« Une initiative malencontreuse » selon l’académicien René Rémond
Paris, 31 août 2000 (APIC) Béatifier ensemble les papes Pie IX et Jean XXIII, c’est prendre le risque que la béatification du premier ne parasite celle du second, estime René Rémond, de l’Académie Française. L’historien français, qui se dit » choqué » par cette simultanéité, s’étonne d’ailleurs, dans une interview accordée au journal français « La Croix « , de voir Jean-Paul II béatifier le dernier « pape-roi ».
« Alors que certains craignaient une béatification de Pie XII, constate-t-il, c’est celle de Pie IX qui réapparaît, qu’on croyait enterrée… Je crains que, par sa dimension politique, elle ne vienne parasiter celle de Jean XXIII. Sans préjuger des intentions qui ont présidé à cette double béatification, on n’empêchera pas qu’elle soit interprétée comme « un coup à droite, un coup à gauche: le Pape emblématique de l’intransigeance catholique du XIXe siècle vient contrebalancer celui de l’ouverture de Vatican II… »
Des figures complexes
Pour René Rémond, les figures de Pie IX et de Jean XXIII sont plus complexes que les clichés où on veut les enfermer et elles présentent nombre de parentés, malgré tant d’apparentes divergences. Si le « Syllabus » est bien l’antithèse de Vatican II, Pie IX et Jean XXIII ont tous deux une attitude humaniste, faisant confiance à l’homme pour trouver par lui-même la vérité. Pie IX a d’ailleurs été élu sur un profil libéral et ses premières décisions témoignent d’un esprit ouvert. C’est le choc de la Révolution de 1848, explique l’historien, qui « figera Pie IX, jusque là écartelé entre son sentiment national et la défense des intérêts de l’Eglise. » On le voit alors se raidir sur son pouvoir temporel dans les Etats pontificaux, contre les idées modernes en pleine progression.
Le dernier pape roi
« Ce qui fait problème dans sa béatification, souligne René Rémond, c’est que sans avoir la mentalité ni les attitudes d’un monarque, Pie IX reste le dernier pape-roi. Il a pris, à ce titre, des décisions qui choquent l’esprit évangélique – comme celle de laisser exécuter des patriotes italiens condamnés à mort pour avoir contesté son pouvoir de chef d’Etat. Cela peut s’expliquer politiquement, mais se justifie mal spirituellement. Je peine à comprendre que Jean Paul II, intervenu si souvent pour faire gracier des condamnés, béatifie un tel prédécesseur. »
Face au judaïsme, Pie IX est soucieux de restauration, prisonnier de l’idée qu’il se fait de sa responsabilité. Jean XXIII quant à lui projette une image progressiste et populaire.
René Rémond pense qu’il aurait fallu renoncer à cette béatification conjointe. L’initiative lui paraît malencontreuse dans la forme – il aurait fallu dissocier les deux – et désastreuse sur le fond : les critères de béatification ne sauraient être les mêmes pour Pie IX et Jean XXIII. Mais elle n’affecte en rien la foi, ni l’attachement à l’Eglise catholique de l’historien. « Nous ne sommes pas, ici, dans le registre de l’essentiel – sur lequel l’Eglise ne peut pas se tromper ». (apic/cip/mjp)
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