Les Eglises plaident pour les autochtones et les réfugiés

Australie: Une autre fenêtre que celle proposée par les JO

Melbourne, le 15 septembre 2000 (APIC) Le Conseil national des Eglises d’Australie (National Council of Churches in Australia – NCCA) critique vertement les autorités australiennes et leur politique de l’autruche suite à leur refus d’octroyer des visas à des comités des droits de l’homme des Nations Unies. Le Conseil des Eglises reproche à l’Australie de ne pas vouloir coopérer avec l’ONU et de maintenir un état d’apartheid permanent avec les autochtones. Les vives critiques des Eglises font taches, à l’heure où le pays accueille en grandes pompes et à grands moyens les Jeux Olympiques.

La gouvernement a été pris à parti par l’ONU, qui reproche à ce pays sa manière de traiter ses autochtones et les demandeurs d’asile. Les autochtones sont les exclus des JO, et de la vie sociale en général. Le NCCA, qui regroupe l’Eglise catholique et les principales Eglises protestantes et orthodoxes, a qualifié de tragique la réaction des autorités australiennes et estime qu’elle nuira à son image face au monde.

David Gill, secrétaire général du NCCA, a écrit au Premier ministre australien, John Howard, pour lui exprimer sa surprise et ses inquiétudes et lui demander de revenir sur cette décision, annoncée le 29 août.

David Gill a déclaré que la position du gouvernement ne peut qu’encourager les dictateurs aux quatre coins du globe, parce qu’elle laisse entendre que «même l’Australie, l’une des démocraties occidentales qui appuie les Nations Unies depuis 50 ans, est prête à les laisser [les dictateurs] faire fi de l’ONU quand cela leur convient».

«A mon avis, a-t-il commenté à l’agence œcuménique ENI, cela rabaisse l’Australie dans l’estime d’un grand nombre de gens qui ont à coeur l’humanisation de notre monde». «Je ne sais pas si cette tache sur notre image persistera longtemps. Il est à espérer que l’Australie saura faire oublier le plus rapidement possible ce triste épisode de son histoire».

Plus d’enquêtes

Le gouvernement, qui a commencé à réexaminer la participation australienne à l’ONU après qu’un comité des Nations Unies lui eut reproché en mars son traitement des autochtones et sa détention systématique des demandeurs d’asile dans des endroits reculés et inhospitaliers, a indiqué qu’il ne permettrait plus à des enquêteurs des droits de l’homme de visiter le pays à moins de «raisons impérieuses». Le gouvernement a aussi annoncé qu’il réduirait sa participation aux enquêtes de l’ONU et refuserait tout report des déportations de demandeurs d’asile éconduits demandé par des comités de l’ONU jusqu’à ce qu’il y ait des profonds changements dans le système régi par le traité des Nations Unies sur les droits de l’homme.

Le gouvernement australien a ajouté qu’il ne compte plus signer le Protocole facultatif à la Convention sur l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes. Selon un reportage paru dans «The Age», quotidien de Melbourne, les participants australiens auraient joué un rôôle-clé dans la rédaction de ce protocole. Cela aura pour conséquences que les Australiennes ne pourront pas s’adresser à l’ONU pour se plaindre de politiques gouvernementales qu’elles considèrent discriminatoires.

En annonçant que le gouvernement avait décidé de ne pas coopérer avec les comités des Nations Unies, Daryl Williams, procureur général d’Australie, a estimé que l’ONU passait trop de temps à enquêter sur des violations alléguées des droits de l’homme dans les démocraties libérales, «questions mineures et marginales» dans le cas de l’Australie, et pas assez à se pencher sur des problèmes plus graves. «Il n’y a pour ainsi dire aucun dossier australien qui ne paraisse insignifiant quand on le compare aux arrestations, détentions et exécutions arbitraires ou au fait de se faire couper les bras parce qu’on appartient au mauvais parti politique», a-t-il dit.

Précédent regrettable

Selon le Premier ministre, John Howard, l’Australie peut fort bien se passer du système inégal de l’ONU. «Nous pensons que l’’ustralie peut résoudre elle-même les problèmes qui la concernent», a-t-il déclaré au quotidien national «The Australian».

Mais la décision du gouvernement a été fortement critiquée en Australie et à l’étranger. Palitha Kohona, chef de la section des traités des Nations Unies, a qualifié de «grincheuse» l’attitude de l’Australie. Quant à Kate Gilmore, porte-parole d’Amnesty International, elle a déclaré que la position de l’Australie avait tout pour réconforter les dirigeants de la Chine, de la Malaisie et de la Birmanie. Pour le professeur Alice Tay, présidente de la Commission australienne des droits de l’homme et de l’égalité des chances, il s’agit d’un pas vers le totalitarisme. La Commission internationale de juristes, basée à Genève, s’est dite inquiète de la décision australienne, qu’elle a qualifiée de «précédent regrettable. On ne pourra s’empêcher d’y voir un encouragement pour les Etats qui rejettent la légitimité des mécanismes de l’ONU en matière des droits de l’homme et qui veulent éviter de e voir critiquer dans ce domaine».

