Fribourg: Réactions au document romain sur les divorcés remariés
Fribourg, 7 juillet 2000 (APIC) Les réactions au document romain sur l’impossibilité de la communion pour les divorcés remariés, publié jeudi à Rome par Conseil pontifical pour l’interprétation des textes législatifs, n’ont pas tardé dans le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. Un diocèse qui, lors de la clôture d’AD 2000, en juin dernier à Fribourg, n’avait pas hésité à aborder pastoralement cette question.
Le document romain, en soi une confirmation de la doctrine officielle de l’Eglise en la matière, a cependant ceci de particulier, aux yeux de l’abbé Jean-Marie Pasquier, qu’il marque un durcissement. Quant à Mgr Julian Herranz, président du Conseil pontifical pour l’interprétation des textes législatifs, il explique à l’APIC les raisons qui ont conduit à rédiger le texte de ce document.
Dans son document, le Conseil pontifical pour l’interprétation des textes législatifs, en accord avec les Congrégations pour la doctrine de la foi et pour le culte divin et la discipline des sacrements, confirme que la communion pour les divorcés remariés n’est pas possible. Des exceptions sont admises, indique toutefois le texte romain. « Les divorcés remariés qui persistent dans leur situation ne peuvent pas accéder à la communion, à moins, peut-on lire dans le texte, qu’ils aient pris la résolution de ’vivre comme frères et sœurs’ ».
Selon la Congrégation, les divorcés remariés pourraient en effet, s’ils communiaient ouvertement, être l’objet de « scandale », le mot « scandale » étant entendu comme « une action qui pousse les autres vers le mal ». Ce risque de « scandale », indique-t-on à Rome, explique par ailleurs que celui qui distribue la communion peut être amené à la refuser aux divorcés remariés, « avec une extrême charité » et en cherchant « à expliquer au moment opportun les raisons qui l’y ont contraint », mais toutefois « avec fermeté ».
Si aujourd’hui la situation des divorcés remariés n’étonne plus à cause d’une « déformation des consciences », « il est davantage nécessaire que les pasteurs aient une action patiente autant que ferme, pour protéger la sainteté des sacrements, pour défendre la moralité chrétienne et pour former droitement les fidèles », explique encore la Déclaration du Conseil pontifical pour l’interprétation des textes législatifs. Le prêtre responsable de la communauté a donc la charge de discerner dans quels cas il faut refuser la communion, et de donner des instructions précises à ceux qui la distribuent sur la façon dont ils doivent se comporter dans des situations concrètes. Ces « cas de refus public » étant toutefois à éviter.
Confirmation de la doctrine
Pour l’abbé Jean-Marie Pasquier, responsable du Centre catholique romand de formation permanente (CCRFP), à Lausanne, et très engagé tout au long du processus d’AD 2000, il est évident que la position adoptée par l’Assemblée diocésaine à Fribourg va au-delà de la discipline en vigueur. En ce sens, assure-t-il, le document romain va contre ce que dit AD 2000, et marque un fossé entre la base, les fidèles, et certaines congrégations romaines. Pour l’abbé Pasquier, ce document confirme la doctrine officielle qui se trouve dans le droit canon. « Ce qui me paraît nouveau, mais dans le sens d’un durcissement, c’est la mention d’un possible refus, ou presque l’invitation faite aux prêtres en tant que distributeurs de la communion de refuser « avec une extrême charité », mais quand même de refuser la communion pour éviter le scandale. Qu’on aille jusque là me paraît très dur ».
Le Conseil pontifical pour l’interprétation des textes législatifs entend remettre les pendules à l’heure face à l’interprétation, par « certains auteurs », ces « dernières années », de l’interprétation « clairement déviante » du Code de droit canon de 1983. Or, constate l’abbé Pasquier, des « auteurs », il en existe pas mal, y compris des évêques. « Sans doute nos textes ne sont-ils pas encore arrivés dans cette congrégation ».
Confirmation de la doctrine officielle? Oui, mais avec en plus l’invitation au refus de donner la communion pour éviter le scandale. Quant à l’exception admise, pour les divorcés remariés qui auraient pris la décision de vivre comme « frères et sœurs », elle gène l’abbé Pasquier. « Et même énormément parce que cela confirme de la part de l’Eglise cette espèce d’identification de la vie conjugale avec l’échange sexuel. Comme si l’essentiel du mariage résidait là. On ne sort pas de ce schéma. Et je le regrette ».
