Coutumes et fatwas fondent les pratiques discriminatoires

Arabie Saoudite: Les droits des femmes les plus élémentaires systématiquement bafoués

Londres/Lausanne, 26 septembre 2000 (APIC) Les droits des femmes les plus élémentaires sont systématiquement bafoués en Arabie Saoudite, citadelle de l’islam sunnite le plus traditionnel. Selon l’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty International, dans ce pays « la discrimination à l’égard des femmes s’exerce dans quasiment tous les domaines de la vie quotidienne, qu’il s’agisse de relations familiales, de prise de décisions, d’emploi, d’éducation ou encore dans le cadre du système judiciaire ».

Pour l’organisation de défense des droits de l’homme basée à Londres, ces diverses formes de discrimination ne font que s’ajouter à la liste déjà longue des atteintes aux droits de la personne régulièrement signalées en Arabie saoudite. Dans son nouveau rapport publié mercredi et intitulé « Arabie Saoudite: le triste sort réservé aux femmes », Amnesty International dénonce les différentes formes de violations des droits humains dont les femmes sont victimes en raison de règles et de pratiques fondées sur les coutumes et les fatwas (décrets religieux).

« Al Mutawa », la redoutable police religieuse saoudienne

Ainsi, les femmes ne peuvent se déplacer seules, même dans les limites de leur quartier, sans craindre d’être arrêtées, battues ou placées en détention, notamment par la redoutable police religieuse saoudienne, « Al Mutawa », pour atteinte présumée à la morale. Cela tient au fait que la conduite des femmes est beaucoup plus réglementée que celle des hommes. Ainsi, elles ne peuvent se rendre nulle part, en particulier à l’étranger, sans être accompagnées par un de leurs mahrams (terme qui désigne en arabe leur mari, leurs fils, les fils de leur mari, leurs frères, leurs neveux, leur père ou leurs oncles), ou avoir obtenu la permission écrite de l’un d’eux, écrit Amnesty International.

L’organisation n’a pu recueillir que très peu d’informations sur les violences domestiques en Arabie saoudite. Les autorités ne publient aucune statistique sur les poursuites judiciaires engagées contre des hommes soupçonnés d’avoir agressé leurs femmes. Mais l’organisation estime que certaines lois et pratiques saoudiennes, en particulier celles qui restreignent la liberté de mouvement, aggravent la situation des femmes y compris dans la sphère professionnelle ou privée. La liberté de mouvement des femmes est en effet tellement limitée qu’il leur est souvent difficile de solliciter une protection ou de demander réparation sans s’exposer à de nouvelles atteintes à leurs droits fondamentaux.

Tortures, châtiments corporels et exécutions à l’ordre du jour

En Arabie saoudite, les femmes, comme les hommes, sont victimes de torture, de châtiments corporels infligés à titre de sanction judiciaire – tels que la flagellation – et d’exécutions à la suite de procès sommaires, incompatibles avec les normes d’équité les plus élémentaires, affirme Amnesty International. La discrimination à laquelle les femmes sont en butte dans la société rend leur situation encore plus difficile. Lorsqu’elles ont affaire à la justice, elles sont invariablement interrogées par des hommes. Leurs relations avec des personnes du sexe opposé s’étant précédemment limitées aux membres de leur famille, elles risquent davantage de se laisser intimider et arracher des aveux, sur la seule foi desquels elles seront ensuite reconnues coupables et condamnées.

Le Code du travail contient des dispositions ayant un caractère directement ou indirectement discriminatoire vis-à-vis des femmes. En Arabie saoudite, la ségrégation entre les sexes se traduit souvent par une inégalité de traitement et de chances au détriment des femmes. D’après des statistiques portant sur ces dernières années, les femmes représentent 55% des diplômés d’université, détiennent 40% des biens privés et possèdent 15’000 entreprises commerciales. Pourtant, elles ne peuvent exercer directement des activités de gestion ni participer aux réunions d’affaires et autres transactions commerciales relatives à leur entreprise. Elles doivent se faire représenter par un fondé de pouvoir, un proche en règle générale.

Employées de maison victimes des formes d’esclavage

Les employées de maison interrogées par Amnesty International ont décrit l’exploitation flagrante dont elles avaient été victimes, leurs conditions de travail pouvant être comparées à une forme d’esclavage. Elles ont notamment dénoncé la privation arbitraire de leur liberté, les violences physiques et verbales, les restrictions à leur liberté de mouvement et le non-paiement de leur salaire. Karsini binti Sandi, une employée de maison indonésienne de 19 ans, a raconté à Amnesty International qu’elle avait été frappée par ses employeurs puis insultée et menacée d’exécution par les policiers dont elle avait sollicité l’aide. Elle s’est finalement enfuie et a regagné l’Indonésie. Amnesty International espère que ce rapport contribuera au débat en cours et permettra aux femmes saoudiennes de réellement exercer tous les droits dont elles peuvent se prévaloir en tant qu’êtres humains.

Amnesty International salue par ailleurs le grand pas en avant qu’a récemment franchi l’Etat saoudien en signant la Convention des Nations unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes ; mais déplore néanmoins les importantes réserves qu’il a formulées. L’organisation de défense des droits humains exhorte le gouvernement saoudien à ne pas appliquer ces réserves, qui remettent en cause la portée et le but de la Convention. (apic/com/ai/be)

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