Allemagne: Pax Christi se mobilise contre le racisme et la violence de l’extrême-droite

«Les vieux démons aux extrêmes? On les retrouve au centre !»

Bad Vilbel, 20 août 2000 (APIC) La section allemande du mouvement catholique pour la paix Pax Christi s’interroge depuis plusieurs années sur la montée de la violence dans la société. La violence raciste et d’extrême-droite qui s’exprime dans des actes scandaleux et criminels ne doit cependant pas faire oublier le terreau où se plaisent les vieux démons. Or, à quoi sert-il de combattre ces démons aux extrêmes si on les retrouve au centre ? C’est une question centrale que développe la section allemande de Pax Christi dans une prise de position publiée le 11 août.

La section allemande de Pax Christi salue la discussion en cours dans la société et dans le monde politique sur les voies et moyens d’une lutte conséquente contre le racisme et contre l’extrême-droite. Après des années de sous-estimation et d’accoutumance tacite, on voit enfin se manifester en Allemagne une réaction publique et politique contre la violence d’extrême-droite et contre la violence raciste. Pour Pax Christi, cette attention est une condition décisive pour développer des contre-stratégies efficaces. Il ne faut pas que pareille attention se relâche, quand l’intérêt des caméras de télévision, des journaux et des politiques se portera sur d’autres sujets et sur d’autres scènes.

Dans la lutte contre la violence de droite, il ne faut pas attendre des résultats à court terme, estime le mouvement. Les politiques et une large partie de l’opinion publique, y compris les Eglises, n’ont fait que découvrir qu’ils étaient confrontés de manière fatale aux conséquences d’une impuissance, dont ils ont eux-mêmes fait preuve au cours des années passées en détournant les yeux de la réalité et en la jugeant inoffensive.

Dans l’augmentation continuelle de la violence raciste et d’extrême droite en Allemagne, Pax Christi voit une expression de l’inquiétude sociale organisée à laquelle il faut réagir avec des moyens politiques. «La politique doit assurer dans notre société la mise en place d’un débat à long terme sur le racisme et sur l’extrême droite pour rencontrer l’indignation actuelle. Elle doit viser à une explication critique de ce qu’on appelle le centre de la société. L’excitation de nombreux hommes politiques contre la violence d’extrême droite ne sera pas crédible aussi longtemps que l’on n’aura pas sensiblement amélioré les conditions générales des mesures à investir à long terme dans la formation politique et dans l’éducation».

Pas un hasard

«La stupéfaction qu’ont provoquée les actes de violence commis par l’extrême-droite ces dernières semaines était moins focalisée sur les victimes réelles de la violence que sur la situation économique de l’Allemagne. Ce n’est pas un hasard si le débat politique établit des différences entre les étrangers «utiles» et les «inutiles». Les extrémistes de droite représentent, du même coup, un danger pour la société parce qu’ils ne font pas de différence entre un expert en informatique et un demandeur d’asile indien. Quand les droits d’un sans abri d’Usedom sont bafoués jusqu’à la mort, c’est à peine si on en parle. En revanche, quand des experts étrangers veulent démissionner à Francfort par peur d’attaques racistes, ce sont les intérêts élémentaires de l’Allemagne qui sont menacés».

Selon une étude de l’Union Européenne datée de 1998, ajoute encore le mouvement, 30% des Allemands se caractérisent comme «racistes»; d’autres études rattachent 13% des Allemands au modèle de droite et 20 % au modèle d’extrême-droite. «Les idéologies de l’inégalité des races ou des peuples sont profondément ancrées dans les points de vue de la société allemande; les auteurs d’actes de violence racistes ne font que traduire ce que plusieurs pensent encore ou sont à nouveau prêts à penser. Le racisme apparaît ainsi comme une maladie, «qui menace de devenir chronique» (Michel Friedmann); l’extrémisme de droite " fait partie de la culture au quotidien en Allemagne de l’Est» (Wolfgang Thierse)».

L’appel de Pax Christi

En tant que mouvement chrétien pour la paix, Pax Christi lance dès lors l’appel suivant: «que dans le débat sur la régulation de l’immigration en Allemagne, on cesse de mettre en cause publiquement le droit fondamental à l’asile; que le débat politique sur l’interdiction du NPD [Nationaldemokratische Partei Deutchland] se porte résolument vers la discussion critique des contenus politiques et des exigences de ce parti; que l’on accorde un soutien financier beaucoup plus important aux institutions et aux projets antiracistes qui s’occupent de l’animation des jeunes dans les anciens Länder et dans les nouveaux; que le développement des stratégies contre la violence raciste et d’extrême droite devienne l’axe du travail de la centrale fédérale pour la formation politique ; la discussion en cours sur l’avenir de la centrale fédérale et de ses missions aurait ainsi un ancrage politique constructif».

Pour Pax Christi, le débat sur l’extrémisme de droite – annoncé pour l’automne 2000 au Bundestag – doit donner lieu à une initiative législative de différents partis pour rendre obligatoires, dans le programme des écoles et des établissements d’enseignement publics, des cours sur le racisme et sur l’extrémisme de droite. Quant aux Eglises, aux communautés chrétiennes et aux groupes oecuméniques il faut qu’ils mettent à profit, dès 2001, la «décennie contre la violence» pour en faire un instrument de mobilisation contre le racisme et contre l’extrémisme de droite. (apic/cip/pr)

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