Brésil : La question de l’usage du préservatif contre le sida divise l’Eglise catholique
Sao Paulo, 9 juillet 2000 (APIC) Mgr Claudio Hummes, archevêque de Sao Paulo, blâme et menace de sanctions canoniques le Père italien Valeriano Paitoni. Ce dernier, qui anime trois centres destinés aux séropositifs à Sao Paulo, veut continuer à défendre l’usage des préservatifs comme prévention du sida, en dépit des représailles auxquelles il s’expose.
Le Père Valeriano Paitoni, missionnaire italien de la Consolata, est curé de la paroisse Nossa Signora de Fatima, dans le nord de la ville de Sao Paulo. Son archevêque, dans sa déclaration publique, prétend que la question de l’usage du préservatif a été tirée au clair lors d’une rencontre organisée à Indaiatuba, du 13 au 16 de juin, par la Commission de la pastorale de la santé de la Conférence épiscopale brésilienne. Il ajoute: « Mgr Javier Lozano Barragan, président du Conseil pontifical pour la pastorale de la santé, puis la Conférence épiscopale brésilienne elle-même, ont à cette occasion dénoncé la position défendue par le Père Paitoni ».
Mgr Hummes dénonce « l’attitude inacceptable » du missionnaire italien, en relevant aussi que « de nombreuses institutions catholiques apportent soutien et assistance aux sidéens sans recourir au préservatif ni le recommander, et réalisent de cette façon un travail très valable qui mérite mon appui total et ma solidarité « . L’Eglise continuera dans cette voie, poursuit-il. Il est regrettable que « la position frontale du Père Valeriano à l’enseignement moral de l’Eglise catholique aggrave encore la situation ».
« L’Eglise n’est pas divisée »
Mgr Hummes « ne peut accepter les déclarations de l’auteur de l’interview sur la Conférence épiscopale, dont les autorités, à l’entendre, s’opposeraient au préservatif uniquement sous la pression du Vatican ». Il peut « encore moins admettre ses attaques contre certains évêques et cardinaux ». L’archevêque de Sao Paulo affirme que l’Eglise n’est pas divisée « entre ceux qui défendent la loi et ceux qui défendent la voie », comme le prétend le Père Valeriano. « Au contraire, la loi de l’Eglise construit la vie, tant en ce monde que pour le salut éternel ».
Sanctions en vue
L’archevêque de Sao Paulo conclut par un avertissement : « Vu que, malgré tant de manifestations publiques, claires et récentes de l’Eglise, le Père Valeriano Paitoni continue de défendre publiquement ses thèses, je me vois dans l’obligation, avec une sincère douleur, s’agissant d’un frère dans la foi, de publier ce blâme, comme tentative de correction fraternelle, laquelle n’exclut pas d’autres mesures administratives et pastorales appropriées pour remédier à cette lamentable situation ».
Le très conservateur cardinal Eugenio de Araujo Sales, archevêque de Rio de Janeiro, a immédiatement publié une note pour saluer l’attitude « du pasteur zélé de l’archidiocèse de Sao Paulo « .
Malgré ce que prétend l’archevêque de Sao Paulo, l’épiscopat brésilien n’est pas unanime dans la condamnation du préservatif. Le clivage est évident entre ceux de la ligne « conservatrice » et « progressiste » de l’épiscopat, des catégories utilisées dans d’autres domaines, notamment envers les adversaires ou les partisans de la théologie de la libération.
Le cardinal Arns prend position
C’est ainsi que dernière édition du Service missionnaire de la Centrale missionnaire des franciscains à Bonn vient de publier les fortes paroles du cardinal Paulo Evaristo Arns, ancien archevêque de Sao Paulo: « Jésus-Christ ne veut pas que les gens soient infectés par le sida; il n’aurait jamais interdit l’usage du préservatif, la vie étant en cause. Entre deux maux, la morale catholique choisit le moindre mal, en l’occurrence l’usage du préservatif. Les croyants doivent toujours prendre le parti de la vie ».
Dans son plaidoyer pour la protection de la vie, le cardinal Arns a aussi reçu l’appui d’un autre membre de l’épiscopat, Mgr Pedro Casaldáliga, évêque de Sao Felix, dans l’Etat du Mato Grosso. Selon le prélat, d’origine catalane, « aucune vie ne doit être mise en danger. Or en interdisant l’usage du préservatif, on met précisément des personnes en danger de mort ». (apic/cip/plp/ba)
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