Fujimori balaie les condamnations et s’autoproclame président

Pérou: Revers pour Alberto Fujimori: l’OEA entrera en matière lors du Sommet du Canada

Lima, 1er juin 2000 (APIC) Impassible face aux critiques de plus en plus généralisées au Pérou et dans le concert mondial niant toute légitimité à son élection du 28 mai, le président Alberto Fujimori s’est autoproclamé président pour un troisième mandat consécutif. Cela avant même l’acte d’investiture auquel est censé procéder le Congrès.

Le Pérou a ainsi fait un pas de plus vers la dictature, malgré la promesse de son président de construire un « Pérou démocratique ». Malgré aussi le nouveau revers international enregistré mercredi par le pouvoir péruvien en raison de la décision du Conseil permanent de l’OEA (Organisation des Etats d’Amérique). Celui-ci a en effet décidé de débattre de la crise péruvienne lors de la session qui réunira du 4 au 6 juin au Canada les chanceliers du continent américain. La Mission d’observation électorale (MOE), par son président Eduardo Stein, a réitéré que « le processus électoral péruvien était loin d’être juste et libre ».

Selon Alejandro Toledo, leader de l’opposition qui annonce une marche de protestation à l’échelle du pays, en dépit de la fraude, en dépit aussi du fait que ces « élections » n’ont été observées par personne au niveau national et international, Fujimori n’obtient guère que 4 voix sur 10. Les chiffres publiés officiellement indiquent que près de 17% des Péruviens ont tout de même voté « Toledo ». Et que plus de 30% ont choisi de « vicier » leur vote. Fait significatif: le taux d’abstention atteint des sommets encore jamais vus jusqu’aux élections du 28 mai – plus de 15% au Pérou et plus de 40% à l’étranger – alors que le vote est obligatoire.

Le président autoproclamé Fujimori n’a donc pas attendu l’acte d’investiture du Congrès. Son groupement, « Peru 2000 », minoritaire dans ce nouveau Congrès – 52 mandats sur 120 – cherche aujourd’hui par tous les moyens à obtenir les 9 voix manquantes. Le pouvoir, dénoncent les deux principaux quotidiens de Lima « El Comercio » et « La Republica » « achète » ces jours des congressistes afin d’obtenir cette majorité par la corruption. Le congressiste récemment élu Tito Chocano, ex-maire de Tacna (sud) révèle avoir reçu une offre de 10’000 dollars pour passer des rangs de l’opposition à ceux de « Peru 2000 ». Le parlementaire de Juliaca, Leoncio Torres a reçu la même proposition. En tout, cinq congressistes – à ce jour connu – de l’opposition ont reçu des appels pour un montant global de 50’000 dollars ainsi que la promesse d’une rétribution mensuelle supplémentaire par rapport à leur salaire de parlementaire.

Conséquences économiques

Au-delà de la condamnation politique nationale et internationale, la plus grande menace pour le régime de Fujimori pourrait sortir du terrain économique. Cette année, indique le quotidien espagnol « EL Pais », le Pérou a reçu une aide de 220 millions de dollars en prêt de la Banque interaméricaine de développement et de la Banque mondiale, et obtenu 175 millions de dollars du gouvernement japonais. 600 autres millions devraient encore être versés cette année. Mais une grande partie de cet argent pourrait être ’congelée’. Cette « perte » affectera en particulier des projets spécifiques de développement. « L’Etat perdra ainsi perdre entre 300 et 400 millions de dollars, qu’il devra alors sortir de son propre budget, avec pour conséquence d’augmenter encore le déficit, estime pour sa part Pablo Secada, de l’ »Unité d’enquête » de la Banque de Santander.

Sur le terrain des exportations, le Pérou espère renégocier en fin d’année un accord généralisé de régime préférentiel avec les Etats-Unis portant sur le textile. Dans les conditions actuelles, pense Pablo Secada, il est difficilement imaginable que cet accord puisse être reconduit. Les exportations de textile ont représenté 575 millions de dollars, sur un total de 6,1 milliards de dollars en 1999. Washington pourrait également couper son aide en d’autres domaines. « Dans tous les cas, la crise politique provoquée par la fraude électorale a provoqué des dommages politiques et économiques considérables pour le Pérou, qui se voit qualifier aujourd’hui de pays à « haut risque » par le marché international », soutien en conclusion l’économiste. (apic/pierre rottet)

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