Les traditions religieuses sont profondément équivalentes

France: Conférence du Dalaï-Lama au stade Charléty pour le nouveau millénaire

Par Jean-Claude Noyé, pour l’APIC

Paris, 27 septembre 2000 (APIC) France: Conférence du Dalaï-Lama au stade Charléty pour le nouveau millénaire; conversion et prosélytisme ne sont, à priori, pas souhaitables. a déclaré mardi le Dalaï Lama devant plusieurs milliers de personnes, au stade Charléty. Le dignitaire religieux tibétain a également appelé son auditoire à un désarmement intérieur, lors de la conférence intitulée « Ethique pour le millénaire », qui ponctuait sa 17ème visite en France, marquée par cinq jours d’enseignement sur la voie bouddhiste à Montpellier et une visite au Sénat.

Le stade Charléty était aux deux tiers vide lorsque Sa Sainteté le XIVème Dalaï-Lama a fait son entrée à 18h20, après qu’il a été reçu au Sénat pour une audition parlementaire par le Groupe sénatorial d’information sur le Tibet. Débonnaire, avec sa robe de moine et de simples sandales en plastique au pied, il a pris place sur une estrade arborant les couleurs tibétaines, rouge Bordeaux et jaune safran, s’est assis en tailleur sur un fauteuil après avoir salué la foule en joignant les mains devant son visage. Longs applaudissements.

Entre lui et le public, le courant a passé comme avec son traducteur, Mathieu Ricard, biologiste promu à une belle carrière avant qu’il ne devienne un adepte du bouddhisme tibétain et se fasse moine. Fils du philosophe Jean-François Revel, il manifeste une étonnante aisance dans la traduction des longues phrases du Dalaï Lama. Il est vrai que, de l’avis même de ceux qui ne ratent aucune de ses visites en France, le dignitaire religieux dit et redit pour l’essentiel la même chose au cours de ses conférences publiques (voir encadré).

Connaître l’enseignement essentiel des autres religions

Le dialogue interreligieux est l’un des sujets de prédilection du Dalaï Lama. Une version pour le moins « soft », comparée ä l’intransigeance du cardinal Ratzinger. Le charismatique chef spirituel et temporel des Tibétains souligne en effet l’équivalence profonde des traditions religieuses, par delà les frontières dogmatiques. Si une tradition est plus profonde, plus efficace qu’une autre, ce n’est certainement pas en soi mais pour soi. De même, il n’y a pas de vérité en soi mais pour soi. Le Dalï Lama juge préférable d’approfondir sa propre religion, puisqu’elle est liée à tout un contexte socioculturel qui imprégnant l’être depuis l’enfance. Partant, conversion et prosélytisme ne sont pas, à priori, souhaitables.

Cependant la liberté religieuse est fondamentale. De même est-il nécessaire de connaître l’enseignement essentiel des grandes traditions religieuses afin que, dans le dialogue, les adeptes de l’une et l’autre confessions puissent s’enrichir mutuellement. Exemple: les bouddhistes ont beaucoup à recevoir du dévouement caritatif des chrétiens, de leur engagement dans la cité. A l’inverse, les techniques de contemplation et de concentration développées par le bouddhisme peuvent être utilisées à bon escient par des non-bouddhistes. En tout état de cause, il convient de ne pas s’attacher trop exclusivement aux biens matériels mais de développer l’altruisme et la paix intérieure. Une attitude dont chacun peut vivre sans nécessairement s’inscrire dans l’une ou l’autre tradition. Ce que le Dalaï Lama appelle une spiritualité non religieuse.

Ne pas se polariser sur une seule responsabilité

Pour le religieux tibétain, il faut discerner l’interdépendance de toutes les choses. L’erreur, c’est de fragmenter la réalité, de vouloir isoler une seule cause à ce qui nous arrive alors que les causes en sont multiples, combinées à l’infini. Un tel élargissement de notre conscience nous aide à ne pas nous polariser, en cas d’épreuve, sur une seule « responsabilité », et, partant, à ne pas développer des émotions destructives intenses. De même qu’aujourd’hui nous voyons mûrir le fruit de nos actes passés, de même allons nous construire le futur en posant des actes positifs, en adoptant un attitude altruiste envers les êtres. Cela évitera à l’humanité de nouvelles causes de souffrance. La non-violence elle-même n’est autre qu’une attitude motivée par notre volonté de faire le bien et de soulager la souffrance des êtres.

Aussi bien le désarmement mondial ne peut-il vraiment se faire que si nous nous désarmons intérieurement. Cette compassion est elle-même source de bien-être pour ceux qui l’exercent, elle développe notre force d’âme, notre courage. On s’ouvre aux autres comme on ouvre grand les portes. Au contraire, souligne le Dalaï Lama, ceux qui ont une attitude par trop égoïste s’enferment dans un univers étroit où la moindre des perturbations a de lourdes résonances. Ce faisant, ils se rendent très vulnérables, parfois au risque de leur santé physique. Et de rapporter que des médecins américains ont démontré combien les personnes dont le discours est plus marqué par le souci obsédant de soi, traduit par des « je », « moi », « mon » récurrents, développent davantage de maladies, notamment cardiaques. (apic/jcn/mjp)

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