Le gouvernement chinois mène une campagne d’élimination

Depuis six ans, le gouvernement chinois mène une campagne d’élimination de l’Eglise catholique «clandestine», non-reconnue par Pékin, mais approuvée par Rome. Les actes de répression (arrestation, intimidation, assignation à résidence) se sont multipliés ces derniers mois. Ils visent également des membres d’autres communautés ecclésiales non-reconnues par le gouvernement chinois.

L’évêque de Yujiang, Mgr Zeng Jingmu a été arrêté le 14 septembre, pendant la visite personnelle à Pékin du cardinal de la curie romaine, le cardinal Roger Etchegaray, venu appeler au respect de la liberté religieuse dans le cadre d’une rencontre religieuse, a indiqué la fondation du cardinal Kung, aux Etats-Unis. Mgr Zeng était assigné à résidence depuis 27 mois, après trois ans d’emprisonnement. Entre 1955 et 1995, l’évêque a passé trente ans en prison.

Le 11 septembre, un prêtre de 82 ans, curé de Gingtou a été roué de coups et laissé sans connaissance par les forces de sécurité. Il est demeuré 17 heures dans le coma. A la fin du mois d’août, c’est le nouvel évêque auxiliaire de Zhao Xian, Jian Ming Yuan, qui a été mis sous les verrous, rappelle la fondation américaine.

Le 10 septembre, le gouvernement chinois a nié l’arrestation, attestée par la Fondation Kung, de 85 chrétiens évangéliques en déclarant que le groupe auquel ils appartiennent, le «Fang-cheng», n’existe pas.

Des témoins oculaires ont affirmé que Mgr Jiang Ming Yuan, Evêque Auxiliaire de Zhao Xian avait été arrêté par la sécurité publique dans la soirée du 26 août dernier. Les mois précédents, les autorités civiles avaient tenté d’empêcher sa consécration. Mais prêtres et fidèles ont assisté le 8 août, à son ordination épiscopale.

D’après des données fournies le 30 août dernier par la fondation du cardinal Kung, 24 catholiques «clandestins» ont été arrêtés fin août, à Gongtou, au Jujian, dont l’abbé Liu Shao-Zhang, un séminariste, vingt religieuses et deux laïcs. Le 19 août, à Jinfeng, toujours au Fujian, l’abbé Gao Yihua a été arrêté ; il faisait partie lui aussi de l’Eglise «souterraine».

Dans la région du Hébéï, deux évêques manquent encore à l’appel. Ils dirigent l’Eglise «clandestine» de Baoding. Il s’agit de Mgr Jacques Su Zhimin, âgé de 68 ans, et de son auxiliaire Mgr François An Shuxin, âgé de 51 ans, disparus après avoir été arrêtés par la police en 1996. D’autres évêques de la région sont en résidence surveillée. (apic/fides/misna/ mjp/bb)

APIC – Interview

Le maître général de l’Ordre des Prêcheurs, T. Radcliffe, publie un nouveau livre

La vie religieuse doit s’adapter à la société moderne

Paris, 20 septembre 2000 (APIC) Timothy Radcliffe, le 85ème maître général de l’Ordre des Prêcheurs a publié un nouveau livre, >. Ce livre rassemble l’ensemble de ses textes rédigés entre 1994 et 1998 ainsi que des entretiens avec Guillaume Goubert, journaliste à "La Croix". Hervé Jegou, producteur de l’émission , a présenté en avant-première le film-portrait du >. Ce dernier a répondu aux questions de l’assistance.

Q.: Pendant votre mandat, un mandat de 9 ans non renouvelable, l’ordre des dominicains a connu un mouvement de rajeunissement et de renouveau. La famille dominicaine aujourd’hui est forte de 6’500 frères (dont 700 en France), de 3’500 moniales, de 75’000 sœurs apostoliques, de 75’000 laïcs associés. Comment vivez-vous l’exercice de l’autorité ?

Timothy Radcliffe: Je dois dire que c’est une lourde charge et je me prends parfois à rêver que je suis le simple portier d’un couvent ! Je me perçois avant tout comme un frère qui doit vivre et partager les joies et les peines de ses frères et sœurs. J’ai moi-même, comme chacun, mes bons et moins bons moments. Avant tout, si je suis en désaccord avec un de mes interlocuteurs, j’évite d’avancer trop rapidement qu’il a tort et j’essaye de percevoir en quel sens il a raison.

Q.: Vous dites volontiers qu’être religieux c’est donner sa vie, c’est vivre autrement. Comment faire face en Occident à la crises des vocations religieuses ?

Timothy Radcliffe: Donner sa vie, oui, car on est vraiment heureux quand on cesse d’en être le centre, quand on échappe à la petite prison de soi-même dans un élan vers l’autre: cet élan est la porte par laquelle Dieu entre. L’interculturation de la vie consacrée en Europe représente plus ou moins le même défi que l’interculturation de la vie consacrée en Asie ou en Afrique. La vie religieuse doit s’adapter à la société moderne et en même temps poser à cette société un certain nombre de questions, être pour elle comme un >. C’est un challenge qui n’est pas facile: il faut du temps et beaucoup de patience. Prenons l’exemple de la liberté: beaucoup de jeunes viennent nous rejoindre, nous dominicains, parce que nous avons la réputation d’être des gens libres. Mais quand ils entrent dans l’’ordre et commencent à vivre en communauté, ils ont un choc car ils se rendent vite compte que la liberté ce n’est pas simple. L’idéal contemporain de l’individu sujet libre, autonome, a ses racines dans la théologie, notamment dans la théologie trinitaire de saint Augustin. Très bien: mais cela n’a-t-il pas débouché aussi sur l’individu esseulé et désemparé de nos sociétés modernes ? Ce qui me paraît capital, ce que les religieux et religieuses puissent se parler vraiment, échanger entre générations, que nous soyons attentifs à ne pas imposer aux jeunes notre vision de la vie consacrée. Nous devons impérativement nous écouter, même si ce n’est pas facile parfois.

Q.: Vous insistez sur la place de la vie affective et du corps dans la vie religieuse…

Timothy Radcliffe: Ce serait bizarre que nous, fidèles de la religion de l’Amour, nous ne parlions pas d’amour d’affectivité, de sexualité. On en a peur en Eglise. Mais il est parfois dangereux de ne pas lever les non-dits. Les jeunes, en tout cas, ne comprennet pas qu’on évite d’aborder des questions aussi centrales. Il faut oser se dire la vérité les uns aux autres. Parler du corps est tout à fait normal: n’est-il pas central dans la religion chrétienne, religion de l’Incarnation, et de l’espérance dans la résurrection de la chair ? Thomas d’Aquin, dominicain s’il en est, affirme clairement que nous sommes des âmes et des corps, à rebours de la tendance dualiste à l’œuvre dans notre société. L’Emmanuel c’est Dieu avec moi car il a pris corps. La beauté du corps peut-être révélation de Dieu.

Q.: Comment réagissez-vous à la dernière déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi ?

Timothy Radcliffe: Je dois préciser que je n’ai pas encore eu le temps de lire attentivement ce document. Que le salut du monde vienne de Jésus-Christ ce n’est pas, pour nous chrétiens, un secret. Dans le Nouveau Testament, c’est central. Cela ne signifie pas que nous, catholiques, possédions toute la vérité. Dans notre tradition chrétienne, il y a à la fois une confiance énorme dans le salut en Jésus-Christ et une énorme humilité face à la prise de conscience que Dieu est au-delà de la dénomination de nos paroles. C’est pour cela que le dialogue avec les autres confessions chrétiennes et les autres religions est central.

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