Divorcés remariés: Un texte qui tombe très mal, estime Mgr Le Bourgeois

«Le Jubilé était pourtant l’occasion unique»

Paris, 13 juillet 2000 (APIC) Les réactions continuent après la publication romaine du texte confirmant la «non-possibilité» de la communion pour les divorcés remariés. Ce texte tombe très mal, considère Mgr Armand Le Bourgeois, ancien évêque d’Autun. Quant au canoniste belge Rik Torfs, professeur de droit canonique à la Katholieke Universiteit de Leuven (Louvain), il conteste l’intervention romaine, la qualifiant de …..

On ne peut faire abstraction des conditions concrètes de la vie des divorcés remariés, constate en effet Mgr Armand Le Bourgeois en réaction au texte publié le 6 juillet à Rome confirmant la «non-possibilité» de la communion pour les divorces remariés. L’ancien évêque d’Autun, qui suit la question depuis de longues années et lui a consacré plusieurs livres, est choqué. Il dit pourquoi dans une interview que «La Croix» publie dans son édition du 12 juillet.

Les divorcés remariés qui persistent dans leur situation ne peuvent accéder à la communion, à moins d’avoir pris la résolution de vivre comme frères et soeurs, vient de rappeler le Conseil pontifical pour l’interprétation des textes législatifs, déclarant intervenir du fait d’une interprétation «clairement déviante» du Code de droit canon de 1983 chez certains auteurs.

Cette déclaration, comme le note Mgr Le Bourgeois, ne fait que répéter dans l’ensemble le document intitulé «A propos de la pastorale des divorcés remariés», publié il y a un an par le Saint-Siège, un volume de 133 pages qui contenait trois documents: un extrait de l’exhortation de Jean Paul II «Familiaris consortio», publiée en décembre 1981 en conclusion du Synode des évêques sur la famille, une lettre envoyée aux évêques par la Congrégation pour la doctrine de la foi en septembre 1994 et un discours de Jean Paul II adressé au Conseil pontifical pour la famille en janvier 1997.

Ces trois textes, accompagnés de commentaires et d’études, étaient précédés d’une prééface du cardinal Josef Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, synthétisant la position de l’Eglise vis-à-vis des divorcés remariés.

Doublement inadmissible

Aux yeux de Mgr Le Bourgeois, deux points paraissent particulièrement critiquables dans ce texte. D’abord, il tend à dire que toute situation de divorcés remariés est en soi un péché, parce que contraire à la loi, sans tenir compte des circonstances individuelles qui ont pu mener à cette situation. «Lorsque Jean Paul II, dans l’exhortation apostolique sur la famille, parlait de cette situation, explique l’évêque français, il disait que les divorcés remariés sont dans une situation objective de non-conformité à la loi de l’Eglise. Jamais il n’a employé le terme «péché». Dans un document officiel, il est inadmissible, à mon sens, de n’évoquer que l’aspect juridique».

Second point choquant pour l’ancien évêque d’Autun: faut savoir refuser la communion, même publiquement. «Pour moi, c’est inadmissible, répète-t-il: le ministre de a communion donne la communion à celui qui se présente, même si sa situation objective peut poser question».

Mgr Le Bourgeois, qui en 25 ans a rencontré quelque 500 couples divorcés remariés, a l’impression que ceux qui rédigent ces textes officiels n’ont jamais eu vraiment de contacts continus et durables avec des divorcés remariés. Demander à ceux-ci de s’abstenir de relations conjugales s’ils veulent communier «revient à exiger de l’héroïsme, dit-il, or on ne peut demander l’héroïsme à tout le monde. En faire une loi pour accéder à la communion, c’est faire abstraction des conditions concrètes de vie des gens».

En France, à l’heure actuelle, un mariage sur deux «casse» au bout de quelques années. «Ces gens, souvent, se remarient et se trouvent alors être des pécheurs publics, constate Mgr Le Bourgeois. Quelques-uns d’entre eux sont héroïques. D’autres – beaucoup – quittent l’Eglise. Je les comprends en un sens».

Une solution sage

Mgr Le Bourgeois l’a rappelé dans une lettre qu’il a écrite au pape en novembre dernier: il avait été préconisé, lors d’un Synode des évêques tenu il y a vingt ans, que l’on s’inspire de la pratique des Eglises d’Orient. Il s’agirait de constater la rupture, de s’efforcer de réparer les dommages et, si cela s’avère impossible, d’admettre qu’après un long cheminement un nouveau couple puisse être, non pas «remarié», mais pleinement réadmis en Eglise. L’ancien évêque d’Autan pense que c’était «une solution sage». Il ajoute: «En cette année du jubilé, il y avait une occasion unique de réfléchir avec les orthodoxes à ce problème, on ne l’a pas fait. En France, la quasi-totalité des synodes diocésains ont demandé une ouverture dans ce domaine».

