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Plaidoyer pour les Libanais «disparus» dans les geôles syriennes
Beyrouth, 25 septembre 2000 (APIC) Le patriarche maronite du Liban a lancé dimanche un nouvel appel au retrait de l’armée syrienne du Pays des Cèdres. A l’occasion de son homélie dominicale au siège patriarcal de Bkerké – où manifestaient des parents de Libanais détenus dans les geôles syriennes – , le cardinal Nasrallah Sfeir a condamné toutes les détentions illégales de Libanais, qu’elles soient le fait d’Israël ou de la Syrie.
La semaine dernière, les évêques maronites, réunis en assemblée à Bkerké, ont publié un communiqué affirmant qu’»il est temps que l’Etat libanais étende sa souveraineté effective pour que les Libanais sentent qu’ils se trouvent sous sa protection. Maintenant qu’Israël s’est retiré (du Liban-Sud, ndr.), n’est-il pas temps que l’armée syrienne considère son redéploiement en prélude à un retrait définitif conformément à l’Accord de Taëf ?».
Les chefs religieux de la communauté maronite évoquent la nécessité du retrait des forces syriennes stationnées au Liban conformément à l’Accord de Taëf notamment «pour protéger les relations saines entre les deux pays». Ils se demandent également s’il est nécessaire que les troupes de Damas restent encasernées aux alentours du Palais présidentiel de Baabda, «symbole de la dignité nationale», du Ministère de la Défense et d’autre lieux stratégiques. Car la présence des troupes de Damas dans ces endroits met les Libanais très mal à l’aise et porte atteinte à leur sentiment de souveraineté et de dignité nationales.
Dimanche, le patriarche a riposté à tous ceux qui avaient critiqué l’appel de Bkerké rédigé par les prélats maronites. Le cardinal Sfeir a également promis son appui aux parents de détenus en Syrie qui manifestaient dans la cour du patriarcat. Environ 300 personnes portant des calicots, parents de détenus et jeunes, se sont rassemblés à l’appel de l’association des droits de l’homme «Solid» (Soutien aux Libanais en détention). Les parents des prisonniers libanais déplorent l’absence d’intérêt des autorités de Beyrouth dans cette affaire délicate. Dans son allocution, le patriarche a condamné toutes les détentions de Libanais, qu’elles soient le fait d’Israël ou de la Syrie.
Damas fâchée
La presse de Damas a vivement critiqué ce parallèle. «Certains au Liban ferment l’œil sur le danger sioniste et mettent en comparaison l’occupant et le défenseur des droits arabes», peut-on ainsi lire dans le «Baas», l’organe du parti au pouvoir en Syrie, jugeant cette comparaison «inacceptable». Evoquant la polémique suscitée par le «manifeste de Bkerké» demandant le retrait syrien, le patriarche maronite a estimé que l’appel en «a évoqué des questions dont souffrent certains citoyens de manière considérable. D’autres citoyens ne les voient pas, ou ne désirent pas les voir pour des motifs connus. Ceux-là se sont lancés dans des interprétations, des analyses et des hypothèses qui sont à mille lieues de notre appel».
Les «disparus» sont toujours vivants
«Tout le problème, a-t-il poursuivi, peut être résumé en une seule question: quelle est la meilleure formule pour protéger les relations saines entre deux pays, la présence de forces armées sans confiance réciproque ou une confiance réciproque sans forces armées?» Les manifestants ont demandé au président de la République Emile Lahoud, et au commandant en chef de l’armée, le général Michel Sleiman, «d’œuvrer en faveur de la libération des détenus libanais en Syrie et de prendre une position sincère à ce sujet». «Ils sont vivants, et non pas morts, comme le disent les autorités», a lancé une manifestante à propos du sort des disparus libanais qui se trouvent en Syrie et qui ne sont jamais passés en jugement. Certains de ces détenus en Syrie ont d’ailleurs reçu la visite de leurs parents.
Beyrouth ferme les yeux
Ghazi Aad, président de «Solid», a rappelé que la présence de chrétiens et de musulmans dans les prisons syriennes ne peut être niée par personne, rapporte lundi le quotidien libanais «L’Orient-Le Jour». Les autorités libanaises continuent à le nier «au moment où, de temps à autre, des prisonniers, comptés pour morts, réapparaissent, le dernier en date étant cheikh Hachem Minkara, chef du Tawhid à Tripoli, qui avait disparu en 1975 et qui a été libéré le 25 août 2000», insiste Ghazi Aad.
Le patriarche maronite considère que cette affaire est «nationale». Il a déclaré aux manifestants rassemblés dans la cour de Bkerké que «la détention est un crime qui n’a pas de sexe, de religion ou de confession. Comme par le passé, nous réclamons la libération de tous les prisonniers enfermés dans les geôles israéliennes et syriennes. Nous sommes pour la même cause juste et nous espérons que les oreilles se tendent et répondent à notre appel. Nous n’abandonnerons jamais cette cause et continuerons à réclamer votre droit pour qu’il ne soit pas perdu». (apic/orj/be)
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