Mgr Lozano Barragan (Vatican) met les points sur les «i»
Rio de Janeiro, 15 juin 2000 (APIC) Les déclarations d’un évêque brésilien d’origine belge à propos de l’usage du préservatif provoquent de grosses vagues au Brésil. Malentendus? Ouverture? La presse du pays s’est largement emparée de l’affaire. Et Mgr Lozano Barragan, président du Conseil pontifical pour la pastoral de la santé, n’a pas tardé à rectifier. En mettant les points sur les «i».
Des déclarations de Mgr Eugenio Rixen, un évêque originaire du diocèse de Liège, font quelques remous au Brésil, après leurs publications répercutées par une agence de presse brésilienne sous le titre: «La conférence épiscopale brésilienne autorise l’usage du préservatif».
De passage au Brésil, Mgr Lozano Barragan (Mexique), président du Conseil pontifical pour la pastorale de la santé à Rome, a aussitôt mis les points sur les i: l’enseignement de l’Eglise sur la question n’a pas changé.
Mgr Eugène Rixen, 56 ans, né à La Calamine et vicaire à Welkenraedt de 1972 à 1979 est parti pour le Brésil en 1980. Envoyé dans le diocèse de Lins (Etat de Sao Paulo), où il a été notamment, il a été nommé en 1995 évêque auxiliaire de l’évêque d’Assis (Sao Paulo), et enfin évêque de Goias, le 2 décembre 1998.
Le moindre mal
C’est le quotidien «Estado de Sao Paulo» qui a mis le feu aux poudres en publiant les déclarations de Mgr Rixen. Ce dernier, qui est coordinateur d’une commission nationale sur le sida, créée dans le cadre de la Pastorale de la santé de l’épiscopat brésilien, s’est exprimé à l’occasion d’une rencontre organisée par cette commission pour aborder le problème du sida d’un point de vue pastoral.
La session, qui s’est ouverte le 12 juin à Indaiatuba (Sao Paulo) et s’achèvera ce jeudi 15 juin, réunit une centaine de prêtres, de laïcs et de représentants d’ONG concernés par le travail auprès des victimes du sida et venus du 16 Etats. Selon «Estado», l’évêque liégeois aurait affirmé lors de cette rencontre que, «entre le préservatif et l’expansion du sida, nous avons l’obligation de choisir le moindre mal», ce qui implique que l’Eglise brésilienne accepte l’usage du latex dans les groupes à risque, «même si les prêtres ne promeuvent pas l’usage du préservatif lors des messes». Au Brésil, les prêtres progressistes, que sont la majorité dans la Pastorale de la Santé, continuent de prêcher les valeurs de l’abstinence et de la fidélité dans le mariage. Mais ils savent également que tous ne suivent pas nécessairement l’idéal chrétien. Par conséquent, s’ils recommandent parfois l’usage du préservatif, c’est simplement pour éviter le nombre de ceux qui meurent du sida.
«Dans le cas de cette maladie, l’utilisation du préservatif n’est pas d’abord une question de morale, mais de santé publique «, a déclaré pour sa part l’abbé Valeriano Paitoni, qui dirige une maison pour les malades du sida à São Paulo.
L’évêque de Goiás, considéré le pivot de la polémique, admet que son avis ne reflète pas la position de tout l’épiscopat brésilien. Il allègue cependant, que quand il défend l’utilisation du préservatif pour les prostituées et les homosexuels, il suit la même position que d’autres représentants de l’Eglise. «D’autres évêques ont parlé le même langage que moi», affirme-t-il encore. Dans les assemblées de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), avec laquelle travaille la Pastorale de la Santé, le sujet est souvent évoqué entre nous, même si tous n’ont pas toujours la même opinion sur le sujet».
Selon l’agence catholique ACI-Prensa (Pérou), Mgr Rixen a fait valoir que c’est du reste la position de l’épiscopat brésilien, puisqu’elle est contenue dans un feuillet publié par la commission qu’il préside à l’occasion de la rencontre. On peut y lire que, pour éviter la maladie, l’idéal est de «s’abstenir de consommer de la drogue», de «vivre chastement avant et durant le mariage», et de «refuser une transfusion sanguine». Mais si quelqu’un «n’accepte pas ces idéaux ou éprouve des difficultés à les vivre, les recommandations de la médecine sont d’éviter l’usage commun de seringues, les relations sexuelles sans préservatif et les transfusions si on ne sait pas d’où provient le sang».
Equivoque
La presse brésilienne n’a pas manqué de saluer cette «ouverture» de l’Eglise. José Serra, ministre de la Santé, présent à l’ouverture de la rencontre, s’est félicité de la position de l’Eglise sur la politique menée par son département pour lutter contre le sida. «Jusqu’ici, l’Eglise n’a pas fait obstacle au travail du gouvernement», a-t-il déclaré, disant espérer qu’elle «continuera par son silence à respecter nos positions, sans entrer dans des polémiques».
Arrivé à Sao Paulo le mardi 14 juin pour participer à la dernier journée de la rencontre, Mgr Javier Lozano Barragan, un archevêque mexicain qui dirige le Conseil pontifical pour la pastorale de la santé, a rappelé lors d’une conférence de presse que l’enseignement de l’Eglise condamne l’usage du préservatif, quelles que soient les circonstances. «L’Eglise défend l’idée que la chasteté et la fidélité dans le mariage sont le moyen le plus sûr d’éviter la contagion», a-t-il déclaré. Même chez les prostituées et les personnes homosexuelles ? Le prélat mexicain a confirmé: «L’enseignement de l’Eglise reste inchangé, et c’est celui du 6e commandement».
Selon Mgr Lozano Barragan, «que quelques-uns, à l’intérieur de l’Eglise, défendent l’usage du préservatif, est un fait totalement isolé». Et d’ajouter: «Quant un évêque s’écarte de la pensée de l’épiscopat, il est équivoque». (apic/cip/plp/pr)
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