Suisse: Assemblée annuelle de la Commission catholique suisse pour les migrants
Berne, 1er juin 2000 (APIC) La « Schweizerische Katholische Arbeitgemeinschaft für Ausländerfragen » (SKAF) (Communauté de travail catholique suisse pour les questions des étrangers) fondée en 1965, s’appellera désormais « Commission de la Conférence des évêques suisses pour l’immigration » ou plus brièvement « migratio ». Ce changement de nom a été adopté à l’unanimité par les délégués réunis mercredi à Berne. Il entre en vigueur immédiatement.
L’ancienne dénomination ne désignait aucune indication sur les devoirs de la communauté de travail, a expliqué Urs Köppel, secrétaire général et directeur national de la SKAF. Ce dernier a recommandé chaleureusement aux délégués, à l’exemple des évêques suisses, de suivre et d’approuver la nouvelle dénomination de la SKAF. Après le vote unanime des délégués, l’abbé Jean Paul de Sury, de Genève, président de la commission pour les questions pastorales à l’intérieur de la SKAF, a déclaré qu’il était temps que le terme « étranger » disparaisse de la désignation de la commission.
Dans son rapport annuel, Urs Köppel a relevé que 800’000 catholiques originaires d’un autre pays habitent la Suisse. Ils proviennent en majorité des pays de l’Europe du Sud. Toutefois le nombre des catholiques va en diminuant à cause des retours et des naturalisations. Par contre le nombre des catholiques non-européens est en augmentation, surtout ceux qui proviennent d’Amérique latine ainsi que des pays asiatiques et africains.
Les agents pastoraux des Missions linguistiques contribuent largement à l’intégration des fidèles qui trouvent dans l’Eglise un élément les reliant à leur pays d’origine et à la communauté de leurs compatriotes vivant en Suisse. Fin 1999, il y avait 158 prêtres, 3 diacres et 38 assistants pastoraux dans 153 Missions linguistiques. Ils avaient la charge d’hommes et de femmes de 17 langues différentes.
Pour le directeur national, de nouvelles vues et des expériences montrent que la communauté ecclésiale se réalise à travers de petits réseaux de relations. Dans ces nouvelles formes de communautés ecclésiales, une fonction constitutive revient à l’agent pastoral qui établit les relations et en prend soin. C’est ainsi que croissent les relations personnelles avec les collaborateurs et collaboratrices de l’Eglise. Ce qui permet aussi un meilleur dialogue avec d’autres citoyens. Urs Köppel a enfin rappelé que deux brochures ont été publiée en 1999: « Eglise et intégration ,abordant la contribution de l’Eglise à l’intégration des étrangers ainsi que « Mariages islamo-chrétiens », qui est un guide pastoral traitat des mariages islamo-chrétiens dont le nombre va en augmentant.
Dans la discussion, le Père Roland-Bernhard Trauffer, secrétaire de la Conférence des évêques suisses (CES), a souligné que la présence de beaucoup de catholiques provenant d’autres pays était une chance pour l’Eglise, car ils montrent comment peut être vécu l’Evangile. Leur présence est de la plus haute signification pour les communautés chrétiennes. Les évêques suisses s’engagent, malgré les croissantes difficultés rencontrées – à cause du manque de personnel ou pour des raisons financières – à poursuivre fermement leur appui à « migratio ». Il s’agit en effet d’une action incontournable de l’Eglise en Suisse. Pour accompagner pastoralement celles et ceux qui viennent chez nous. Pour faire confiance à un si grand nombre de personnes venant d’autres pays ».
Deux intervants
Placée sous le thème général, « La religion et l’autre », les organisateurs de l’Assemblée avaient invité Barbara Waldis, ethnologue à l’Université de Neuchâtel, pour présenter « les différences des religions au quotidien ». Quant à l’autre invité, Hans-Ulrich Kneubühler, sociologue à la Haute Ecole universitaire de Lucerne, il a traité du sujet: « l’appartenance à l’Eglise et la relation à l’autre »:
Hans-Ulrich Kneubühler a présenté les résultats d’une étude sur la « Sociologie du travailleur étranger ». Elle est une mise à jour de données faites déjà durant les années 1969-1973. Il en ressort principalement que des personnes qui se déclarent « très religieuses » ont une attitude beaucoup plus négative envers les étrangers que ceux et celles qui se déclarent peu religieuses. Mais il faut dire aussi que les personnes se déclaraient « très religieuses » faisaient juste 4% des personnes interrogées. Les personnes se déclarant « religieuses » ne sont ni particulièrement tolérantes ni particulièrement solidaires. Mais les personnes à qui l’on attribue ces qualificatifs sont naturellement ouvertes envers les étrangers.
Le « bien » et le « vrai »
Ces résultats sont en flagrante contradiction avec le fort engagement du personnel des œuvres d’entraide catholiques envers les autres pays. Cette contradiction et cette tension sont d’ailleurs tout à fait actuelles. Pour preuve, la crise qui secoue l’Action de Carême, autour d’Anne-Marie Holenstein, directrice de l’œuvre d’entraide des catholiques suisses, qui a annoncé lundi sa démission pour la fin de l’année. Explication de Hans-Ulrich Kneubühler: Beaucoup de laïcs comprennent leur engagement dans l’action caritative comme l’expression d’un désir, d’un « bien » à faire, alors que la hiérarchie catholique met souvent cette action en lien avec la question transcendentale du « vrai ». Cette différence dans la compréhension, est aux yeux du sociologue le Lucerne, ce qui a provoqué la crise actuelle à l’Action de Carême.
Barbara Waldis a de son côté développé l’idée suivante: Dans les conflits au sein de familles et couples binationaux, particulièrement de couples islamo-chrétiens, lorsque des différences religieuses deviennent des points de friction, l’enjeu ne se situe pas tellement du côté de la religion. Elle dirait plutôt que les différences religieuses sont instrumentalisées dans des conflits relationnels et dans des conflits de rapports de forces.
Après avoir décrit les changements de signification de la religion au cours de la relation de couple, au moment-clé de la cérémonie de mariage, lors des fêtes religieuses ou lors de l’éducation religieuse des enfants, l’ethnologue de l’Université de Neuchâtel précise en conclusion deux points qui lui semblent importants si l’on veut gérer des différences de religion au quotidien.
L’adaptation à la religion dominante du lieu de résidence semble constituer pour les couples binationaux un mode assez viable d’une pratique bi-religieuse. Elle a l’avantage d’une répartition et une égalité certaine, mais surtout elle repose sur une pratique familiale commune.
Le deuxième point concerne la circulation et l’appropriation par toutes la famille de signes et d’emblèmes religieux d’une culture familiale bi-religieuse. Dans le quotidien des familles et couples binationaux, ce n’est pas la confrontation de doctrines idéologiques, fixées sur le pouvoir de religions monothéistes qui est en jeu. Ce qui est important, c’est la pratique et l’apprentissage d’attitudes religieuses et éthiques ainsi que le sens du sacré qui se manifeste dans des couleurs religieuses différentes et qui – conçus comme ressources – se complètent par leur diversité. La conférencière a illustré ses propos d’exemples concrets, notamment par les réactions d’un couple bi-religieux vivant en Tunisie. (apic/gs/com/ba)
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