Statut de Jérusalem: L’histoire en marche

APIC – Dossier

Patriarches chrétiens, ministres israéliens et palestiniens réunis

Jérusalem, 24 juillet 2000 (APIC) Les trois patriarches chrétiens de Jérusalem – catholique, grec-orthodoxe et arménien – rencontreront lundi et mardi des ministres palestiniens et israéliens pour discuter de l’avenir de Jérusalem, à l’heure où Palestiniens et Israéliens tentent de trouver une solution pour parvenir à la paix. Jérusalem est l’un des points d’achoppement entre les deux parties. Auxquelles il convient d’ajouter les chrétiens. Le pape demande notamment un statut spécial pour la ville. Quoi qu’il en soit, le dogme de l’indivisibilité de Jérusalem est désormais battu en brèche. Dossier.

Les trois patriarches vont s’entretenir lundi et mardi avec des ministres palestiniens et israéliens à la suite de la lettre ouverte envoyée la semaine dernière par les trois patriarches aux participants au sommet de Camp David, a confirmé le Père Rahed Abou Sahlia, secrétaire du patriarche latin Mgr Michel Sabbah. Le Père Sahlia n’a cependant pas précisé le nom des ministres et responsables officiels que les patriarches vont rencontrer.

Les chrétiens entendent obtenir un statut spécial avec des garanties internationales pour la Vieille ville de Jérusalem où se trouve notamment le Saint Sépulcre, où Jésus a été crucifié avant de ressusciter, a précisé le secrétaire du patriarche.

Mercredi dernier, Diodoros I, patriarche de l’Eglise orthodoxe grecque, Mgr Sabbah et Torkom II, patriarche de l’Eglise orthodoxe arménienne, ont signé une lettre ouverte demandant que des représentants des Eglises soient associés au sommet de Camp David et que les quartiers chrétiens de la Vieille ville ne soient pas séparés en cas d’accord de paix israélo-palestinien. Les trois patriarches, dans leur lettre commune adressée au président américain Bill Clinton, au Premier ministre israélien Ehud Barak et au président de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat, ont appelé les participants au sommet de Camp David à « s’assurer que les communautés chrétiennes à l’intérieur des remparts de la Vieille ville de Jérusalem ne soient pas séparées les unes des autres ».

Les trois patriarches réagissaient à des informations parues dans la presse israélienne, selon lesquelles Barak serait prêt à transférer le contrôle des quartiers chrétien et musulman de la Vieille ville à la future entité palestinienne, alors que les quartiers arménien et juif resteraient sous contrôle israélien.

Un obstacle nommé Jérusalem

L’avenir de Jérusalem constitue l’un des principaux obstacles à la conclusion d’un accord israélo-palestinien à Camp David. Dimanche encore, le pape Jean Paul II a réaffirmé que Jérusalem doit bénéficier d’un « statut spécial avec des garanties internationales » en commentant la négociation de Camp David.

« Je voudrais inviter les parties en présence à ne pas négliger la dimension spirituelle de la ville de Jérusalem avec ses Lieux saints et la présence des communautés des trois religions monothéistes », a insisté Jean Paul II à l’issue de l’Angélus, Castelgandolfo, au sud de Rome. « Le Saint-Siège, a-t-il poursuivit, pense que seul un statut spécial avec des garanties internationales pourra effectivement préserver les parties les plus sacrées de la Ville Sainte et assurer la liberté de foi et de culte pour tous les fidèles qui, dans la région et le monde entier, regardent Jérusalem comme carrefour de paix et de vie en commun ».

Le chef de la diplomatie du Vatican, Mgr Jean-Louis Tauran, avait déjà indiqué, lors d’une visite à Jérusalem en 1998, que cette ville « est une réalité unique qui exige un engagement unique, non seulement du Saint-Siège mais de toute la communauté internationale, comme cela s’est produit en 1947 », lors de l’adoption par l’Assemblée générale de l’ONU d’une résolution proposant que Jérusalem soit placée sous un régime international spécial.

Un accord signé entre le Saint-Siège et les Palestiniens à la mi-février et qui mentionnait Jérusalem dans son préambule, affirmant que « des décisions et actions unilatérales modifiant le caractère spécifique et le statut de Jérusalem, sont moralement et juridiquement inacceptables », avait offert l’occasion au Vatican de clarifier davantage encore sa position.

Acceptable pour les trois religions monothéistes

« En ce qui concerne la ville de Jérusalem, l’accord n’entre pas dans les questions de souveraineté ou territoriales qui concernent les deux parties intéressées, Israéliens et Palestiniens », avait pour sa part déclaré Joaquin Navarro-Valls, porte-parole du Vatican, précisant que le texte « se réfère à la dimension religieuse et culturelle universelle » de la ville.

