Soudan: L’argent du pétrole, une malédiction pour le peuple
Khartoum, 18 septembre 2000 (APIC) «Comme Jésus Christ fut vendu pour 30 deniers, notre peuple est sacrifié en échange de barils de pétrole»: c’est ce qu’écrivent les évêques du Soudan dans un message envoyé à l’IGAD, l’organisme régional de la Corne de l’Afrique engagé depuis des années dans la difficile médiation entre le gouvernement de Khartoum et les rebelles du SPLA (Armée de libération populaire du Soudan).
Les prélats dénoncent un conflit lourdement aggravé par le «business du pétrole», extrait en abondance dans les régions méridionales du pays et dont les bénéfices servent à entretenir la guerre. La lettre de la Conférence épiscopale soudanaise, réunie depuis une semaine en assemblée plénière à Pesaro (Italie), manifeste son soutien aux initiatives diplomatiques de l’IGAD visant à établir un accord entre les parties impliquées dans le conflit qui ensanglante le pays depuis 1983.
Les évêques s’élèvent en outre contre les fréquentes vexations dont la population civile est victime, comme le bombardement de l’école élémentaire de Kauda (monts Nuba) en février dernier. Les opérations militaires au Soudan «ont accru dramatiquement le nombre de réfugiés, estimés à 2,3 millions». Les évêques ont le sentiment que si la crise armée n’est pas résolue, c’est faute d’une réelle volonté politique. Ils demandent le respect du droit inaliénable à la liberté religieuse, souvent nié par les autorités dans un pays pourtant multi ethnique et multi religieux. Pour l’épiscopat soudanais, la solution est déjà contenue dans la déclaration de principe (DOP) élaborée par les médiateurs de l’IGAD, qui précise les stratégies pouvant ramener la paix.
Malheureusement, déplorent les évêques, le «DOP» n’est qu’un vœu pieux, car elle n’est pas encore appliquée, bien qu’elle engage clairement les belligérants. Les évêques demandent également à la communauté internationale de ne pas rester passive et de faire pression afin d’épargner la souffrance à des millions d’innocents. Ils craignent que les intérêts économiques à la base du conflit n’acquièrent une dimension internationale croissante, en désaccord avec les principes de solidarité nord-sud. Le message exprime la pensée d’une Eglise «au-dessus des partis», mais «évangéliquement rangée du côté des pauvres». (apic/cip/mna/mjp)
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