Rome: Dialogue Rome-Moscou: des avancées et des résistances, constate Mgr Antonini

«Nous ne sommes pas des voleurs d’âmes !»

Rome, 2 juillet 2000 (APIC) Dialogue entre Rome et Moscou: des progrès ont été enregistrés, des avancées, même, mais on note des résistances, a commenté Mgr Bernardo Antonini, vicaire de l’administration apostolique de Russie centrale. Il nie tout esprit de prosélytisme: «Nous ne sommes pas des voleurs d’âmes!»

Des progrès ont été réalisés dans les relations entre Rome et Moscou, mais le chemin est encore long car «l’Eglise catholique russe a toujours été présentée de manière très négative, avare et extrêmement belliqueuse», a en effet expliqué au micro de Radio Vatican Mgr Bernardo Antonini.

Les relations entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe russe représentent un problème particulièrement difficile remis à l’ordre du jour par la récente visite de Vladimir Poutine au Vatican et les déclarations du patriarche orthodoxe de Moscou, Alexis II, qui, après cette visite, reportait dans un avenir incertain l’hypothèse d’un voyage du pape en Russie. Quel est l’état des relations entre les chefs des deux Eglises chrétiennes? Mgr Bernardo Antonini a reconnu aux micros de Radio Vatican que la question était particulièrement délicate.

«Des progrès ont été réalisés ces dernières années, a reconnu Mgr Antonini. Mais le chemin sera long car, comme le disaient mes professeurs d’université de Moscou, l’Eglise catholique russe a toujours été présentée de manière très négative, avare et extrêmement belliqueuse. Tout le monde se souvient de la fameuse phrase de Staline qui, lors de la Conférence de Yalta demanda: «Combien de divisions le pape de Rome possède-t-il?» Cette mentalité est profondément enracinée et il faudra du temps pour la faire changer, même si le peuple et les hommes politiques se rendent compte que nous ne sommes pas ces belliqueux dont on parlait tant. La situation s’améliore tout doucement».

Mgr Antonini a beaucoup d’amis orthodoxes. L’an dernier, le métropolite Kiril, le «ministre des Affaires étrangères» du patriarcat de Moscou, lui a demandé quatre professeurs catholiques pour enseigner au séminaire de Smolensk. «C’est Kiril qui me l’a demandé, insiste-t-il. Pas un prêtre orthodoxe perdu au fin fond de la Sibérie ! Ce sont des petits signes positifs. Il est évident que le problème n’est pas résolu mais nous sommes en marche vers une plus grande ouverture au dialogue».

Deux grands obstacles

L’un des thèmes les plus polémiques chez les orthodoxes est l’accusation de prosélytisme faite aux catholiques. «C’est toujours le même refrain, et cela me fait mal, avoue Mgr Antonini. On répète la même chose depuis des années. Le prosélytisme, c’est cette vieille accusation selon laquelle nous sommes des «voleurs d’âmes», «venator animarum», comme on disait autrefois. C’est vrai qu’il a pu y avoir des cas d’excès de zèle, mais aujourd’hui, personne n’agit de la sorte. Au début, nous nous présentions en Russie comme de nouveaux évangélisateurs, une attitude peu convenable car elle était très offensive pour les orthodoxes qui, au milieu d’une quantité de difficultés et avec des limites, ont soutenu une Eglise authentique. Mais aujourd’hui, je n’accepte plus cette accusation de prosélytisme: si par `prosélytisme on veut dire annoncer le Christ, alors je veux pécher de prosélytisme encore un quart d’heure après ma mort !»

Un autre obstacle est la question des gréco-catholiques ou «uniates». «En 1946, explique Mgr Antonini, Staline a donné aux orthodoxes tout ce qui appartenait aux catholiques, car il voulait en finir – comme Hitler – avec l’Eglise catholique. Aujourd’hui, nous revendiquons nos droits. Il y a peut-être eu des cas de comportements trop véhéments: certaines communautés ont voulu reprendre les églises séquestrées, par la force. Cela n’est pas bien. Le pape a demandé de ne jamais recourir à la violence. Mais nous avons des droits. C’est un problème extrêmement délicat. Ce ne serait pas juste de renoncer à tout, mais ils ne veulent rien nous restituer… Je prie pour que l’on trouve une solution pratique. De toute façon je ne suis pas un diplomate. Il vaut donc mieux que je me taise. Ce problème crée davantage de difficultés que les accusations de prosélytisme. Espérons que la diplomatie vaticane parviendra à trouver une solution avec les russes. Poutine a récemment fait une déclaration qui m’a plu: ’j’inviterai le pape la minute après qu’un accord aura été trouvé entre les deux Eglises’». (apic/cip/pr)

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