Pie IX: Un article critique de la revue jésuite «America»

Des interrogations

Cambridge, 24 septembre 2000 (APIC) La controverse sur la béatification de Pie IX va bientôt s’éteindre et «l’événement sera oublié», car beaucoup de catholiques «n’ont jamais entendu parler de Pie IX»: c’est ce qu’on peut lire dans l’hebdomadaire «America» des jésuites américains. Ceux-ci ont demandé à John W. O’Malley, professeur d’histoire de l’Eglise à la " Weston Jesuit School of theology " à Cambridge (Massachusetts) de donner son éclairage sur l’événement. «Jusque dans les Marches, la région italienne d’où il provenait, Pie IX est aujourd’hui rarement évoqué et il n’y a aucun culte parmi les fidèles " , s’étonne O’Malley, qui s’interroge sur " l’origine de l’ardeur pour la béatification " .

Ayant posé cette prémisse, l’historien parcourt les différentes phases du pontificat de Pie IX. Il souligne que, à partir du moment où il se proclama " prisonnier au Vatican " , suite à l’occupation de Rome par une partie des troupes de Victor Emmanuel, en 1879, est né un nouveau type de vertu : la fidélité au pape. " Il ne s’agissait pas de foi religieuse dans des doctrines telles que le primat du pape ou l’infaillibilité, mais de fidélité à un individu et à ses politiques " , écrit-il, relevant que Pie IX a été, de ce point de vue, " la première mégastar papale " .

Mais la question essentielle que pose cette béatification est pour l’historien jésuite celle du type de sainteté que représente Pie IX et la relativité des jugements historiques : " Comment déterminer la sainteté qui se manifeste à une époque où les valeurs et la sensibilité religieuse apparaissent si différentes des nôtres ? " . Du Syllabus aux événements de 1870, au " Non expedit " interdisant aux catholiques de participer à la vie politique du nouvel Etat italien, ce pape a montré qu’il était, écrit le Père 0’Malley, " une personne d’intelligence modeste " , qui a reçu une éducation rudimentaire du point de vue tant théologique que politique. «Il n’a même pas su s’entourer d’esprits brillants : Mgr George Talbot, dans les jugements duquel il avait une confiance absolue, a été interné jusqu’à sa mort dans un hôpital psychiatrique aux portes de Paris».

La question de la prudence

Ceci soulève, pour l’historien, la question de la " prudence " de Pie IX dans le gouvernement de l’Eglise, un élément souvent cité dans la documentation relative à la cause. Et de se demander " s’il a été prudent, par exemple, au Concile Vatican I, comme il est rapporté, face à la requête du cardinal Guidi, de définir " infaillible >> >> le magistère du pape (et seulement s’il est exercé en accord avec l’épiscopat) et non la personne du pape, Pie IX a hurlé : " Je suis l’Eglise ! Je suis la tradition ! >> " . Citant enfin le Syllabus comme " fruit du profond pessimisme et du syndrome d’assiégé dont souffrait Pie IX " , le P. O’Malley en vient à affirmer que cette béatification " dramatise le conditionnement culturel, dans certaines limites, de ce qui est considéré une vertu " . Elle " dramatise le caractère historique du canon de l’orthodoxie dans les questions morales " . En conclusion, le jésuite se demande pour ce modèle de sainteté pourrait être significatif aujourd’hui : les papes ? les leaders politiques ? les fidèles ordinaires ? Car le modèle proposé par chaque saint et chaque bienheureux doit être traduit s’il doit être significatif. A ses yeux, " pour Pie IX, la traduction sera particulièrement compliquée et importante. Quel genre de personnes (…) fera l’effort pour soi ? Et avec quel résultat ? " (apic/cip/pr)

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