«Ne pas réduire l’être humain à sa sexualité»
Rome, 3 juillet 2000 (APIC) «L’Eglise nous rappelle avant tout que l’on ne doit pas emprisonner la personne dans sa sexualité», déclare le Père Georges Cottier, dominicain suisse et théologien de la Maison pontificale. Dans un entretien accordé à «L’Avvenire», il fait le point sur la position de l’Eglise face aux personnes homosexuelles. Cela en marge de la «World gay pride», qui se tient actuellement à Rome. Pour le Père Cottier, qui ne croit pas en l’efficacité du côté provocateur de la manifestation, il est nécessaire de lutter contre les préjugés et le mépris que suscitent les personnes homosexuelles.
Tout en rappelant la loi morale et son but, le théologien déplore le «mépris» dont les personnes homosexuelles peuvent faire l’objet. Il invite les communautés chrétiennes à lutter contre les «préjugés». Il rappelle que les personnes homosexuelles sont elles aussi appelées à la sainteté et évoque l’amour maternel de l’Eglise.
Loin de toute polémique, la réflexion du Père Cottier rappelle la position pastorale de l’Eglise, au moment où le «World gay pride» se déroule à Rome jusqu’au 9 juillet: Théâtre, danse, musique, débats, défilé annoncent les organisateurs. L’affiche renvoie à la Création – la préoccupation religieuse n’est pas loin, même tournée en dérision. Dans un triangle où l’on entrevoit le globe terrestre, deux doigts se rejoignent presque, rappelant Adam et le Créateur au plafond de la chapelle Sixtine.
La personne transcende la sexualité
Avec la «Lettre aux évêques de l’Eglise catholique sur la pastorale des personnes homosexuelles», publiée par la Congrégation pour la doctrine de la foi en 1986, «L’Eglise nous rappelle, avant tout, que l’on ne doit pas emprisonner la personne dans sa sexualité, souligne le Père Cottier. La personne en tant que telle transcende la sexualité». Le théologien du pape préconise de parler de «personnes homosexuelles ou lesbiennes» et de renoncer aux adjectifs substantivés «homosexuels» ou «lesbiennes», pour souligner que la transcendance est le destin fondamental de tous les êtres humains.
Un phénomène «douloureux» à prendre au sérieux
«Arrêtons-nous un moment pour réfléchir, pour comprendre, et préciser certaines choses», poursuit le Père Cottier. «L’Eglise dit des choses essentielles qui peuvent offrir une clef d’interprétation au phénomène social et personnel, souvent douloureux et grave, de l’homosexualité. Grave parce qu’il pèse d’un grand poids sur certaines personnes et qu’il doit être pris au sérieux «.
«Nous devons bien faire la distinction, poursuit le théologien, entre les tendances homosexuelles, dont dans la plupart du temps la personne n’est pas responsable, et les actes homosexuels qu’elle décide. Ces actes sont jugés selon la loi morale, qui vaut pour tous les actes et qui montre le chemin vers l’union à Dieu. Les actes conformes à la volonté de Dieu sont bons, les autres non.
Le mariage «monogame et indissoluble»
Cela s’applique aussi aux personnes hétérosexuelles. Ainsi l’adultère est un péché grave.» Pour l’Eglise, l’acte sexuel n’est licite qu’à l’intérieur du mariage monogame et indissoluble».
Le dominicain dénonce le mépris et le manque de considération à l’égard des personnes homosexuelles et les comportements qui ne sont pas inspirés par l’Evangile. «L’action pastorale, dit-il, s’adresse aux personnes et se caractérise par la compréhension et le respect. Pensons à l’Eglise comme à une mère qui aime tous ses enfants, personnes homosexuelles, hétérosexuelles, célibataires ou mariées, parce qu’elle est le sacrement de l’amour du Christ pour tous».
Ce que l’homme ne peut changer
«Les remous que suscite la Gay Pride sont liés à l’idéologie gay», dit le Père Cottier. Certaines de ses revendications sont justes, comme la reconnaissance de la qualité de personne, et d’autres ne le sont pas, à l’instar la tendance à reconnaître les unions entre personnes homosexuelles comme équivalentes au mariage. L’Eglise doit dire non, sans offenser les personnes. Le mariage est une institution voulue par Dieu que nous ne pouvons changer selon notre bon plaisir.»
De l’individualisme au narcissisme
«L’Eglise ne se situe pas au plan idéologique mais prend en compte une loi morale objective, celle du plan de Dieu, inscrit dans la réalité, et que nous devons chercher à découvrir à la lumière de la raison et de la foi». Citant la Constitution conciliaire «Gaudium et Spes», le Père Cottier explique que l’union entre l’homme et la femme dans le mariage est la première forme de communion. «Dans la conception individualiste, l’amour n’est plus communion et nous en arrivons inévitablement à un comportement narcissique».
Le Père Cottier recommande de lutter contre les préjugés pour que les personnes homosexuelles se sentent membres de plein droit des paroisses. Elles sont appelées à la sainteté comme tous les autres hommes et femmes.
Derrière les provocations, une accumulation de souffrance
Les groupes pour la «prise de conscience» de l’homosexualité peuvent apporter une certaine aide, explique le Père Cottier qui met cependant en garde contre le repli du groupe sur «sa différence». A propos de la «Gay pride»: «Au-delà de la coïncidence, dit-il, avec l’Année sainte, et de sa nature plus ou moins provocatrice, cette manifestation n’aide pas à comprendre la question de l’homosexualité. Défiler n’est certainement pas le chemin adéquat pour surmonter les souffrances accumulées». (apic/zn/pr/mjp)
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