Les jeunes Romands se donnent rendez-vous aux JMJ de Toronto

APIC JMJ

Difficile « d’atterrir » après tant d’émotions

Jacques Berset, APIC

Rome/Fribourg, 23 août 2000 (APIC) A peine de retour en Suisse, rattrapés par la fièvre de la rentrée des classes ou la reprise du travail, les jeunes Romands présents aux XVème Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) ont bien du mal à « débarquer » et à retrouver le train-train quotidien. L’expérience vécue dans les diocèses italiens et à Rome a été si forte pour ces jeunes qu’ils ont encore du mal à la communiquer à ceux qui sont restés à la maison. Désormais « accros » des JMJ, nombre d’entre eux se sont déjà donné rendez-vous à Toronto en 2002.

Dans les bus qui les ramenaient en Suisse dans la nuit de dimanche à lundi, on s’échangeait déjà adresses e-mail et numéros de téléphone pour une prochaine rencontre romande des « anciens » des JMJ. En attendant Toronto…

La Gruyérienne Alice Ruffieux, 20 ans, appartient au « Groupe Espérance », qui rassemble une cinquantaine de jeunes « après confirmation » de la région morgienne qui se rencontrent régulièrement. Une trentaine d’entre eux étaient à Rome en compagnie de la fondatrice de ce groupe, Sœur Catherine Terrier, une religieuse missionnaire de Saint-Vincent-de-Paul. Habitant Morges, Alice Ruffieux est étudiante en hautes études commerciales à l’HEC de St-Gall et rentre dans sa famille chaque week-end.

C’est la veillée du samedi soir avec le pape à Tor Vergata qui l’a le plus marquée. Alice était très près de l’immense estrade de bois sur laquelle se tenait le pape, avec un champ de vision extraordinaire pour voir la cérémonie, entrecoupée de chorégraphies et de morceaux de musique et de chants de divers continents retransmis sur des écrans géants. Sur le « mur de l’histoire » sont projetés les portraits des Apôtres, avant la lecture d’une impressionnante liste de ceux qui ont été persécutés pour la foi, des premiers martyrs chrétiens à Rome aux martyrs contemporains.

Toute la symbolique était magnifique

« Dans l’immense foule, j’avais perdu mon groupe, et j’étais un peu désemparée, avant de retrouver par hasard des connaissances de Morges. Il y avait une certaine euphorie, car à la fin de la soirée, d’autres jeunes qui s’étaient perdus nous avaient rejoints. » Alice Ruffieux dit avoir été impressionnée par les silences et le recueillement des jeunes. Marquée également par la cérémonie de la remise par le pape Jean Paul II de l’Evangile de Marc en version interconfessionnelle à 5 jeunes de tous les continents.

« Nous étions nous aussi invités àà transmettre à notre voisin l’exemplaire de cet Evangile qui se trouvait dans notre besace du pèlerin, après l’avoir dédicacé… Malheureusement, on l’avait laissé dans le car! Malgré cet oubli, j’ai trouvé ce geste très beau… le passage de la lumière, toute la symbolique était magnifique. C’était pour moi une joie folle, et toute la soirée j’ai rendu grâce à Dieu pour tous ces visages qui avaient l’air tellement heureux autour de moi, alors qu’on avait passé une dure journée – cinq heures de marche sous un soleil de plomb – pour arriver à Tor Vergata. » Elle a également été touchée par ces grands-mères romaines qui s’étaient mises sur leur balcon pour rafraîchir avec des tuyaux d’arrosage les jeunes pèlerins en marche depuis plusieurs heures.

