Indonésie: Un cardinal japonais offre sa médiation dans le conflit des Moluques

Les islamistes mènent la «guerre sainte» contre les chrétiens

Amboine, 3 août 2000 (APIC) Le cardinal japonais Peter Shirayanagi Seiichi, archevêque de Tokyo, a offert sa médiation pour mettre un terme au conflit sanglant qui déchire depuis 18 mois les îles indonésiennes des Moluques, ancienne colonie néerlandaise. La pression internationale sur l’Indonésie pour mettre un terme aux combats islamo-chrétiens commence à se faire sentir, mais la situation sur place reste dramatique.

L’ambassadeur italien à Djakarta, Alessandro Merola, a rencontré mercredi le ministre des Affaires étrangères indonésien, Alwi Shibab, pour l’inviter à faire cesser la violence et lui exprimer l’inquiétude de l’Union Européenne et de l’Italie. Les attaques des fondamentalistes islamiques se poursuivent, notamment à Panah Lapang Kecil – à la périphérie d’Amboine, chef-lieu des Moluques.

La sanglante «guerre sainte» menée contre les chrétiens par les quelque 7’000 militants islamiques du mouvement fondamentaliste «Lashkar Jihad» en provenance de Java, à prèès de 2’300 km, et infiltrés dans les Moluques ces derniers mois, a déjà fait près de 4’000 morts et des centaines de milliers de réfugiés et de déplacés. Des Moluques, qui étaient autrefois un exemple d’harmonie religieuse en Indonésie, il ne reste plus qu’un amas de ruines, dénoncent les Eglises chrétiennes.

Des hauts responsables indonésiens, dont le ministre de la Défense Juwono Sudarsono, ont accusé des officiers félons «incontrôlés» de provoquer les affrontements islamo-chrétiens. Certains accusent les partisans du président déchu Suharto, qui fait face à de graves accusations de corruption, de chercher ainsi à déstabiliser le président Abdurrahman Wahid. Il s’agirait du même scénario que celui de Timor-Oriental. Des milieux d’affaires proches de l’ancien dictateur seraient également intéressés à fragiliser le gouvernement d’Abdurrahman Wahid et financeraient l’envoi dans les Moluques de militants islamistes radicaux.

Dimanche dernier, les intégristes islamistes ont rasé le village chrétiende Waai, à 35 kilomètres d’Amboine, obligeant les habitants à se réfugier dans la jungle environnante, où 23 d’entre eux ont été sauvagement assassinés. Lundi et mardi, le gouverneur d’Amboine s’est rendu deux fois à Waai et a confirmé la destruction du village. Après avoir reconnu la gravité des faits, il a envoyé deux bataillons de soldats et un de policiers pour protéger les habitants de Waai cachés dans la forêt et les évacuer vers un lieu plus sûr. Le village de Waai avait déjà été le théâtre, le 6 juillet dernier, d’une agression similaire. L’incursion s’était soldée par 17 morts, 10 blessés et 2 disparus. Il y a un mois, le campus universitaire géré par l’Eglise chrétienne protestante a été détruit, comme des dizaines d’institutions chrétiennes et d’églises ces derniers mois.

Le «nettoyage ethnique» des chrétiens se poursuit dans les Moluques

Le «nettoyage ethnique» des chrétiens se poursuit dans les Moluques, n’hésite pas à écrire l’agence d’information vaticane FIDES: «Les chrétiens disparaissent peu à peu de l’Indonésie orientale. Dans les Moluques, les groupes protestants et catholiques se concentrent à présent uniquement dans trois zones: Amboine, les Moluques sud-orientales et Tobelo. Dans l’île de Seram, la présence des chrétiens est équivalente à celle des musulmans. Buru est désormais entièrement musulmane. L’élimination progressive de la présence chrétienne dans la zone se poursuit comme une manœuvre en tenaille: les extrémistes islamiques veulent exterminer les chrétiens jusque dans l’île de Sulawesi.»

«La forteresse chrétienne reste Sulawesi Nord et sa capitale Manado. Les guerriers de la jihad le savent et s’organisent», souligne pour sa part Ratty Sukit, pasteur protestant originaire de Manado et membre du groupe religieux «Madia», qui œuvre pour le dialogue islamo-chrétien. Suite aux affrontements interreligieux du mois de mai dans la ville de Poso, diocèse de Manado, dans la province de Sulawesi Centre, tous les catholiques ont disparu. Toutes les activités missionnaires sont bloquées et toutes les propriétés de l’Eglise et de la population chrétienne ont été détruites. La ville est aux mains des milices musulmanes protégées par l’armée. Avant le début des affrontements, près de 4’000 catholiques vivaient à Poso. Selon certaines ONG locales, seulement 10% des 40’000 habitants de Poso sont encore en ville. Plus de 35’000 personnes se sont réfugiées dans les villes voisines de Palu, Tentena et Ampana.

