Plus d’inconnues que de certitudes

Suisse: Projet de recherche sur les liens entre l’action solidaire et la religion

(APIC) Quel rôle les motifs religieuxjouent-ils aujourd’hui dans l’engagement solidaire? Cette question est au centre du projet de recherche scientifique «Solidarité et religion» mené actuellement par l’Institut suisse de sociologie pastorale de Saint-Gall (SPI), en collaboration avec les Missionnaires de Bethléem Immensee et l’Institut suisse de sociologie pastorale de l’Université de Fribourg. Les premiers résultats montrent que les rapports entre religiosité et action solidaire sont plus complexes et moins évidents que ne l’espéraient peut-être les milieux ecclésiaux, commanditaires de l’enquête.

La variété des réponses recueillies dans l’enquête fascine Markus Büker, collaborateur scientifique des Missionnaires de Bethléem Immensee et l’un des sept membres de l’équipe de chercheurs attelés au projet. Cette variété montre que les rapports entre religion et solidarité recèlent plus d’inconnues que de connaissances avérées.

Le but à long terme de l’étude qui se poursuit jusqu’à l’automne 2001 est d’établir une théorie de la solidarité et de ses imbrications avec la religion. Il s’agit de savoir comment la solidarité se développe dans les groupes d’entraide sur la base d’un vécu commun et quel le rôle de la religion dans ce processus.

Les Missionnaires de Bethléem, partenaires de l’étude, vont utiliser cette nouvelle conception dans l’élaboration des programmes de formation, ainsi que dans le recrutement de collaborateurs et de volontaires pour des interventions outre-mer. Il est important de savoir pourquoi les gens donnent de leur temps pour la solidarité et ce qui les pousse à faire partie d’un groupe, souligne Markus Büker,

Influence des religions sur la pensée

Soutenu par le Fonds national suisse pour la recherche scientifique, le projet de recherche pluridisciplinaire a été lancée par Alfred Dubach, directeur de l’Institut de sociologie pastorale de Saint-Gall, en collaboration avec les Missionnaires de Bethléem et l’Institut pastoral de l’Université de Fribourg.

Il prend comme point de départ les constats suivants: l’individualisme s’accentue en Suisse, les liens sociaux se distendent et l’influence de la religion et des Eglises sur la vie et la pensée de l’homme contemporain s’affaiblit constamment. Cette évolution était déjà connue en 1993, avec la publication de l’étude du SPI qui faisait l’état des lieux de la religion en Suisse en se demandant si «chacun constitue un cas particulier». Les conclusions de cette enquête n’avaient pas provoqué l’euphorie générale, tant s’en faut. Le visage d’une Suisse multiple au plan religieux y apparaissait sans fard, rappelle Markus Büker.

L’individualisme, si décrié, la sécularisation et le pluralisme de la société n’ont cependant pas que de mauvais côtés. Ils créent de nouveaux modèles de solidarité, loin des contraintes et du carcan de la «solidarité obligée» dans les groupements ecclésiaux d’autrefois. L’action solidaire est un choix et dépasse les limites confessionnelles, les clivages entre les classes sociales, les frontières entre les nations.

Un projet pluridisciplinaire

L’équipe de chercheurs a mené de longs entretiens «non directifs» avec huit groupes, proches ou au contraires éloignés des institutions ecclésiales, exerçant une solidarité interne ou tournée vers l’extérieur. La deuxième étape intégrera encore quatre groupes, choisis eux aussi selon leur indépendance ou leur intégration à une Eglise.

Lorsqu’on lui demande si les réponses des quelques groupements retenus sont représentatives de l’ensemble des mouvements de solidarité en Suisse, le scientifique précise qu’il ne s’agit pas d’une étude quantitative mais qualitative. «Nous n’avons pas émis d’hypothèse ou de théorie à vérifier sur la base d’un large échantillonnage.

Au départ, nous avons posé une double question: Pourquoi les femmes et les hommes s’engagent-ils dans les groupes d’action solidaire et comment motivent-ils leur engagement? Mais le spectre de réponses était beaucoup trop large. Nous nous sommes donc bornés à interroger les gens sur ce qui les poussait à s’engager dans des groupes d’entraide solidaire», explique Markus Büker.

Qui est religieux est aussi solidaire

Pour Markus Bühler, les premiers résultats de l’étude montrent que le rapport entre solidarité et religion est très complexe et moins évidents que les gens d’Eglise pouvaient l’espérer. La solidarité et la religion ont des interactions à plusieurs niveaux. Plus concrètement, «nous ne pouvons pas prouver, sur la base des résultats que nous détenons à l’heure actuelle, que les personnes qui se disent croyantes prennent des engagements solidaires en raison de leur foi. Nous constatons simplement que certaines personnes interrogées motivent bel et bien leur engagement avec leur religiosité personnelle.»

En fait, la religion joue un rôle très variable dans les groupes interrogés. Dans un groupe missionnaire, par exemple, foi chrétienne et solidarité se recoupent assez exactement. Les membres d’un autre groupe se disent également croyants mais leur religiosité ne joue pas un rôle déterminant dans la vie du groupe. Pour un troisième groupe, la religion est mise au rang de tabou. Dans un quatrième mouvement, la religion constitue une ressource institutionnelle. La structure ecclésiale finance, supporte et maintient le groupe mais on ne peut débattre de questions religieuses au sein du groupe sous peine de le faire éclater. Un dernier groupe enfin se préoccupe ouvertement de l’importance des valeurs religieuses et ses membres cherchent à se rejoindre dans une pratique religieuse commune. (apic/smb/wm/mjp)

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