Des pleurs de joie

Le simple fait d’être ensemble, de partager cette soirée avec toute la foule, avec des lumières à perte de vue – chacun avait reçu une reproduction en terre cuite d’une lampe à huile retrouvée dans les catacombes de Priscille – restera pur elle un souvenir impérissable: « tous ces gens sont là pour la même personne, parce qu’ils croient en la même chose, c’est extraordinaire. A la fin, quand tout s’est arrêté après le magnifique feu d’artifice. Quand l’ambiance est retombée, tout le monde autour de nous s’est mis à pleurer de joie, on s’est jetés dans les bras les uns des autres, et on a pleuré tous ensemble. Certains ont mis des heures à se remettre… Beaucoup ont été très touchés et n’ont pas compris ce qui leur arrivait. Je crois que l’Esprit Saint a travaillé très fort lors de cette veillée! »

Des Valaisans à pied et à vélo

Parmi les participants suisses, certains avaient entamé leur pèlerinage en Valais déjà, à pied ou à vélo, pour se préparer spirituellement aux JMJ afin de les vivre de façon un peu différente, « vraiment comme pèlerins ». Le groupe de 25 marcheurs provenant du Valais central a été entre autres recruté par le biais du journal des JMJ de Suisse romande, « JMJ’aime ».

Parmi eux, Sophie Cordonier, 22 ans, de Chermignon, étudiante dans une école de formation médicale de Lausanne, est partie à pied, dès le 9 août au matin, de Brigue à Domodossola, en passant par le col du Simplon. Quatre jours de marche, une centaine de kilomètres, en compagnie notamment de l’abbé Pierre-Yves Maillard, 31 ans, aumônier du Collège de Sion, et de Virginie Emery, de Crans-Montana, élève au Collège de Sion.

« La marche a l’avantage que l’on a du temps pour mieux se connaître, permettant ainsi de mieux souder le groupe », insistent les filles, toutes deux pratiquantes. « C’est aussi intéressant du point de vue religieux, car nous avons célébré la messe dans la nature et dormi sous tente ou dans un refuge de berger. On n’aurait pas tenu le coup jusqu’au bout sans la présence du groupe, car les cloques et la fatigue nous ont fait beaucoup souffrir. Ici, à Rome, ce n’est plus le silence de la montagne, c’est la grande foule, mais nous venons tous pour la même chose qui nous rassemble. On ne peut pas ne pas être ému, même quelqu’un d’incroyant ne peut qu’être touché. D’ailleurs tous les visages sont souriants, quelque chose qu’on ne voit pas tous les jours », poursuivent Sophie et Virginie.

Découverte d’une Eglise jeune et universelle

Un groupe de 24 cyclistes – également Valaisans – est parti du sommet du Simplon, pour faire la même démarche. Dans le groupe, Bénédicte Pouget, 17 ans, d’Orsières, étudiante au Collège de St-Maurice, et deux garçons actuellement au séminaire du diocèse de Sion à Givisiez, Joseph Voutaz, 26 ans, de Sembrancher, de la communauté des chanoines du Grand-St-Bernard, et Samuel Antille, 22 ans, de Grône, qui veut devenir prêtre diocésain.

Les cyclistes, qui comme les marcheurs sont passés par le diocèse de Vérone, se sont arrêtés au bord du Lac de Garde, avant de poursuivre en train. Pour eux également, l’effort physique fait partie de la démarche de pèlerinage et permet de la préparation spirituelle. Une partie du groupe avait déjà « fait » les JMJ de Paris à vélo. Chaque jour, les adeptes de la petite reine se sont arrêtés dans une paroisse italienne qui les hébergeait et où ils pouvaient assister à la messe.

Dans une paroisse de Bergame, le groupe a également rencontré des jeunes en marche vers Rome, dont des Français et des Ivoiriens. « Ce petit rassemblement international nous a permis de vivre une sorte d’avant-goût des JMJ…Une préparation avant l’explosion de joie d’aujourd’hui. On a vu en Italie une Eglise jeune et engagée, avec de jeunes adultes qui s’impliquent, un peu en contraste avec ce que nous rencontrons chez nous. Nous avons aussi découvert le visage universel de l’Eglise – tous ces gens venus ici du monde entier croient comme nous en Jésus-Christ, cela nous conforte dans notre foi – et son visage inculturé. On découvre ainsi que l’Eglise a su, en préservant l’essentiel, assimiler la société contemporaine et s’y adapter en utiliser les moyens les plus modernes. On voit les jeunes faire preuve d’une grand respect, ne pas tomber dans le show, mais savoir aussi se disposer à la prière. On constate que les jeunes peuvent tout à fait avoir leur place dans cette Eglise. » (apic/be)

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