Catholiques «clandestins» et «officiels» sont «une même Eglise»
Rome, 25 septembre 2000 (APIC) Peu de choses séparent en réalité catholiques «clandestins» et «officiels» en Chine. Il s’agit au fond d’une seule Eglise où une foi commune cherche peu à peu à surmonter ce qui jusqu’ici les sépare malheureusement, estime le cardinal Roger Etchegaray, 4 jours après son voyage en Chine, du 13 au 21 septembre, pour participer à Pékin à un symposium sur «les religions et la paix».
Ayant pu rencontrer des membres de l’Eglise officielle de Chine lors de ce séjour, le cardinal Etchegaray a affirmé avoir ainsi «reconnu la fidélité au pape des catholiques de l’Eglise officielle». «Vu de loin, certains sont tentés de vouloir tout trancher au couteau comme au jour du jugement dernier, a-t-il expliqué. Mais vécu du dedans, on s’aperçoit qu’on est encore dans la saison évangélique où l’on ne peut séparer le bon grain de l’ivraie».
«Le temps rend leurs frontières de plus en plus poreuses, a alors assuré le cardinal en évoquant les catholiques ’clandestins’ et les catholiques ’officiels’, du moins en certaines régions de cet immense pays où tout est mouvant». Se décrivant lui-même comme «messager jubilaire de la réconciliation entre catholiques», le président du Comité pour le grand Jubilé s’est donc dit «plus convaincu que jamais de la nécessité et de l’urgence de ce témoignage d’unité, surtout à l’heure où la Chine s’éveille à la plus grande mutation sociale de son histoire».
«Cela ne peut diminuer en rien ma reconnaissance de l’héroïque fidélité de l’Eglise du silence», a toutefois précisé le cardinal Etchegaray, en insistant sur le fait qu’aucun de ses pas en Chine ne doit être interprété comme «une approbation des structures de l’Eglise officielle». Le cardinal a par ailleurs exprimé «le plus vif regret» de ne pas avoir été autorisé à contacter des membres de l’Eglise souterraine». «Je l’ai fait savoir», a-t-il assuré. «J’ai aussi protesté vigoureusement contre les nouvelles vagues d’arrestation de fidèles, voire d’évêques, au moment même où je me trouvais en Chine».
Insupportables divisions
Le cardinal Etchegaray a en outre insisté sur le rôle du pape dans la vie de l’Eglise en Chine comme «ferment et garant d’une foi vraiment catholique». «Cela rend encore plus insupportables des divisions qui viennent de tragiques et complexes contingences de l’histoire», a-t-il commenté. «Il est malsain de laisser les catholiques s’enfoncer ou de les enfoncer dans la clandestinité pour des motifs non religieux, alors que beaucoup d’entre eux aspirent à être reconnus eux aussi comme de vrais citoyens».
Evoquant d’autre part la multiplication récente d’ordinations épiscopales sans le consentement du pape, le cardinal Etchegaray a parlé d’un «fait très grave qui touche à l’ecclésiologie». «S’il se renouvelle, il risque de compromettre le rapprochement entre catholiques», a-t-il fait remarquer. «J’ai eu l’occasion de le dire très nettement aux évêques officiels de Pékin et de Nakin. La question de l’ordination des évêques est un point crucial pour l’Eglise et pour l’Etat. Elle ne peut être ni évitée ni aisément résolue étant donné les divergences de points de vue. Mais l’histoire montre que des solutions raisonnables peuvent être trouvées sous tous les climats politiques».
Racontant encore ses visites des séminaires nationaux de Pékin et de Shanghai, qui comptent chacun près de 120 étudiants, le cardinal Etchegaray a décrit leurs étudiants comme des jeunes «avides d’Evangile et passionnés pour le pape», tout en soulignant le «gros problème de la formation des formateurs». «En les écoutant, j’ai beaucoup pensé aux séminaristes clandestins qui ne peuvent bénéficier des mêmes moyens de formation», a-t-il souligné par ailleurs.
Coïncidence
Evoquant enfin la prochaine canonisation des martyrs chinois, le 1er octobre prochain, le cardinal Etchegaray s’est étonné qu’»un événement à caractère religieux et qui se veut à la gloire de l’Eglise en Chine produise auprès des autorités du pays un effet contraire». «L’histoire est hélas jonchée de malentendus et de rendez-vous manqués – je pense entre autres à la triste querelle des rites chinois – et le dernier incident, voire accident de parcours, en dit long sur la distance qui sépare l’Orient de l’Occident». «S’il y avait eu quelque possibilité de dialogue, le dossier aurait pu être examiné en toute objectivité et sérénité, a encore fait remarquer le cardinal en parlant d’une coïncidence «fort regrettable» de la cérémonie avec la date de la fête nationale du peuple chinois. «Ceux qui ont choisi le 1er octobre ont pensé seulement à sainte Thérèse, patronne des missions, a-t-il assuré. Mais je suis sûr que dans ce choix il n’y a eu ni provocation ni revanche. Jean Paul II, grand ami de la Chine, ne s’abaisse pas à des calculs aussi sordides».
Enfin, le cardinal Etchegaray a évoqué le procès de béatification du Père Matteo Ricci, en précisant que sa phase diocésaine est déjà achevée. «Le souvenir de ce savant jésuite du XVIème siècle, bien introduit dans la cour impériale, demeure très vif dans la mémoire reconnaissante de tout le peuple», a-t-il indiqué. «Il y a vingt ans, j’étais allé prier auprès de sa stèle en plein Pékin». (apic/imed/pr)
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