* Pierre Rottet, journaliste à l’APIC, sera à bord de ce vol spécial.
Aucune considération politique ou diplomatique en ligne de compte
Rome, 22 septembre 2000 (APIC) Le Vatican a répliqué vendredi aux critiques du gouvernement chinois concernant la canonisation des 120 martyrs de Chine. Commentant le 22 septembre cette canonisation controversée, le porte-parole du Saint-Siège a affirmé qu’»aucune considération politique ou diplomatique n’est entrée dans la décision de canoniser les 120 martyrs de Chine le 1er octobre prochain». Le 1er octobre correspond de plus au jour anniversaire de la proclamation de la République populaire de Chine.
D’après Joaquin Navarro-Valls, porte-parole du Saint-Siège, le gouvernement chinois proteste contre cette canonisation pour trois raisons. La première est que la liste des futurs saints aurait été présentée par l’Eglise catholique de Taiwan. «Or c’est inexact, a indiqué le porte-parole du Saint-Siège. Les demandes, pour cette canonisation, sont venues de Conférences épiscopales, d’évêques et de Conférences de religieux d’Espagne, du Portugal, des Philippines, du Japon, de Chine et de Taiwan, à partir de 1943».
Joaquin Navarro-Valls précise par ailleurs que les premières causes de canonisation des martyrs de Chine ont été instruites en 1893, et les dernières, en 1983. 5 causes en effet ont été instruites en 1893, 13 en 1900, 14 en 1909, 29 en 1946, 1 en 1951, 56 en 1955, et 2 en 1983.
La deuxième raison avancée par le gouvernement chinois de Pékin est la présence de missionnaires dits «anti-Chinois» dans la liste des futurs saints, et en particulier du Français Auguste Chapdelaine (1814-1856), prêtre normand des Missions étrangères de Paris. «Tous ces missionnaires martyrs aimaient profondément la Chine, a répondu le porte-parole du Saint-Siège à ce sujet. On peut même les présenter comme des modèles d’inculturation, tellement ils se sont adaptés à la mentalité du pays. Il faudrait des preuves concrètes et documentées pour prendre en compte de supposés sentiments anti-Chinois, sans se limiter à de vagues accusations».
Choix du 1er octobre: des motivations strictement religieuses
Enfin, la troisième raison des protestations des autorités chinoises est le choix de la date de la canonisation, le 1er octobre étant le jour anniversaire de la proclamation de la République populaire de Chine, et donc jugé comme une date «non appropriée» pour une telle cérémonie. D’après Joaquin Navarro-Valls, cette coïncidence n’a pas été prise en considération par le Saint-Siège lors de la décision de la date de la canonisation. «Seules des motivations strictement religieuses ont amené au choix du 1er octobre, a-t-il assuré. C’est la présence de missionnaires parmi les martyrs, et l’histoire missionnaire de l’évangélisation en Chine qui ont amené à placer cette canonisation le premier jour du mois d’octobre, mois des missions».
«Le 1er octobre est en outre le jour de la fête de sainte Thérèse de Lisieux, patronne des missions, qui parle explicitement de la Chine dans son manuscrit ’Histoire d’une âme’», a fait remarquer le porte-parole du Saint-Siège. En soulignant ces trois «erreurs d’interprétation» de la part du gouvernement chinois, Joaquin Navarro-Valls a évoqué une «difficulté de communication» entre le Saint-Siège et les autorités de Pékin, du fait que les deux Etats n’entretiennent pas de relations diplomatiques. «Le porte-parole du Ministère chinois des Affaires étrangères a encore exprimé il y a quelques jours son désir d’établir ces relations, a-t-il ajouté. Nous en prenons acte. Du côté du Saint-Siège, ce même désir est évident et a déjà été manifesté».
Pour le porte-parole du Saint-Siège en attendant, la canonisation du 1er octobre exprime en premier lieu «la grande vitalité d’évangélisation des Eglises locales d’où proviennent les missionnaires, et une forte vitalité d’adhésion de la part des Chinois». Il y a là «un exemple explicite de la catholicité de l’Eglise», a-t-il ajouté. «Le martyre a uni chrétiens chinois et étrangers, laïcs, prêtres, religieux et évêques, hommes et femmes, personnes de tout âge y compris des enfants, et de différentes conditions sociales». «En même temps, des fidèles chinois sont pour la première fois élevés à la gloire des autels, et proposés au chrétiens du monde entier comme des exemples de cohérence humaine et de foi, a poursuivi Joaquin Navarro-Valls. Le martyre, dans la vision de l’Eglise, exprime la synthèse suprême d’humanité et de sainteté. Pour cela, les prochaines canonisations sont considérées comme un grand honneur, tant pour l’Eglise que pour le peuple chinois. Les catholiques du monde entier s’apprêtent à les honorer comme un exemple de cohérence de foi, mûrie humainement dans l’histoire et dans la culture chinoise».
D’autres Chinois seront canonisés
Le porte-parole du Saint-Siège a souligné par ailleurs que, vu le très grand nombre de Chinois morts pour leur foi, d’autres canonisations suivraient certainement celle de ces 120 martyrs. Enfin, Joaquin Navarro-Valls a rappelé des paroles de Jean Paul II prononcées par le pape le 2 juin 1996, lors de la canonisation de Jean-Gabriel Perboyre, martyr en Chine en 1840. Jean Paul II avait déjà évoqué ce jour-là les futurs saints qui vont être proclamés le 1er octobre. «Leur canonisation commune, avait-il dit alors, souhaitée par de nombreux fidèles, pourrait un jour être un signe d’espérance pour l’Eglise présente au sein de ce peuple, dont je demeure très proche par le cœur et par la prière».
Visite en Chine du cardinal Roger Etchegaray: on a manqué un geste de réconciliation
Evoquant d’autre part le voyage en Chine du cardinal Roger Etchegaray, revenu à Rome dans la soirée du 21 septembre, le porte-parole du Saint-Siège a fait allusion brièvement à la messe que le président du Comité pour le Grand jubilé a célébrée le 19 septembre dans la basilique de Sheshan, à une quarantaine de km au sud-ouest de Shanghai. «C’est un sanctuaire de grande dévotion pour tous les catholiques de Chine, qu’ils appartiennent à l’Eglise clandestine ou à l’Eglise officielle, a-t-il souligné.
On aurait donc pu espérer, dans le contexte de l’Année sainte, que cette messe soit l’occasion d’un geste de réconciliation. Malheureusement, il n’y avait que quelques invités de l’Association patriotique pour cette cérémonie, quelques prêtres, et l’évêque de Shanghai, Mgr Jin Luxian». «C’est regrettable et cela montre qu’il n’y a pas encore une pleine liberté religieuse en Chine, a commenté le porte-parole du Saint-Siège, tout comme le fait que seuls des Chinois de Hongkong pourront être présents à la cérémonie du 1er octobre, alors que des demandes spécifiques étaient arrivées de la Chine continentale à ce sujet». (apic/imedia/be)
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