Des abus ont-ils motivé la dernière mise au point romaine? Mgr Le Bourgeois l’admet, et il n’est pas d’accord qu’on dise aux divorcés remariés: «Tout cela n’a pas d’importance. Venez quand vous voulez». «Mais réagir ainsi sans aucune nuance ne me paraît pas non plus convenable, précise-t-il. Ce texte tombe très mal, en pleine année du Jubilé, où l’on évoque tout particulièrement la miséricorde et l’ouverture».

Un nouveau raidissement

La déclaration publiée il y a une semaine à Rome par le Conseil pontifical pour l’interprétation des textes législatifs porte atteinte au crédit de l’Eglise, estime pour sa part le canoniste Rik Torfs, professeur de droit canonique à la Katholieke Universiteit de Leuven (Louvain/Belgique). «En précisant dans sa note que les hommes et femmes qui sont remariés ne peuvent pas participer à la communion à moins de s’abstenir de relations sexuelles, l’Eglise risque d’être une nouvelle fois la risée de la société. J’imagine que les évêques belges ne doivent pas être ravis de ce document», réagit Rik Torfs dans le quotidien catholique flamand «De Standaard» du 11 juillet.

Pour le canoniste flamand, ce texte dénote un raidissement. «En premier lieu, il émane du Conseil pontifical pour l’interprétation des textes législatifs. Cet organisme s’occupe de tirer au clair ce qui est flou dans les textes législatifs de l’Eglise. Son interprétation rend un canon juridiquement imperméable».

En cause, en l’occurrence, le canon 915. Il établit que ne sont pas admis à la sainte communion les personnes excommuniées, celles qui sont frappées d’un interdit, ainsi que celles qui «persistent avec obstination dans un péché grave et manifeste». Les personnes divorcées et remariées appartiennent à cette dernière catégorie. «Mais, bien entendu, des notions comme ’péché grave’ et ’avec obstination’ sont sujettes à interprétation, relève Rik Torfs. Le Conseil pontifical supprime cet espace d’interprétation. Elle en réfère en outre au droit canon pour dire que la discussion doit être close».

«En 1994, on a eu sur la communion une instruction du cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui disait la même chose, poursuit le canoniste flamand. Mais dans cette instruction, le canon continuait de primer, en laissant un espace à l’interprétation. Dans la déclaration du Conseil pontifical, ce n’est plus le cas. «Les divorcés remariés ne portent pas encore l’étoile jaune ! Pour Rik Torfs, le raidissement que marque la récente note romaine s’observe dans d’autres domaines, par exemple le non-accès des femmes à la prêtrise». Encore que cette règle a l’»avantage» de pouvoir être adaptée, précise-t-il.

Ce n’est pas le cas avec la règle qui concerne la communion des remariés. «J’ai du mal à imaginer que chaque prêtre va contrôler si une personne est remariée, et, si c’est le cas, si elle s’est abstenue de relations sexuelles. Que je sache, répète-t-il, ces personnes ne portent pas encore l’étoile jaune!»

«Introduire une règle qui n’est pas applicable, ce n’est pas bon non plus pour la crédibilité du droit ecclésiastique, observe Rik Torfs. Et dire que c’est dans leur désir de préserver la vérité que les autorités ecclésiastiques prennent des mesures qui portent atteinte à leur crédibilité! Je pense que les évêques de Belgique ne s’attendaient pas à cette note. A l’occasion de l’instruction de la Congrégation pour la doctrine de la foi de 1994, ils avaient publié un communiqué d’une teneur plutôt libérale. Sans doute espèrent-ils que cette nouvelle note n’aura pas trop de retentissement, pour que l’affaire ne fasse pas trop de vagues».

La position des évêques de Belgique

Selon Toon Osaer, porte-parole de la Conférence épiscopale, les évêques de Belgique n’ont pas encore été officiellement informés par Rome. «Raison pour laquelle ils ne sont pas encore concertés, et je ne pense pas que ce sera pour tout de suite, déclare-t-il. Ils s’en tiennent donc à leur précédente prise de position, aussi longtemps qu’elle n’a pas été infirmée».

Rappelons que la Conférence épiscopale belge, réunie le 8 novembre 1994, avait évoqué la lettre de la Congrégation pour la doctrine de la foi envoyée aux évêques deux mois plus tôt concernant l’accès des divorcés remariés à la communion eucharistique. Dans un communiqué publié le même jour, elle avait précisé: «Les évêques de Belgique reconnaissent que le document romain exprime l’enseignement commun de l’Eglise sur l’indissolubilité du mariage et l’accès à la communion eucharistique des divorcés remariés. «Dans ce cas comme dans d’autres, ils soulignent aussi le rôle important du discernement de la conscience personnelle bien formée. Dans leur mission pastorale individuelle et collective, les évêques s’efforceront d’aider les prêtres et les fidèles à restituer la question dans le cadre plus général du respect dû à l’eucharistie et des conditions d’accès à la communion suivant les paroles de l’apôtre: ’Que chacun s’éprouve soi-même avant de manger ce pain et de boire cette coupe’». (apic/cip/cx/pr)

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