Flexibilité et adaptabilité pour respecter les cultures locales

Afrique, Asie, Amérique du Sud, Océanie: La règle de St-Benoît en terre de mission

Par Jean-Claude Noyé

Paris,

(APIC) « Mener de pair travail de développement et vie monastique n’est pas simple. Et les difficultés liées au choc des cultures ne manquent pas », explique Jacques Côte, moine québécois bénédictin de Solesme et secrétaire général de l’Aide Inter Monastères (AIM). Cela n’empêche pas la vie monastique selon la règle de saint Benoît d’afficher une santé prometteuse avec quatre à cinq fondations par an dans les pays de mission.

Les vocations sont nombreuses et les jeunes communautés veulent témoigner par la prière, la vie fraternelle, le travail et l’accueil des valeurs évangéliques qui les animent..

Modulé en français et en arabe, le chant des cinq moines s’élève. Il est 18 heures. L’office des vêpres vient de commencer. Nous sommes à Midelt, au Maroc, dans la communauté monastique Notre-Dame de l’Atlas, « fille » du monastère algérien de Tibhirine. Les frères fabriquent des hosties pour le diocèse, cultivent légumes et fruits et prient. Une vie dépouillée. Sa dimension missionnaire? « Une présence de prière. « Nous voulons porter un regard positif sur ce qui nous entoure. Notre insertion est discrète, sans aucun prosélytisme », explique frère Jean-Pierre, l’un des rescapés de Tibhirine. « Nous avons vécu là-bas une expérience très belle de prière avec des musulmans soufis. Il n’y a rien de plus beau qu’une telle rencontre, dans le respect mutuel » confie-t-il.

Dialogues avec les autres religions indispensables

Sur les cinq continents, des communautés monastiques perpétuent, comme à Midelt, la règle de saint Benoît, père des moines d’Occident. Beaucoup ont été fondés dans le sillage de Vatican II. « Les monastères sont missionnaires par leur rayonnement chrétien à travers la prière liturgique de l’Eucharistie et de l’office, le travail, la vie fraternelle, le silence et l’accueil ». Cette forme de vie prend des accents spécifiques selon le milieu où elle s’enracine.

En Asie, le monachisme, qui existait bien avant l’arrivée des chrétiens, est un pont entre les religions. Dialogue interreligieux et inculturation sont vitaux pour le christianisme, très minoritaire et perçu comme une religion de l’étranger. Les communautés y sont florissantes, comme celle des bénéédictines de Ste Odile, d’orientation apostolique. La distinction entre vie contemplative et vie apostolique n’existait pas autrefois. La clôture au sens strict ressort plus de la vie carmélitaine que bénédictine » explique le père Jacques Côte secrétaire général de l’AIM, moine québécois de la congrégation de Solesmes. « Il faut mener de pair travail de développement et vie monastique, sans perdre notre identité et ce n’est pas simple ».

Soutien aux plus démunis et développement

Quand on crée par exemple une coopérative agricole, la demande du voisinage excède très vite nos capacités. Dans un large rayon, les gens affluent pour demander les sacrements chrétiens. On ne peut pas les refuser. En Amérique latine, où les jeunes vocations ne sont pas rares, surtout chez les moniales, les monastères sont généralement très impliqués dans le soutien aux plus démunis et le développement, commente de son côté‹ frère José Veronesi, bénédictin argentin. Sa communauté d’El Siambon, dans la province de Tucuman, se trouve à 6 km de la paroisse la plus proche.

Dom Philippe Gaisford a pour sa part fait le tour des monastères d’Afrique. Il se félicite de « l’optimisme plein de jeunesse » et de la chaleur de l’accueil. « Mais, écrit-il, l’abondance de vocations ne va pas poser de problèmes. La tradition tribale est forte et une communauté qui compte des représentants d’ethnies différentes peut se trouver déchirée au moment d’élire un supérieur.

Dans les ordres monastiques, on échappe à l’extrême pauvreté: on y est assuré d’avoir de quoi manger et de disposer d’une certaine sécurité financière. De plus, avoir un fils ou une fille au monastère est un grand honneur pour une famille. Mais parfois, le désir de se marier et d’avoir des enfants devient trop vif et certains moines ou moniales reviennent sur leur profession solennelle. »

Evoquant la « difficulté de faire croître un arbre africain à partir d’une semence européenne », il estime que « la flexibilité et l’adaptabilité sont des éléments essentiels de la vie monastique en Afrique ». C’est autour de la liturgie et de la prière en commun que se cristallisent les espoirs et les craintes concernant l’inculturation. »

L’inculturation avec les Kanaks

A Keur Moussa, au Sénégal, abbaye bénédictine fondée par Solesmes en 1963, on chante beaucoup en grégorien avec accompagnement de coras, marimba, tam-tam et calebasse. « Cependant, note Dom Philipe Gaisford, si la musique a évolué jusqu’à être méconnaissable, le cérémonial est encore celui de Solesmes. On se demande dans combien de temps il sera harmonisé avec la musique… »

En Nouvelle-Calédonie, le monastère trappiste Notre-Dame des Iles, fondé par l’abbaye de Sept-Fons (Allier), surplombe la Baie de Boularié à quelques km de Nouméa. La chapelle est en forme de case kanak. Le supérieur, le père Colomban, a publié le livret « Cultures et traditionnelles et foi chrétienne: recherches sur l’inculturation ». « Il devient urgent de trouver un langage biblique et théologique qui corresponde au monde mélanésien, en prenant en compte certains aspects des coutumes locales, comme le respect des anciens. Pourquoi ne pas intégrer certaines fêtes traditionnelles dans nos propres célébrations eucharistiques? », se demande-t-il?

Un clocher en tête de zébu

A Madagascar, au monastère cistercien de Maromby, fondé par l’abbaye du Mont, au Nord du pays, le clocher figure une tête de zébu. Tout l’office est dit en langue malgache et la musique est autochtone. « On a essayé de donner le sens de la vie monastique à nos frères malgaches et c’est une grande joie de voir qu’ils sont mûrs pour prendre le relais. C’est en cela que l’inculturation est réussie », estime le père Daniel, qui en a été le supérieur pendant 24 ans.

A l’ashram chrétien de Shantivanam, au sud de l’Inde, l’inculturation a également été accentuée avec ladoption du costume locale, la célébration de la liturgie en position de lotus, la lecture de textes sacrés de l’Inde à l’office, mantras – formules sacrées – chantés en langue locale. Les vœux monastiques sont interprétés en terme de « détachement ». Paradoxalement, les pères fondateurs Henri le Saux et Jules Monchanin, n’ont pas à ce jour d’héritier indien et le « monastère » n’a plus aujourd’hui le rayonnement qu’il a pu avoir. Là comme ailleurs, l’enjeu de l’effort missionnaire est d’aboutir à des vocations locales solides pour donner une postérité à la règle de St Benoît. (apic/jcn/ua/mjp)

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