Le père Kees Böhm, missionnaire du Sacré Cœur du diocèse catholique d’Amboine témoigne que dans la zone, les lignes téléphoniques sont en partie hors d’usage et les infrastructures ont été gravement endommagées à cause des nombreux assauts portés à la communauté chrétienne de l’archipel indonésien.

Rencontre des délégations chrétiennes et musulmanes annulée

L’Union européenne s’est dit prête à effectuer des interventions humanitaires en faveur des victimes dès que les conditions de sécurité le permettront. Des délégations chrétiennes et musulmanes auraient dû se rencontrer le premier août à Amboine pour tenter de mettre un terme aux violences entre les deux communautés. Mais le diocèse catholique d’Amboine et le comité des Eglises protestantes des Moluques ont refusé d’adhérer au programme de la conférence tant que certaines conditions ne seront pas acceptées, annonce l’agence de presse missionnaire MISNA. C’est le gouverneur d’Amboine qui a suggéré aux deux communautés de se réunir. Les communautés chrétiennes de l’île veulent que lors de cette rencontre, l’on exige de faire partir les miliciens islamistes de la «djihad» venus mener la guerre sainte sur l’île. Notons que le 24 juillet, Malik Selang, secrétaire du Majelis Ulama Indonesia (MUI) d’Amboine, la plus haute autorité musulmane de l’île, a déclaré qu’il soutiendrait lui aussi l’expulsion des extrémistes islamiques.

Les communautés chrétiennes d’Amboine demandent en outre que seuls les délégués des Moluques participent à la conférence, que la Marine militaire défende les victimes de nouvelles attaques et que Yos Soedarso, le port d’Amboine, ne soit plus sous contrôle exclusif des musulmans.

Poursuite de la campagne pour une intervention internationale aux Moluques

Sur place, les chrétiens locaux, dont l’évêque d’Amboine, Mgr Petrus Canisius Mandagi, réclament toujours une intervention internationale dans les Moluques pour faire cesser les massacres. Mgr Mandagi, qui a fait une tournée européenne le mois dernier, a l’intention de poursuivre sa campagne pour une intervention internationale dans les Moluques avec le soutien des musulmans modérés, et en particulier de Nahdlatul Ulama, l’organisation islamique indonésienne la plus importante, dont fait partie le président Wahid.

La campagne européenne de l’évêque, commencée au début du mois de juillet, a été menée avec les révérends Sammy Titaley et Agustinus Aesh, pasteurs des Eglises protestantes et évangéliques de Maluku et Halmahera, ainsi qu’avec le leader musulman Lambang Triyono, professeur à l’Université de Gajahmada à Yogyakarta. La délégation a écrit un message à l’ONU et à l’Union européenne, a rencontré le Commissaire de l’ONU pour les Droits de l’homme, Mary Robinson, les leaders de l’Union européenne ainsi que les membres de la Chambre des Lords à Londres.

Pour l’instauration d’un couloir humanitaire et l’envoi d’observateurs internationaux

Les communautés chrétiennes réclament une intervention immédiate pour l’assistance et l’évacuation des réfugiés en zones de sécurité, l’ouverture d’un couloir humanitaire pour les civils et l’envoi d’une délégation d’observateurs de l’Union européenne dans les Moluques ainsi que le départ de tous les militants de la jihad. Il s’agit également de faire pression sur le gouvernement indonésien pour le lancement d’une enquête qui identifie et poursuive les provocateurs du conflit. «Ce conflit – écrivent les responsables chrétiens de l’archipel – n’est pas né dans les Moluques. Il a été provoqué par des groupes qui agissent sur commission de secteurs politiques extrémistes en Indonésie.»

L’’absence d’observateurs internationaux dans la zone permet aux militants islamiques et aux militaires impliqués d’agir en toute impunité. Les leaders chrétiens rappellent la situation dramatique des réfugiés, contraints à fuir dans les collines dans des conditions précaires, sans nourriture ni médicaments. «Si la communauté internationale n’intervient pas – concluent-ils dans un message à la communauté internationale – on assistera à l’élimination complète de la communauté chrétienne pacifique des Moluques.» (apic/misna/fides/bcc/be)

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