Le Ministère de la Santé accuse les évêques d’être « obscurantistes »
Rio de Janeiro/Sao Paulo, 18 juin 2000 (APIC) Le Ministère de la Santé brésilien a sévèrement critiqué la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), qui a publié jeudi un document indiquant que l’usage du préservatif « n’est pas un moyen moralement licite » pour lutter contre la diffusion du sida.
Le coordinateur du programme ETS/SIDA du Ministère brésilien de la Santé, Paulo Teixeira, a vivement réagi en accusant les évêques d’appartenir à des « secteurs obscurantistes ». Pour faire face au développement alarmant de la pandémie du sida au Brésil, les autorités sanitaires mettent l’accent sur l’usage du préservatif comme moyen de protection. Tant la CNBB de manière officielle que certaines personnalités de l’Eglise, notamment le cardinal de Rio de Janeiro Eugenio Araujo Sales, ont déclaré que l’on ne pourra pas prévenir le sida si l’on n’éduque pas les Brésiliens, en particulier les jeunes, à la valeur d’une sexualité correcte et orientée selon la morale.
Le préservatif, « un moindre mal »
La Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB) a réagi officiellement par le biais d’un communiqué sur le préservatif afin de mettre un terme à la polémique suscitée par une prise de position de Mgr Eugenio Rixen. L’évêque de Goias, qui préside une commission sur le sida créée dans le cadre de la Pastorale de la Santé de l’épiscopat, avait laissé entendre qu’en face de l’expansion du sida, l’usage du préservatif était « un moindre mal ». Cette déclaration avait immédiatement suscité une mise au point vaticane rappelant, par le biais de Mgr Javier Lozano Barragan, président du Conseil pontifical pour la pastorale de la santé, à Rome, que l’enseignement de l’Eglise condamne l’usage du préservatif quelles que soient les circonstances. « L’Eglise défend l’idée que la chasteté et la fidélité dans le mariage sont le moyen le plus sûr d’éviter la contagion », a-t-il déclaré la semaine dernière à Sao Paulo.
Solidarité avec les victimes du sida
Afin de « mettre un terme à la controverse », la présidence de la CNBB signale que, « face à la nouvelle diffusée par certains médias sur l’usage du préservatif pour empêcher la transmission du sida, l’Eglise catholique n’a jamais changé sa position sur cette question ». « Du point de vue de la morale catholique, on ne peut accepter la diffusion de l’usage de préservatifs quand cela favorise une vie sexuelle désordonnée, en réduisant la sexualité à un simple objet de consommation et en insinuant que le comportement sexuel, quand il est « sûr », est indifférent d’un point de vue éthique », explique le communiqué.
Aux yeux de l’Eglise, « la meilleure prévention contre le sida est d’éduquer les jeunes à la chasteté, pour exprimer l’union intime de la sexualité avec l’union conjugale ». Après avoir mis en doute l’efficacité du préservatif – de l’ordre de 60 à 65 % au Brésil, avertit le communiqué – la CNBB exprime sa solidarité avec les victimes du sida, dénonce toute forme de discrimination à leur égard et encourage « tous ceux qui leurs accordent une attention spéciale ».
Intervention vaticane
Mgr Rixen, un prélat originaire du diocèse de Liège, avait affirmé lors d’une rencontre organisée par la commission épiscopale qu’il préside, qu’ »entre le préservatif et l’expansion du sida, nous avons l’obligation de choisir le moindre mal », ce qui implique que l’Eglise brésilienne accepte l’usage du latex dans les groupes à risque. Selon le journal brésilien « O Globo », la CNBB a fait marche arrière sous la pression du Vatican, suite à une intervention du secrétaire d’Etat du Vatican, le cardinal Angelo Sodano. « O Globo » affirme que le Vatican, par le biais du nonce apostolique au Brésil, a rappelé aux évêques brésiliens qu’ils ne pouvaient pas changer les enseignements de l’Eglise contenus dans les encycliques, en particulier dans « Humanae vitae ». (apic/cip/aci/kna/be)
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