Un pays qui n’est pas gouverné par ses fils

Liban: Le patriarche maronite dénonce la tutelle syrienne sur le Liban

B 24 août 2000 (APIC) Le patriarche maronite du Liban, Nasrallah Pierre Sfeir, a une nouvelle fois dénoncé la tutelle syrienne sur le Liban, accusant son puissant voisin de pratiquer une hégémonie sur le pays et d’être responsable de la dégradation de la situation économique. Dans le climat tendu de la campagne électorale pour renouveler la députation au parlement de Beyrouth, les paroles du cardinal Nasrallah Sfeir ont apporté de l’eau au moulin de ceux qui souhaitent le départ des troupes syriennes stationnées au Liban à la suite des Accords de Taëf.

Dans une interview publiée mercredi par le quotidien libanais « an-Nahar », le patriarche maronite a dit son espoir que la nouvelle Chambre soit formée de personnes « capables de tirer le pays de sa torpeur. » Le chef de l’Eglise maronite estime qu’il faut faire la distinction « entre ceux qui veulent le maintien de la présence syrienne, car ils y trouvent leur intérêt, et ceux qui n’y ont aucun intérêt et qui disent qu’il faut en finir avec cette tutelle ».

Selon le quotidien de langue française « L’Orient-Le Jour », qui rapporte les propos du cardinal Sfeir, « la tutelle syrienne sur le Liban est acceptée par certains à contrecœur ou par intérêt personnel, mais je ne pense pas que tous les Libanais l’acceptent ». Le patriarche maronite estime que les Syriens n’ont pas intérêt à rester au Liban car ils se font du tort à eux-mêmes et le Liban est lui aussi lésé: il est dans l’intérêt mutuel des deux pays que les Syriens laissent le Liban se débrouiller seul et qu’il y ait une coordination entre Damas et Beyrouth « sur la base de l’indépendance, de la souveraineté et de la libre décision ».

Le quotidien de Beyrouth relève que Mgr Sfeir a tenu à souligner que ses propos ne sont pas dictés par une position hostile à la Syrie, mais dans un souci d’amitié et de coopération entre les deux pays. Il a également affirmé que l’alignement du Liban sur la Syrie est la principale raison de la dégradation de la situation économique au Liban.

Les Libanais n’ont pas leur mot à dire

« Les gens savent pertinemment que le pays n’est pas gouverné par ses fils mais que ce sont les Syriens qui y imposent leur hégémonie. C’est pour cette raison qu’on ne fait pas confiance au Liban: il est connu que les Libanais n’ont pas leur mot à dire », a-t-il lancé. Mgr Sfeir a en outre appelé les électeurs, lors des prochaines législatives, à écouter la voix de leur conscience et à ne pas se laisser tromper par l’argent et les menaces. « Nous savons qu’il y a des pressions et que l’opération électorale n’est pas saine à 100 % mais nous laissons aux gens le droit de choisir les personnes adéquates qui serviraient l’intérêt du Liban. »

Le prélat maronite constate qu’il y a urgence à combattre la crise économique qui frappe le Liban et qui force les jeunes qui ne trouvent pas de travail à émigrer. Mgr Sfeir insiste aussi sur la nécessité du règlement du dossier des réfugiés palestiniens, qui sont plus de 300’000 sur le territoire libanais et qu’Israël prétend ne pas laisser rentrer sur les terres dont ils ont été chassés ou qu’ils ont dû fuir en 1948, lors de la création de l’Etat hébreu. (apic/orj/be)

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