La « sale guerre » anti-subversive de l’armée guatémaltèque
Guatemala City/Tegucigalpa, 9 août 2000 (APIC) L’Eglise catholique du Guatemala a dénoncé l’enlèvement et l’assassinat par l’armée de centaines d’enfants indiens durant la « sale guerre » anti-subversive menée depuis les années 50 par les forces de sécurité guatémaltèques. L’armée est accusée d’avoir kidnappé des enfants des communautés Mayas et de les avoir fait disparaître.
Dans un rapport de 200 pages publié lundi et intitulé « Au revoir, enfance ’disparue’ dans le conflit armé interne au Guatemala », le Bureau pour les droits de l’Homme de l’archevêché de Guatemala Ciudad affirme que dans 92% des cas, c’est l’armée qui est responsable des « disparitions forcées » visant les enfants mineurs durant les 36 années de guerre civile qui se sont achevées en 1996. Seuls 2% des cas sont mis sur le compte de la guérilla, tandis que 3% d’enfants « desaparecidos » ont été enlevés par les Patrouilles d’autodéfense civiles mises sur pied par l’armée.
Le rapport, présenté par le président de l’Odha, Mgr Mario Rios Montt, et par la directrice de l’organisation, Nery Rodenas, documente plus de 440 cas d’enlèvements, mais les chiffres devraient augmenter à mesure que de nouvelles informations seront disponibles. La majeure partie des victimes proviennent de familles indigènes mayas des régions qui ont le plus été touchées par la guerre civile: Quiché, Alta et Baja Verapaz, Peten, Chimaltenango, Huehuetenango et Guatemala.
L’Odha réclame une commission pour la recherche des enfants « desaparecidos »
En publiant son rapport, l’Odha réclame au gouvernement du présidente Alfonso Portillo la création d’une Commission nationale pour la recherche des enfants « desaparecidos ». Cette commission devrait avoir accès à toutes les informations, également celles en possession des services secrets militaires, concernant notamment d’éventuelles adoptions forcées ou d’autres éléments pouvant éclairer le sort des enfants disparus.
Le rapport mentionne notamment le cas d’une fille Maya séparée de ses parents durant un massacre de l’armée en 1982, puis donnée en adoption à une famille américaine. En juin dernier, la rescapée, aujourd’hui une jeune femme, a été réunie avec les survivants de sa famille au Guatemala.
Durant la terrible répression contre les communautés indigènes au début des années 80, l’armée guatémaltèque a rasé plus de 400 villages indios dans le but de faire disparaître la base sociale de la guérilla dans les montagnes du Guatemala.
Des officiers ont vendu les enfants survivants
Ce nouveau rapport, basé notamment sur des interviews avec les membres des familles des disparus, est le premier à montrer que de nombreux enfants n’ont pas été massacrés en même temps que les autres villageois, mais qu’ils ont été capturés et emmenés par les soldats vers une destination inconnue. De telles recherches dans le pays voisin, au Salvador, ont permis la réunification de plus de 100 enfants avec leur famille. Des officiers avaient vendu les enfants survivants de massacres de civils et les avaient envoyés à l’étranger pour adoption.
Honduras: des centaines d’enfants de la rue victimes du « nettoyage social »
Au Honduras voisin, des centaines d’enfants ont également été victimes du « nettoyage social » visant à éliminer les enfants de la rue. L’organisation catholique d’assistance à l’enfance sans protection « Casa Alianza » a révélé mardi qu’au moins 320 enfants ont été assassinés ces deux dernières années au Honduras, « dans une apparente opération de ’nettoyage social’ dans laquelle pourraient être impliquées des autorités ».
Selon Bruce Harris, directeur pour l’Amérique latine de Casa Alianza, « avec les chiffres de juillet, nous dépassons les 320 enfants et jeunes assassinés en deux ans et demi ». Le responsable signale que pour plus de 74% des crimes, commis spécialement dans la capitale hondurienne Tegucigalpa et dans la ville de San Pedro Sula, au nord du pays, il n’y a pas eu d’enquêtes menées sérieusement dans le but de trouver les assassins.
Dans 7% des cas qui ont été élucidés, il s’agit de victimes des « maras », les bandes de jeunes délinquants. « Il est préoccupant de savoir que dans près des 3/4 des cas d’assassinats, les enquêtes adéquates n’ont pas été menées pour savoir qui en sont les auteurs, ou peut-être que l’on sait bien qui ils sont, mais on ne veut pas les identifier », dénonce Bruce Harris.
Au lieu de nourriture et de réhabilitation, une balle dans la tête
Le directeur régional de Casa Alianza considère qu’apparemment, « la société hondurienne ne veut pas s’occuper de ces enfants et au lieu de leur offrir de la nourriture et des chances de réhabilitation, elle leur offre une balle dans la tête ». A ses yeux, « l’assassinat d’enfants et de jeunes n’est pas une façon de faire face aux problèmes sociaux qui assaillent aujourd’hui le Honduras, parce qu’avec ces crimes, on tue l’avenir du pays ». Bruce Harris a présenté aux autorités honduriennes il y a six mois déjà un projet de réhabilitation d’enfants de la rue, mais il n’a toujours pas reçu de réponse. (apic/misna/aci/bbc/be)
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