Jérusalem: Les «Femmes du Mur» menacées par les juifs ultra-orthodoxes

Digne de l’Iran des ayatollahs!

Jérusalem, 6 juin 2000 (APIC) La victoire devant la Cour suprême israélienne des «Femmes du Mur» – elles désirent prier à voix haute, comme les hommes, au Mur des lamentations à Jérusalem – suscite l’ire des milieux juifs ultra-orthodoxes. La semaine dernière, les partis «haredis» à la Knesseth ont tenté de criminaliser les femmes qui récitent le livre de la Torah dans ce lieu qu’ils veulent transformer en «synagogue orthodoxe».

Les femmes priant avec les rouleaux de la Torah au Mur occidental du temple de Jérusalem pourraient encourir une peine de sept ans de prison si le parlement israélien suivait une proposition adoptée en première lecture la semaine dernière, en l’absence de la majorité des membres de la coalition gouvernementale. Deux projets de loi, plutôt étonnants dans un pays qui se compare volontiers à une démocratie occidentale, ont été proposés par deux partis ultra-orthodoxes, le Shass (séfarade) et le Parti unifié de la Torah (ashkénaze).

Les deux partis religieux ripostaient ainsi à une récente décision de la Cour suprême israélienne donnant aux «Femmes du Mur» la permission de tenir une réunion de prière mensuelle au Mur des lamentations. La Cour les autorise à porter les rouleaux de la Torah et d’autres symboles religieux traditionnels comme les phylactères (lanières de cuir noir nouées au bras et à la tête portant une boîte renfermant des versets de la Bible) et les châles de prière.

Le projet de loi du Shass voudrait, pour la place du Mur occidental, fixer de façon rigide le statut de lieux saint dans la législation israélienne. Ainsi, les activités non-religieuses ne pourraient plus y avoir lieu sans la permission spéciale du rabbin responsable. Les prières «inacceptables» et les vêtements «non appropriés» seraient également interdits, sous peine d’emprisonnement et d’une forte amende.

Le Mur appartient à tous les juifs, pas seulement aux orthodoxes

Le Parti unifié de la Torah va plus loin encore et voudrait imposer la séparation des hommes et des femmes au Mur et punir sévèrement ces dernières en cas de non respect de la loi. Elles encourraient jusqu’à sept ans de prison si elles avaient l’audace de prier avec une Torah, un shofar (trompe de cérémonie faite avec une corne de bélier), un châle de prière ou des phylactères. Selon Avraham Ravitz, du Parti unifié de la Torah, les peines de prison ne sont pas le point crucial de la démarche. Il s’agit davantage pour son parti de souligner que cette affaire est de la plus haute importance: «Au Mur, nous devons nous comporter selon la Halacha (la loi juive)».

«Digne de l’Iran des ayatollahs!», a lancé le député Yossi Paritzky, du parti Shinoui (gauche laïque sioniste) à l’issue du vote. Il a relevé que si le projet avait force de loi, il ne serait plus possible d’organiser des défilés militaires au pied du Mur. «Le Mur appartient au peuple juif tout entier, aux ’haredis’ (ultra-orthodoxes), aux laïcs, aux juifs réformés et conservateurs», a-t-il souligné, en remarquant que la plupart des juifs du monde entier ne sont pas orthodoxes. Avraham Poraz, du Shinoui, a insisté sur le fait que lorsque le Mur a été conquis lors de la Guerre des Six Jours, en 1967, ce n’était pas par des soldats «haredis», qui échappent à la conscription obligatoire.

Femmes insultées par les juifs ultra-orthodoxes

Les «Femmes du Mur» qui sont allées prier au Mur occidental pour marquer le début du mois de Sivan ont été copieusement insultées dimanche par des groupes de juifs ultra-orthodoxes qui leur ont lancé des malédictions. Le 22 mai, la Cour suprême a autorisé les militantes, qui se réunissent au pied du Mur depuis 11 ans, à prier ensemble, à porter des châles de prières et à lire la Torah. La Cour leur a demandé de s’abstenir de porter le «taleth» (châle rituel) et de lire la Torah durant six mois, le temps que le gouvernement se prépare à faire face à cette nouvelle situation. Dimanche, une centaine de femmes membres de tous les courants du judaïsme se sont rassemblées pour prier au Mur sous les sarcasmes et les insultes de fanatiques issus des rangs orthodoxes qui les ont traitées de «lesbiennes». La police a dû intervenir et a procédé à plusieurs arrestations.

Le long combat des «Femmes du Mur» devant la Cour suprême a commencé à la fin des années 1980, alors qu’elles rencontraient une vive opposition d’autres personnes en prières et subissaient même des agressions physiques et verbales nécessitant l’intervention de la police.

Des courants ultra-orthodoxes très minoritaires dans la diaspora

Après plusieurs décisions négatives, les femmes juives ont enfin obtenu gain de cause, mais le parti Shass, estimant que la haute cour israélienne ne représente pas la majorité du peuple, cherche à faire passer à la Knesseth une législation qui réduirait à néant la décision de la Cour suprême. L’esplanade devant le Mur occidental devrait selon lui être traitée comme s’il s’agissait d’une synagogue. Des rabbins nord-américains appartenant au courant de la Réforme ont également protesté contre la tentative de transformer le Mur en une synagogue ultra-orthodoxe, ce qui provoquerait sans aucun doute une crise profonde au sein de la diaspora juive du monde entier, où les courants ultra-orthodoxes sont très minoritaires. (apic/kna/jpost/be)

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