Salvador: «Hierbabuena», l’herbe qui pousse contre la pauvreté
Par Gaby Allheilig
San Salvador, 25 septembre 2000 (APIC) Le gouvernement du Salvador, en Amérique centrale, mise sur la privatisation et le démantèlement des acquis sociaux, aux frais de la tranche de la population la plus pauvre. Pour ces derniers, un arrêt maladie signifie souvent la ruine. Cela peut néanmoins se passer autrement, comme le montre «Hierbabuena», un projet à l’est du pays, soutenu par Brücke – Le pont (anciennement Cecotret et Brücke der Bruderhilfe), une ONG des Syndicats chrétiens de suisse.
«Nous avons organisé le retour d’un médecin ici cet automne», indique fièrement Ramon Villas. Il fait partie d’un groupe de personnes qui produit des remèdes naturels à Los Planes, à l’est du Salvador. Le groupe est devenu la référence de la communauté pour les questions de santé et informe les malades sur tous les aspects médicaux. «En tant que profanes, nous ne pouvons néanmoins pas aider pour une maladie plus grave». A vrai dire, un centre de santé existe à Los Planes. Mais cela fait des années qu’il est inoccupé. Seule une vitrine avec quelques ampoules et des articles de premiers secours indique des jours meilleurs. Le gouvernement du Salvador a entre-temps réduit les moyens financiers dans le secteur de la santé. Le médecin a disparu et le centre de santé a été abandonné.
La maladie conduit souvent à la ruine
Los Planes n’est pas une exception. 80% de la population du pays ne dispose pas d’une assurance-maladie et a par conséquent uniquement accès aux hôpitaux publics. Ces derniers sont néanmoins rares et ils manquent de tout, de la literie aux médicaments. A cela s’ajoutent des délais d’attente absurdes. «Si nous tombons sérieusement malade, nous en mourrons», s’inquiète Virginia Lopez, qui exploite un petit restaurant à proximité de la ville. «Car nous ne pouvons nous payer ni un médecin privé, ni les médicaments nécessaires».
La situation est encore plus précaire à la campagne, où 60% de la population vit dans la pauvreté ou l’extrême pauvreté. «Un cas de maladie dans ma famille signifierait que je devrais vendre le petit bout de terrain qui m’appartient», explique le paysan José Rivas. «Ce serait une catastrophe». En effet, cela impliquerait devenir chômeur. Et ce ne sont pas les places de travail qui abondent au Salvador: seulement environ la moitié des Salvadoriens disposent d’un travail régulier. Une des conséquences du système actuel de santé: chaque année, environ 23’000 enfants meurent de maladies qui seraient facilement guérissables.
Une grève empêche le pire
Au lieu d’essayer de remédier à la situation, le gouvernement poursuit tout à fait d’autres plans. Il essaie de privatiser l’ensemble du système médical public. Avant les élections de mars 2000, il s’est néanmoins vu dans l’obligation de s’asseoir à la table des négociations grâce à une grève de 4 mois des médecins et du personnel hospitalier. Cela ne signifie cependant pas pour autant que les plans de privatisation soient entièrement mis de côté.
Le gouvernement a fait la sourde oreille aux propositions de FUNDE, la fondation nationale pour le développement. Cette dernière encourage depuis longtemps des stratégies alternatives afin de lutter contre la pauvreté et d’améliorer les conditions de vie des Salvadoriens. En ce qui concerne le domaine de la santé, FUNDE a conseillé au gouvernement de promouvoir la médecine naturelle. Pour la grande majorité de la population, c’est la seule alternative accessible, même pour les pauvres.
La médecine naturelle comme chance
Les recommandations de FUNDE ont reçu un écho plus positif à Los Planes. Le groupe auquel appartient aussi Ramon Villas s’est formé en 1995. Il a analysé les problèmes de sa communauté et est arrivé à la conclusion que la gestion de la santé est prioritaire. Il a fondé ses espoirs sur la production de plantes médicinales. «L’idée était d’améliorer la situation de la santé et aussi de générer de nouvelles sources de revenus pour les familles pauvres qui produisent, transforment et commercialisent les plantes médicinales», commente Villas. Le projet a été dénommé «Hierbabuena», menthe ou bonne herbe en français.
Aujourd’hui, le projet, que Brücke ( Le pont et la Direction pour le Développement et la Coopération (DDC) ont soutenu jusqu’à il y a peu, est un succès. «Nous y avons investi énormément de travail et d’énergie», assure Carmen Rosas, responsable pour la transformation des plantes médicinales. «Il porte maintenant des fruits». Elle désigne une grande table couverte de flacons d’essence d’eucalyptus, utilisée comme sirop contre la toux et contre les maux de gorge. «Ils sont pour le marché».
Le savoir est transmis
Entre-temps, le groupe est devenu le moteur de toute la communauté. Il transmet des connaissances sur la prévention et la guérison des maladies courantes, informe sur la pollution et la gestion des déchets et s’est occupé de rendre vie au centre local de santé. Que les membres du groupe soient bénévoles est clair pour le groupe: «Finalement, c’est seulement grâce au soutien de la Suisse que tout ici a été possible». (apic/ga/pr)
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