la mer -, avait précisé le capitaine Scilingo -les aumôniers militaires confortaient les officiers avec des citations des Evangiles sur la nécessité de séparer le bon grain de l’ivraie».
Scilingo avait reconnu avoir pris part à deux opérations en 1977, durant lesquelles des prisonniers politiques, drogués, étaient jetés vivant dans les eaux du Rio de la Plata. Selon lui, entre 1976 et 1977, des vols étaient organisés chaque semaine. Au total, 2’000 prisonniers politiques ont ainsi été jetés en pâtures aux requins.
Prélats montrés du doigt, dont Mgr Laghi
A l’exception de quelques prélats, comme Mgr Enrique Angelli, l’évêque La Rioja qui a payé de sa vie ses dénonciations des violations des droits de l’homme, la majorité de la Conférence argentine n’a pas protesté devant les méthodes utilisées par la junte. Pire, certains évêques auraient fait preuve de complicité passive et active, écrit «La Croix». Les noms les plus cités par les associations de droits de l’homme et les «Folles de la Place de Mai» sont ceux de feu Mgr Tortolo, évêque aux armées et président de la Conférence épiscopale à l’époque, du cardinal Quarracino qui lui succéda, ou de l’ancien nonce, Mgr Laghi, actuellement cardinal-préfet de la Congrégation pour l’éducation catholique à Rome.
Après la confession du capitaine de marine Scilingo, rares ont été les évêques, comme Mgr Hesayne (Viedma) ou Mgr Novak (Quielmes) à immédiatement réclamer «la réparation publique des péchés publics» et à appeler à un repentir authentique de l’Eglise. Dans une déclaration tranchant avec l’attitude de l’épiscopat, Mgr Esteban Hesane avait en effet déclaré à «Pagina 12» que l’Eglise «avait indirectement toléré la torture. Les autorités ecclésiastiques, au courant des atrocités commises, n’avaient pas clairement soutenu les mères des disparus». La revue argentine s’en prenait en outre à Mgr Pio Laghi pour n’avoir pas dénoncé ce qui se passait dans les centres de tortures, «alors que la nonciature en était informée dans le détail».
«L’Honneur perdu des évêques argentins»
Egypte: Des «apparitions mariales» attirent des milliers de fidèles coptes à Assiout
Un phénomène qui réjouit chrétiens et musulmans
Le Caire, 11 septembre 2000 (APIC) L’annonce d’»apparitions mariales» attire des milliers de fidèles coptes dans la ville d’Assiout, en Haute-Egypte. Selon des responsables d’Eglises chrétiennes, certains n’hésitent pas à faire des centaines de kilomètres dans l’espoir d’assister au phénomène.
Le Père Mina Hanna, secrétaire du Conseil des Eglises d’Assiout, a déclaré à la BBC que la ville n’a jamais rien vécu de pareil. Des gens dorment dans la rue autour de l’église de Saint-Marc où les premières apparitions supposées ont eu lieu il y a trois semaines. Certains sont juchés sur les toits pour tenter de voir quelque chose. A noter que la ville d’Assiout a été longtemps une citadelle des militants islamistes.
Une «voyante» a déclaré avoir vu la Vierge Marie avec les mains ouvertes dont émanait de la lumière, avec un parfum d’encens et de nombreuses colombes. Un prêtre a déclaré avoir passé une nuit entière éveillé et n’avoir rien vu d’autre que de simples pigeons. Pour lui, il ne s’agit pas d’un miracle. Néanmoins, pour le Père Hanna, les visions dont on parle sont une «bénédiction» pour Assiout, soulignant que les relations sont désormais meilleures entre les communautés chrétiennes et musulmanes depuis le début des apparitions, qui réjouissent tant les chrétiens que les musulmans. (apic/bbc/be)
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