Campagne Jubilé 2000: annuler la dette des pays les plus pauvres

Canada: Les évêques dénoncent les atermoiements des pays riches pour remettre la dette

Ottawa, 9 juin 2000 (APIC) 17 millions de signatures, dont celles de 640’000 catholiques canadiens, ont été récoltées dans le cadre de la Campagne pour le Jubilé 2000 pour annuler la dette des pays les plus pauvres. Cela n’a visiblement pas suffi pour inciter les nations les plus riches à agir de façon décisive, regrettent les évêques canadiens, qui ne « veulent pas laisser passer cette occasion de réaliser la justice sociale à l’échelle mondiale ».

Dans un message à l’occasion de la Pentecôte adressé aux catholiques du Canada, Mgr Gerald Wiesner, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), regrette que l’espoir suscité par l’initiative demandant la remise da la dette aux pays les plus pauvres est aujourd’hui complètement déçu. Les pays riches dont le Canada n’ont pas du tout respecté leurs engagements face à la « criante inégalité » qui règne dans le monde actuel.

Mgr Wiesner remercie les 640’000 catholiques canadiens qui ont signé l’an dernier la pétition lors de la campagne lancée par l’Initiative œcuménique canadienne pour le Jubilé, qu’il qualifie de « succès sans précédent au Canada ». L’évêque de Prince George souligne que tous ont été bouleversés en découvrant l’ampleur du problème de la dette du tiers monde, « choqués de voir tant de pays dépenser autant et même plus en intérêts sur leur dette que pour des services indispensables d’éducation et de santé. » Et de souligner que dans un pays comme la Tanzanie, le tiers des enfants du pays souffrent de malnutrition et moins de la moitié d’entre eux peuvent fréquenter l’école élémentaire.

« Nous avons voulu répondre à l’appel lancé par nombre de leaders mondiaux, dont le Saint-Père qui nous invitait instamment à profiter du Jubilé de l’an 2000 pour penser ’à une réduction importante, sinon à un effacement total, de la dette internationale qui pèse sur le destin de nombreuses nations’. Grâce aux campagnes de sensibilisation et de pression organisées à travers le monde par les Eglises et leurs alliés, nous avons fini par croire qu’un changement pouvait réellement survenir. », écrit-il.

Plus de 17 millions de signatures ont été recueillies et remises aux leaders des pays riches, les pays dits du G-8, lors de leur réunion de l’année dernière à Cologne, en Allemagne. Les évêques du Canada n’ont pas seulement donné leur plein appui à cette campagne, ils ont tenu par la suite à remercier l’Organisation catholique canadienne pour le Développement et la Paix (OCCDP) pour avoir suscité un vaste mouvement de participation.

Avec « Développement et Paix », la Conférence des évêques catholiques du Canada a délégué Mgr Pierre Morissette à Cologne, afin qu’il puisse s’y associer à d’autres évêques de partout à travers le monde et rencontrer le chancelier allemand à la veille de cette réunion cruciale du G-8. « A Cologne, les pays riches ont fait grand état de leur décision de radier 100 milliards de dollars américains de la dette des pays les plus pauvres et les plus lourdement endettés ».

Le Canada et les autres pays riches doivent faire beaucoup plus

Le Premier ministre du Canada, en mars, avait déjà annoncé que le Canada annulerait à 100% les dettes (bilatérales) de certains des pays les plus pauvres. D’autres pays, comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France et, cette année, le Japon, ont aussi rendu publiques des mesures de remise de la dette bilatérale à certaines conditions. « Serions-nous donc parvenus à en finir avec le fléau de la dette des pays les plus pauvres du monde? », écrit Mgr Wiesner. En bref, j’ai le regret de vous le dire, la réponse est non. »

La remise des dettes bilatérales, promise l’an dernier par le Canada, n’a été accordée jusqu’ici qu’à un seul pays, le Bangladesh, et pour un montant de 600’000 $. Et même après la réunion, le mois dernier à Washington, des ministres des finances du monde entier, seuls cinq pays (la Bolivie, l’Ouganda, la Mauritanie, le Mozambique et la Tanzanie) ont commencé à bénéficier d’un allégement en vertu de l’initiative approuvée à Cologne. Comme le rapporte la Campagne pour le Jubilé 2000, « les perspectives de progrès d’ici la fin de l’année du millénaire sont tout aussi alarmantes ». La Banque mondiale estime, semble-t-il, que 19 pays seulement pourront profiter d’un allégement de leur dette cette année (et elle n’a de plan arrêté que pour 14 d’entre eux!) e Reprenant les mots du pape Jean Paul II, Mgr Wiesner écrit que « nous devons poser la question: pourquoi tarder autant à résoudre le problème de la dette? Pourquoi tant d’hésitations? Pourquoi cette difficulté à fournir les fonds nécessaires à des initiatives qui ont déjà été approuvées? Ce sont les pauvres qui font les frais de l’indécision et de la tergiversation. »

Les évêques catholiques du Canada affirment que leur inquiétude amplifie: « Nous ne voulons pas laisser passer cette occasion de réaliser la justice sociale à l’échelle mondiale sans poser les gestes qui s’imposent. Vous pouvez être certains que nous allons poursuivre nos efforts d’éducation et de plaidoyer en faveur de l’annulation de la dette, mesure qui représente une telle nécessité pour les pays et les peuples du Sud. C’est là un engagement que nous avons pris en maintes occasions, et que nous avons renouvelé encore tout récemment lors de la Rencontre des évêques catholiques pour l’Eglise en Amérique, qui a eu lieu en février, à Vancouver. » (apic/com/mk/be)

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