Durban: Témoignage du premier prêtre africain à avoir annoncé sa séropositivité
Durban,17 juillet 2000 (APIC) Le premier ecclésiastique africain à avoir annoncé sa séropositivité demande que les Eglises s’ouvrent à la prévention du sida. C’est au cours de la 13e Conférence mondiale sur le sida, à Durban, en Afrique du Sud, que Gideon Byamugisha, un prêtre de l’Eglise anglicane, a évoqué sa lutte contre le VIH.
Il y a cinq ans, Gideon Byamugisha annonçait publiquement qu’il était porteur du virus du sida. Depuis lors, il est à l’avant-garde des initiatives qui ont fait de l’Ouganda un modèle de réussite en matière de lutte contre le VIH.
Le prêtre anglican a été ordonné en 1992, l’année suivant la mort de sa première femme, Kellen, atteinte du sida. «La sœur de ma femme m’ayant révélé que ma femme était porteuse du virus, j’ai décidé de subir un test. Quand j’ai su qu’il était positif, j’ai pensé que mon avenir sombrait, et il m’a fallu un certain temps pour l’annoncer publiquement.
Soutien des autorités ecclésiastiques
Gideon Byamugisha a déclaré avoir reçu le soutien de son évêque, Samuel Ssekkadde de Namirembe. «Après mon test, je suis allé annoncer les résultats à mon évêque. Je lui ai confié mon désir d’enseigner. Mais il m’a répondu: «Non, maintenant vous avez une mission spéciale». Il m’a donné un logement, et depuis je n’ai cessé d’être entouré d’affection et de compréhension», a déclaré le prêtre, accompagné à Durban de ministres ougandais.
En 1995, j’ai pris la décision de me remarier. Ma deuxième femme, Pamela, avait 21 ans, et venait de perdre son mari. Elle a aussi décidé de subir un test, qui s’est révélé positif. Depuis notre mariage, nous avons toujours utilisé des préservatifs. Je les achète dans les magasins et les gens s’exclament: «Regardez le prêtre.» Je leurs réponds: «Ne soyez pas surpris, j’ai le VIH, je suis marié et c’est pourquoi j’utilise des préservatifs.»
Une des 34 millions victimes du silence
«Je suis l’une des 34 millions de victimes du silence qui entoure tout ce qui concerne le sexe et la sexualité. La première fois que j’ai entendu parler des préservatifs, c’était le jour où j’ai reçu le résultat de mon test. J’aurais dû le passer avant de me marier, en 1987.»
Grâce à «un bon samaritain» des Etats-Unis, Gideon Byamugisha reçoit des médicaments qui, sur le marché africain, représentent cinq fois le montant de son salaire mensuel de 300 dollars EU.
Sur un continent où le VIH se transmet par les contacts hétérosexuels et où, dans certains pays, une personne sur quatre est touchée, les perspectives sont sombres, si l’on en croit les scientifiques présents à la Conférence de Durban.
Les Eglises doivent s’ouvrir à la prévention
Les Eglises doivent dépasser les tabous sur la contraception pour donner aux malades et à toute la population un espoir de survie. Interviewé par l’agence œcuménique ENI, durant la Conférence tenue du 9 au 14 juillet, le prêtre, âgé de 40 ans, a souligné que l’usage des préservatifs n’était pas une marque d’immoralité. Les musulmans ont déclaré la guerre sainte au sida. Selon eux, recourir au préservatif «diminue le péché». L’Eglise catholique romaine, officiellement opposée à l’utilisation des préservatifs, est en train de changer mais sans vraiment l’admettre, estime le prêtre anglican. «Nous avons fait l’an dernier un sondage à Rakai, l’une des régions d’Ouganda les plus touchées par la maladie: 68% de ceux qui utilisent des préservatifs sont des catholiques».
Changement d’attitude salutaire des Eglises et des Mosquées
L’Ouganda, dont le gouvernement a reconnu l’étendue de la crise dès 1986, est une exception. Selon les Nations Unies, le taux de VIH en Ouganda est tombé de 14 à 8%, depuis les années 90. Les médicaments destinés à prolonger la vie coûtent cher pour la majorité des Ougandais. Mais les épidémiologistes pensent que le changement d’attitude par des programmes communautaires – souvent soutenus par les Eglises et les Mosquées – sont la principale cause de la baisse du taux d’infection.
«Nous faisons appel à des témoignages. Après mon intervention, les gens sont stupéfaits, ne pouvant imaginer qu’une personne infectée soit heureuse, et encore moins un prêtre en activité.»
«Les préservatifs sont faits pour des personnes raisonnables»
«Les Eglises sont responsables de la méfiance des chrétiens envers les préservatifs. Elles disent: «Abstenez-vous, soyez fidèles ou alors utilisez des préservatifs, mais seulement en dernier recours». Je ne suis pas d’accord – cela fait croire aux gens que les préservatifs sont réservés aux personnes de mœurs légères. Nous devons lutter contre cette idée. Les préservatifs sont faits pour les personnes raisonnables», a déclaré le prêtre qui souligne l’importance de l’abstinence de relations sexuelles avant le mariage et la connaissance de l’état de santé du partenaire avant le mariage.
A Durban, Gideon Byamugisha a lancé Open Secret, un nouveau livre sur le sida en Ouganda, qui relate son parcours personnel. Il est publié en français et en anglais dans la série «Strategies for Hope». (apic/eni/ua/mjp)
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