Allemagne: Des moines prêts à dédommager les victimes du travail forcé sous le nazisme
Ettal,
(APIC) Les institutions monastiques ont également profité du travail forcé sous le nazisme. Le passé a rattrapé le monastère bénédictin d’Ettal, en haute Bavière, alors qu’il n’espérait rien d’autre que de fêter, ce mois d’août, le centième anniversaire de sa nouvelle fondation.
Une émission de la chaîne allemande ARD a révélé que l’Ordre religieux avait employé des travailleurs forcés pendant la Seconde Guerre mondiale. Selon l’état actuel des recherches menées par les moines dans leurs archives, le monastère aurait employé 5 Polonais, 6 Ukrainiens, 13 Russes et 35 prisonniers de guerre français dans l’enceinte du couvent et dans son exploitation agricole. Les Bénédictins d’Ettal s’efforcent à présent de retrouver les survivants parmi les travailleurs forcés qui ont été placés chez eux. Ils ont l’intention de dédommager chacun d’eux.
Dans son homélie lors de la fête de la seconde fondation du monastère, célébrée dimanche en la basilique d’Ettal, l’abbé Edelbert Hörhammer a demandé pardon pour les injustices passées ou présentes dont le monastère s’est rendu coupable. Il a promis de faire parvenir aux hommes et aux femmes qui ont travaillé sous la contrainte dans le couvent d’Ettal un dédommagement par le truchement de l’ambassade de leur pays en Allemagne. «Je les invite tous au monastère, a précisé le prieur Maurus Krass, si leur état de santé le leur permet.»
Pas un dédommagement mais un geste de compassion
Les moines aimeraient s’entretenir personnellement avec les hommes et les femmes que l’on a obligés à travailler au profit de leur ordre religieux. Ils vont s’inspirer de la pratique de Munich pour fixer le montant de l’indemnisation. La ville a versé 1’000 francs à une femme pensionnée de Kiev, en Ukraine. Le Père Krass a précisé qu’il ne s’agissait pas de compenser le salaire spolié mais seulement d’un geste de compassion envers la souffrance de ces personnes exilées de leur patrie.
Durant les années de guerre, l’école et l’internat du monastère ont été transformés en un foyer rural pour les enfants allemands. Les bénédictins ont été interdits d’enseignement. 37 confrères et 20 laïcs ont été mobilisés. Le couvent a reçu, en remplacement, des travailleurs forcés, comme cela se passait dans tous les monastères avec des exploitations agricoles. Les couvents de moniales ont été moins touchés par ce phénomène.
Les prisonniers français ont désiré rester
Il faut envisager en revanche sous un tout angle la question des prisonniers français. 15 d’entre eux ont décidé entre 1943 et 1945 de rester au monastère comme main d’œuvre civile. Durant cette période, ils ont pu économiser la plus grande partie de leur salaire et venir ainsi en aide à leur famille restée en France, comme en témoigne les versements enregistrés dans les archives. Les moines d’Ettal et les travailleurs français s’entendaient bien, ce qui a incité le monastère à refuser de les échanger contre des prisonniers américains, comme le proposait l’Office du travail de Weilheim.
Dans les circonstances presque anarchiques de la fin de la guerre, ce sont les ouvriers civils français qui ont protégé le monastère d’Ettal des pillages. (apic/kna/mjp)
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