Jean-Marie Pasquier craint que cette note romaine encourage les prêtres qui avaient une attitude très dure envers les divorcés remariés – « et il y en a quand même quelques-uns dans notre diocèse -. « C’est aussi en pensant à ces prêtres, que nous avons voté ces textes, pour leur demander de faire preuve de plus de discernement, de respect des consciences Et là, le texte leur donne raison: il n’y a pas lieu de respecter les consciences, puisque elles sont dans l’erreur et dans le péché. C’est grave ».
« Naufrage de l’espérance »
Réaction très forte aussi de la part du Père Albert Longchamp, rédacteur en chef de l’ »Echo Magazine », qui parle d’un naufrage de l’espérance. Et de désastre pastoral.
Le Conseil pontifical pour l’interprétation des textes n’est sûrement pas au courant: « prêtres et couples remariés ne se trouvent pas devant des textes, mais devant le désir profond, éprouvé et sincère, d’hommes et de femmes blessées par un échec, et qui ont faim de retrouver Jésus Christ dans la communion eucharistique ». Pour le Père Longchamp, Il est erroné d’affirmer que la situation des divorcés remariés n’étonne plus à cause d’une « déformation des consciences ». « Avant d’accuser, l’Eglise est appelée à discerner avec chaque chrétien – et surtout celui qui chemine vers la réconciliation – où il en est de la conscience de sa faute et de sa foi ». Or, relève-t-il , c’est exactement la position que nous avons voulu adopter, avec une grande prudence, dans le cadre d’AD 2000 où nous disons d’une part notre estime et notre respect aux divorcés remariés qui ont choisi en conscience de s’abstenir de communier, d’autre part notre demande aux communautés et aux pasteurs de respecter aussi la décision, prise en conscience, par des couples divorcés remariés, de recevoir le sacrement de l’eucharistie.
« En présence de notre évêque, Mgr Bernard Genoud, et de ses deux auxiliaires, qui ont participé activement au débat, nous avons précisé les cinq exigences associées à notre demande et au souhait des couples en question: respecter les devoirs de justice à l’égard du premier conjoint et des enfants éventuels; faire preuve de fidélité dans la nouvelle union; participer à la vie active de la communauté; vivre un temps de réflexion nourri de la Parole de Dieu, en dialogue avec un prêtre; s’interroger sur la qualité de leur faim eucharistique ».
« Désastre pastoral »
Pour le rédacteur en chef de l’ »Echo Magazine », la qualité de cette réflexion montre que nos communautés, avant de crier au « scandale » et de condamner les couples à la vie « comme frères et sœurs », envisagent des cheminements difficiles mais cohérents pour la rééintégration des divorcés remariés dans l’assemblée ecclésiale. « Cela dit, le monde actuel ne comprend plus l’acharnement de l’Eglise romaine contre les divorcés remariés, alors qu’elle exprime d’ineffables demandes de pardon pour ses erreurs ou, comme tout récemment, des demandes de clémence pour les prisonniers, et qu’elle accorde le pardon sacramentel aux auteurs de crimes les plus monstrueux. L’insensibilité des « interprètes » de la Loi à la souffrance des pécheurs (y compris leur insensibilité au ridicule de leur exigence), leur ignorance des réalités pastorales concrètes, est un scandale plus grand que celui qu’ils imputent aux couples divorcés remariés ».
Ce texte, conclut-il, est l’équivalent d’un naufrage de l’espérance pour d’innombrables couples divorcés ou non, qui perdent confiance dans le gouvernement de l’Eglise catholique romaine. « J’appelle cela un désastre pastoral. Un de plus ».
Impasse
Daniel Denis, assistant pastoral à Payerne, membre de la commission d’AD 2000 sur la question des divorcéé remariés regrette aussi la position « très dure » de Rome. « Au lieu de favoriser une pastorale à même d’aider les gens à poser un discernement et peut-être une exigence plus grande, on nous met dans une impasse ». Rome parle de scandale. « Si on appliquait stricto sensu ce qui est actuellement décrété par Rome, alors là, oui, on provoquerait le scandale », relève Daniel Denis. (apic/pr)
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