Congo RDC: Les évêques réclament un dialogue national et l’unité territoriale du pays

«Que les agresseurs rentrent chez eux»

Kinshasa, 19 juillet 2000 (APIC) Les évêques du Congo ont réclamé un dialogue national et l’unité territoriale à l’issue de leur assemblée tenue à Kinshasa du 10 au 15 juillet. Les agresseurs doivent rentrer chez eux, insistent les évêques, dans un communiqué particulièrement sévère. Les prélats montrent du doigt aussi bien le gouvernement, les pays agresseurs que la communauté internationale. Sans ménager quiconque qui n’œuvre pas dans le sens de la paix.

Les 39 évêques réunis à Kinshasa, sur la soixantaine que compte la Conférence épiscopale congolaise, ont revendiqué l’unité du pays dans son intégrité territoriale. Absent de marque, l’archevêque de Bukavu, Mgr Kataliko, relégué de force au diocèse de Butembo-Beni depuis le 12 février.

Le message répète les prises de position et directives des évêques entendues depuis le début de la guerre dans l’ex-Zaïre (2 août 1998): les «agresseurs» doivent rentrer chez eux; un «dialogue inter-congolais» doit avoir lieu pour mettre en place «un nouvel ordre politique»; les pays partenaires doivent savoir que les Congolais disent «non à la balkanisation, non à toute forme de colonisation».

Le règne de la confusion et de l’anarchie

Dans la première partie du message, les évêques dénoncent une «situation inacceptable»: «Dans les territoires occupés, les armées d’agression et d’occupation en provenance du Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda règnent en maîtres. Dans le territoire sous contrôle gouvernemental, la population se plaint des exactions posées par des soldats incontrôlés et indisciplinés. Par ailleurs, des milices tuent, pillent et spolient les populations. Des tensions ethniques sont exacerbées, poussant jusqu’à des massacres horribles. Le pays donne l’impression d’être devenu un domaine sans propriétaire où les étrangers vont et viennent, font tout ce qu’ils veulent et comme ils veulent. C’est le règne de la confusion et de l’anarchie. Quelle humiliation que d’assister impuissants au spectacle macabre de mort et de désolation parmi la population civile congolaise!»

Après avoir décrit les conséquences de la guerre – nombreux morts, maladies, pillage éhonté du patrimoine économique, pauvreté extrême et insécurité, etc. – les évêques rappellent que, dans leur précédent message, publié à Nairobi en novembre 1999, ils demandaient que le nouvel ordre politique tant attendu par le peuple congolais soit mis en place au plus tard le 30 juin 2000. «Au contraire, nous avons passé le 40e anniversaire de l’indépendance du pays dans la morosité, les gémissements et les pleurs», écrivent-ils.

«Nous constatons au même moment, poursuivent-ils, que nombreux sont ceux qui veulent que des solutions soient vite trouvées dans le cadre du dialogue inter-Congolais; mais il y en a qui, à l’intérieur comme à l’extérieur, cherchent à conquérir ou conserver le pouvoir par la force ! Ces derniers préfèrent la division et font tout pour que le dialogue entre Congolais n’ait pas lieu. Ainsi le fait que la fin de la guerre tarde à venir les arrange fort bien. Il en va également de ceux qui s’enrichissent de manière scandaleuse et veulent exploiter à moindres frais les richesses dont regorge le Congo. Ils souhaitent que la guerre ne prenne jamais fin».

Pour un nouvel ordre politique

La seconde partie du message indique les «voies pour une paix durable». Les évêques demandent «aux dirigeants des pays voisins et frères qui nous font la guerre de retirer leurs forces armées du territoire congolais et de chercher la solution des problèmes par la négociation». A la communauté internationale, aux pays partenaires du Congo et aux «groupes d’intérêts qui cherchent à s’accaparer les richesses» du Congo, ils rappellent «la volonté ferme et unanime de tout notre peuple à garder son pays uni» et disent encore une fois «NON» à la balkanisation; «NON» à toute forme de colonisation…

Au gouvernement, l’épiscopat demande de laisser les Congolais libres de se réunir pour discuter entre eux de l’avenir du pays. «Nous exigeons que le dialogue inter-congolais ait lieu, dans les meilleurs délais, écrivent-ils, afin d’établir le nouvel ordre politique et les institutions démocratiques en vue d’un Etat de droit. Organiser la vie politique dans une seule partie du pays est une consécration de la balkanisation du Congo. Dans cet ordre d’idées, nous insistons pour que soit garantie la libre circulation des personnes et des biens sur l’ensemble du territoire national et que soit traitée en priorité la question de la «nationalité», dans la vérité et sans passions, dans le respect du droit et non par l’arbitraire de la force.

Le message demande enfin aux rebelles de «ne pas vendre cyniquement le pays en servant la cause des étrangers et leurs intérêts égoïstes». (apic/cip/pr)

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