Le Père Angelo Macchi, expert de politique internationale pour la revue italienne « Civiltà Cattolica » a expliqué dimanche à Radio Vatican, que le pape demande que la question de la souveraineté de Jérusalem soit résolue « uniquement à travers des accords entre israéliens et palestiniens » avec l’aide de ceux qui se proposent comme intermédiaires (en ce moment les Etats-Unis). Cela dit, étant donnée l’importance des lieux saints pour les croyants des trois religions monothéistes, il demande de parvenir à un accord garanti de manière internationale, et que l’on tienne compte de la voix des chrétiens, des musulmans et des juifs dans cet accord. Des questions aussi délicates que le libre accès aux lieux de culte pour les pèlerins des trois religions, ou « la construction d’un immeuble de vingt étages devant l’église du Saint Sépulcre » en dépendent.

Pour aider à comprendre la complexité de la question de Jérusalem, le Père Macchi raconte que « lorsque les négociations de Madrid ont commencé, en 1991, le secrétaire d’Etat nord-américain de l’époque avait déclaré: « S’il vous plaît, supprimez le problème de Jérusalem de l’ordre du jour, traitez-le à la fin. Si vous commencez par cela, vous n’arriverez jamais, jamais, jamais à un accord. Lorsque vous aurez résolu les autres questions, vous pourrez passer à celle de Jérusalem et, puisque vous aurez résolu les autres questions, le processus sera alors irréversible. Il faudra du temps, mais on pourra résoudre la question de la souveraineté de Jérusalem ».

Prochaines heures décisives

Selon des responsables israéliens, les prochaines heures devraient être décisives pour savoir si le sommet a désormais des chances d’aboutir à un accord, grâce à des propositions de compromis américaines notamment sur la question de Jérusalem-Est. Washington aurait proposé de diviser Jérusalem-Est, en zones de souveraineté israélienne et en quartiers contrôlés par les Palestiniens. Le degré de contrôle palestinien sur certains quartiers de la vieille ville se situe, selon ces responsables israéliens, entre « une pleine souveraineté et une autonomie très large ».

L’Etat hébreu avait conquis Jérusalem-Est, où sont situés les hauts lieux des trois religions, chrétienne, juive et musulmane, lors de la guerre israélo-arabe de 1967. Il a fait unilatéralement de l’ensemble de la ville sa capitale éternelle. Les Palestiniens insistent pour obtenir la souveraineté sur la vieille ville où résident quelque 200’000 habitants arabes.

oDogme de l’indivisibilité de Jérusalem battu en brèche

Que le sommet de Camp David réussisse ou échoue, il a déjà ébranlé le dogme de l’indivisibilité de Jérusalem, la « capitale éternelle et réunifiée » d’Israël, sur lequel ont grandi deux générations d’Israéliens depuis 1967. Pour la première fois depuis la conquête de la partie orientale de Jérusalem, un gouvernement israélien discute d’un contrôle palestinien de secteurs entiers de la Ville Sainte, tout en évitant autant que possible de trancher sur la question de souveraineté. Fait sans précédent, indique de son côté l’AFP: le ministre israélien de la Justice Yossi Beilin, qui prône depuis longtemps un compromis avec les Palestiniens, a contesté publiquement, vendredi, « le mythe de l’unité de Jérusalem ».

« Ceux qui croient que Jérusalem est unifiée et est reconnue comme la capitale d’Israël (par la communauté internationale) entretiennent un mythe et se nourrissent d’illusions », a déclaré ce haut responsable du parti travailliste du Premier ministre Ehud Barak au quotidien « Yédiot Aharonot ». « Ce serait une erreur historique que de faire échouer le sommet de Camp David sur cette contre-vérité ».

Légitimes revendications

De toutes les questions qu’Israéliens et Palestiniens tentent de régler à Camp David, Jérusalem a été considérée dès le départ comme la plus à même de provoquer l’échec du sommet, tant les positions des deux parties sont irréconciliables.

Le Premier ministre israélien Ehud Barak avait averti que toute remise en cause de la souveraineté d’Israël sur l’ensemble de la Ville Sainte – y compris la partie orientale (arabe), conquise et annexée en 1967 – était exclue, Jérusalem devant rester à jamais « la capitale unie et indivisible » de l’Etat juif. Mais le dirigeant palestinien Yasser Arafat est venu à Camp David avec une exigence tout aussi incontournable, à savoir qu’Israël doit évacuer les territoires occupés en juin 1967, à commencer par Jérusalem-est, dont les Palestiniens veulent faire la capitale de leur futur Etat. L’attachement viscéral d’Israël à la Ville Sainte tient au fait que Jérusalem est la capitale historique et « le cœur » du peuple juif, et que c’est là, dans la Vieille Ville (qui se trouve dans la partie orientale), que se trouve le lieu le plus sacré du judaïsme, le Mur des Lamentations.

Du côté palestinien, l’intransigeance est motivée par le fait que la Vieille ville renferme le troisième lieu saint de l’islam, l’Esplanade des Mosquées, où s’élève la mosquée al-Aqsa (la lointaine), le sanctuaire le plus éloigné où le prophète Mahomet se soit rendu.

Tous les experts palestiniens sont unanimes pour dire que Yasser Arafat ne veut pas entrer dans l’Histoire comme le dirigeant arabe ayant renoncé à Jérusalem et qu’une concession constituerait pour lui un véritable suicide politique. (apic/avec les agences/pr)

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