Kinshasa, 6 juillet 2000 (APIC)Plus de trois semaines après les tueries de Katogota (Sud-Kivu), en territoire occupé, les attaques armées contre la population se poursuivent dans le Sud-Kivu. Les auteurs de ces attaques finissent par être reconnus par les habitants, victimes de ces violations. Les rebelles du mouvement congolais RCD et les soldats rwandais de l’APR sont souvent cités.
Dans un message rendu public à Kinshasa le 4 juillet, l’Association africaine des droits de l’homme (Asadho) lance un appel urgent face à la persistance des violations massives des droits de l’homme et du droit humanitaire dans le Sud-Kivu. L’ONG souligne l’incapacité manifeste de l’APR et du RCD à mettre fin aux crimes contre l’humanité dans cette région et lance un appel urgent à la communauté internationale pour qu’elle prenne des mesures plus rigoureuses en vue de la protection des populations civiles congolaises.
L’ONG cite le cas de l’attaque perpétrée dans la nuit du 18 au 19 juin à Kabare, où la paroisse, l’hôpital, le couvent des soeurs et des maisons des paysans (Cirunga) ont été pillés et où trois paysans ont trouvé la mort. Comme lors du massacre de Katogota, le mouvement rebelle congolais a attribué cette attaque aux Interahamwe.
L’Asadho relève à la suite des informations recueillies à la base que les auteurs de ces crimes quittent les lieux de leurs forfaits en se dirigeant vers Kajeje où se trouve un important campement des soldats rwandais de l’APR. L’Asadho dénonce le déplacement des populations congolaises, encouragé par l’APR et le RCD, ce qui montre qu’il s’agit " d’un plan bien monté pour déstabiliser les populations congolaises bashi (…) pour des objectifs militaires bien précis " . Le même sort a été réservé aux habitants de Kalonge où ont été installés des Rwandais, essentiellement hutu, sous la direction de leurs concitoyens officiers tutsi.
L’appel dénonce enfin les viols et traitements inhumains et barbares à Fizi, qui, aux dires des témoins, ont été commis par des soldats banyamulenge ou des tutsi de nationalité burundaise. A Uvira-Fizi, des jeunes filles et femmes meurent sous les coups de ces viols et traitements barbares, avec notamment l’introduction de bâtons ou de pierres dans les organes génitaux.
Les villages de Runingu, Sange et Kahanga, dont des habitants ont été tués, sont présentement désertés de leurs populations. L’Asadho estime qu’il faut agir vite et qu’il serait nécessaire qu’une commission internationale soit envoyée immédiatement dans la région, et en même temps que des mesures coercitives appropriées soient prises dans le cadre du chapitre VII de la Charte des Nations Unies. Des troupes rwandaises, constate-t-on sur le terrain (Bukavu, Walikale, Lubutu), ont entrepris une progression vers la Province orientale, qui fait craindre la constitution des renforts pour de nouveaux affrontements à Kisangani, où il y a quelque semaines les armées d’agression rwandaise et ougandaise se sont livrées une bataille.
Selon l’Asadho, il n’existe qu’un seul mécanisme judiciaire pouvant s’occuper de la question de la responsabilité des auteurs et des complices des crimes de guerre et ceux contre l’humanité qui se commettent dans le Sud-Kivu. Seul ce mécanisme peut aussi envisager la question du dédommagement des victimes congolaises. Cet instrument juridique est le tribunal international pour le Congo-Kinshasa, que propose l’Asadho et dont elle réclame une fois encore la création. (apic/cip/mm/pr)
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