Genève :Les Eglises réclament une action rapide pour endiguer la violence aux Moluques
Genève, 19 juillet (Apic) Les Eglises et organismes religieux en Indonésie et dans le monde réclament une action rapide en vue d’endiguer la violence dans ce pays. Les affrontements s’amplifient entre les communautés musulmanes et chrétiennes dans l’archipel indonésien des Moluques. Certains parlent d’une participation de militaires aux cotés des auteurs de violences contre les chrétiens.
Dans les îles Moluques, au moins 28 personnes ont été tuées ces derniers jours, au cours d’affrontements entre chrétiens et musulmans. Les violences ont éclaté en janvier 1999. On parle de 4’000 morts depuis cette date. Des centaines de milliers de personnes sont contraintes à l’exil.
Une appel a été lancé la semaine dernière, par le secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises (COE), le pasteur Konrad Raiser, au Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Mary Robinson. Celle-ci est invitée d’urgence à effectuer une visite sur place afin d’évaluer la situation.
Cette invitation du pasteur Raiser fait suite à un appel lancé par la Communion des Eglises d’Indonésie qui regroupe un grand nombre d’Eglises protestantes du pays. Ces confessions demandent en effet, l’aide des organismes d’Eglises et des Nations Unies, avertissant que les attaques avaient pour but d’éliminer « la présence des chrétiens et de l’Eglise aux Moluques ».
Au début du mois, Setri Nyomi, secrétaire général de l’Alliance réformée mondiale (ARM) dont le siège est aussi a` Genève, a souligné que l’option qui consistait à envoyer « des forces de sécurité spéciales de Nations Unies » devrait « être sérieusement envisagée comme un moyen de sauver des vies innocentes ».
Une des plus grandes Eglises américaines, l’Eglise presbytérienne des Etats-Unis, a lancé un appel similaire lors de son Assemblée annuelle à la fin juin. Elle demande elle aussi aux Nations Unies d’agir.
En Australie, le nouveau président de l’Eglise unie, le professeur James Haire, spécialiste de l’Indonésie, estime que la violence aux Moluques est « une catastrophe humanitaire aussi grave que celle du Kosovo. Aujourd’hui, des gens meurent, non seulement à cause de la violence, mais aussi de faim et des conditions de vie. Des milliers de femmes accouchent dans la jungle », a-t-il ajouté cette semaine à Adélaide, en Australie, lors d’une conférence de presse tenue durant l’Assemblée de son Eglise.
Selon certains observateurs, la dernière vague de violence a éclaté en mai après l’arrivée dans les îles, de milliers de « combattants » musulmans décidés à mener la guerre « sainte » contre les chrétiens. Des informations font également état de l’entraînement de milices chrétiennes à Halmahera, la plus grande île des Moluques.
Implications politiques
Des représentants du gouvernement accusent les partisans du général Suharto, qui a quitté le pouvoir en 1997 après 32 années de règne. Il financerait en effet, ces combattants, dans le but de déstabiliser le gouvernement du président Abdurrahman Wahid, arrivé au pouvoir l’an dernier. Celui-ci avait décrété un état d’urgence à fin juin, mais l’action semble avoir eu peu d’effet pour calmer le conflit.
Le secrétaire général adjoint de la Communion des Eglises d’Indonésie, Richard Dauley, a réaffirmé pour sa part que la « tragédie humaine » dans la région est « le résultat d’un conflit politique entre plusieurs factions: l’armée, Suharto et ses partisans, les islamistes et les leaders de partis politiques ».
« L’armée veut toujours conserver le rôle qu’elle a tenu pendant 30 ans. Suharto et ses partisans entendent éviter les enquêtes pour corruption. Les intégristes musulmans agissent pour changer l’idéologie de ce pays ».
Clement John, secrétaire exécutif aux droits de la personne auprès du COE, a estimé qu’une visite de Mary Robinson dans la région, comme elle l’avait fait en Tchétchénie, pourrait focaliser l’attention de la communauté internationale.
Il a précisé que même si on ne faisait pas état de viols et d’atrocités généralisées, « la vie des habitants se trouve bouleversée à très grande échelle ». Des militants musulmans auraient lancé une campagne systématique pour chasser les chrétiens de villages où ces derniers étaient en majorité. « Ce n’est peut-être pas une épuration ethnique mais c’est certainement une redistribution ethnique », a déclaré Clement John. Celui-ci compare cette situation à celle qu’avait connu le Timor oriental.
Pour résorber la violence, les milices étrangères doivent être chassées de la région et les leaders des deux communautés doivent se rencontrer., estime encore Clement John. Qui a toutefois mis en garde contre les appels à l’intervention d’une force de maintien de la paix, en soulignant qu’en raison « du sentiment nationaliste très fort en Indonésie à ce moment », un tel appel pourrait « se retourner contre les communautés chrétiennes, et déstabiliser le gouvernement du président Wahid ».
Le COE envisage d’envoyer une délégation interreligieuse aux Moluques une fois que les questions de sécurité le permettront. En attendant, il s’efforce de fournir une « assistance humanitaire » immédiate aux nécessiteux. (apic/eni/ua/pr)
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