David Gill a estimé qu’il était facile de comprendre la réaction du gouvernement aux critiques de l’ONU. «Quand on s’entend dire des choses qu’on n’aime pas, on a tendance à le prendre mal et à bouder… mais je me serais attendu à ce que le gouvernement australien fasse preuve d’une plus grande maturité». Il a toutefois ajouté que les Eglises continueront de s’exprimer à propos des droits de l’homme, malgré les critiques formulées par le gouvernement à l’encontre des ONG, qui englobent les Eglises, pour le rôle qu’elles jouent dans le processus de l’ONU.

«L’Eglise peut et doit légitimement intervenir quand la vie humaine est mise en danger de quelque façon que ce soit: guerre, pauvreté, discrimination de la part des autorités… Les Eglises continueront de dire ce qu’elles pensent, parce que nous estimons que la communauté internationale compte et qu’aucun pays ne doit penser qu’il peut échapper à la critique des autres pays».

La politique de l’autruche

David Gill a fait remarquer que les Eglises avaient déjà formulé un grand nombre de mêmes critiques que les Nations Unies à l’égard des politiques australiennes. «A mon avis, ce qui se passe ici, c’est que le gouvernement est relativement impuissant face aux Australiens qui le critiquent, sauf dans les cas où il peut couper les fonds, ce qu’il menace de faire dans le cas du Conseil australien des réfugiés. Mais il a découvert qu’il peut faire quelque chose d’autre dans le cas de l’ONU : prétendre qu’elle n’existe pas».

Les autorités australiennes ont pris leur décision à un moment de clivage social profond. Un climat qui perdure pourtant depuis des années, sans grands changements. Après dix ans de tentatives de réconciliation, noirs et blancs vivent encore des vies totalement séparés en Australie. L’apartheid est une réalité dans ce pays, qui a fait et fait encore tellement moins de bruit que celui exercé alors en Afrique du Sud. La plupart des 430’000 aborigènes (2,3 pour cent de la population) vivent dans des taudis, sont en mauvaise santé, ont une scolarité inférieure, sont au chômage, souffrent des effets de l’alcool ou de la drogue et sont plus susceptibles d’être incarcérés pour des délits mineurs.

En mars dernier, 200’000 personnes ont défilé sur le «Sydney Harbour Bridge» en faveur de la réconciliation, mais le Premier ministre a maintenu que le gouvernement n’avait pas à s’excuser auprès des autochtones pour la façon dont ils ont été traités depuis l’arrivée des blancs, il y a plus de 200 ans.

Dossier épineux

Le Premier ministre a en outre déclaré qu’il n’avait aucune intention de présenter des excuses ou d’offrir des indemnisations pour ce qu’on appelle les «générations volées» – les enfants autochtones ou métissés enlevés à leur famille pour les placer dans des ménages blancs et dans des missions et orphelinats religieux, dans le cadre d’une politique d’assimilation qui a duré jusqu’aux années 1970 – parce que, selon lui, les Australiens d’aujourd’hui ne sont pas responsables des erreurs de leurs ancêtres.

En fait, les affaires autochtones sont devenues un dossier politique si épineux qu’un député de l’opposition au parlement national de Canberra a déclaré la semaine passée, sous le couvert de l’anonymat, que détenir le portefeuille des Affaires autochtones revenait à accepter un emploi de préposé aux toilettes à bord du Titanic.

Mais c’est l’approche musclée du gouvernement à propos des demandeurs d’asile qui a fait les manchettes il y a 15 jours, quand des personnes détenues dans un camp de réfugiés à Woomera, en l’Australie du sud, se sont livrées à des actes de violence, en mettant le feu à des bâtiments et en attaquant leurs gardiens avec des lances improvisées, des pierres et des piquets de clôture. Trente-deux agents de sécurité ont été blessés et six bâtiments ont été incendiés. Les demandeurs d’asile protestaient contre les difficiles conditions dans lesquelles ils sont maintenus en raison de la politique gouvernementale.

Le père John Murphy, directeur du Bureau catholique des immigrants et des réfugiés d’Australie, a demandé la semaine passée que le traitement des visas soit accéléré et que les centres de détention soient rendus plus accueillants «parce que la majorité de ceux qui viennent aujourd’hui dans ces centres ont déjà souffert beaucoup et ont toutes les raisons de demander la protection de l’Australie». (apic/eni/pr)

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