Rome: Présentation du livre du cardinal Casaroli sur l’Ostpolitik du Saint-Siège
Vatican, 27 juin 2000 (APIC) «Je partage l’idée d’une Europe à deux poumons dont parle Jean Paul II. Comme le dit le pape, il s’agit du problème central d’aujourd’hui», a déclaré mardi à Rome Mikhail Gorbatchev, ancien président de l’URSS, lors de la présentation au Vatican d’un ouvrage de souvenirs du cardinal Agostino Casaroli décédé le 9 juin 1998 -. Ce livre aborde la politique du Saint-Siège vis à vis des pays communistes de 1963 à 1989, dont il a été le principal artisan.
Intitulé " Le martyre de la patience «, le livre rassemble des notes rédigées par le cardinal lui-même, qui a été Secrétaire d’etat d’avril 1979 au 1er décembre 1990, mais qui travaillait déjà à la Secrétairerie d’etat depuis mars 1961.
Lors de la présentation de l’ouvrage sont intervenus, outre M. Gorbatchev, le cardinal Angelo Sodano, l’actuel Secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le cardinal Achille Silvestrini, ami et ancien collaborateur du cardinal Casaroli, aujourd’hui préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales, le président de la Commission européenne, Romano Prodi, et le ministre italien des Affaires étrangères, Lamberto Dini.
Si c’est dans la salle de presse du Saint-Siège qu’ont eu lieu ces interventions, celle-ci accueillait, outre les journalistes, des personnalités invitées par le cardinal Silvestrini, qui a travaillé à la réalisation de l’ouvrage après en avoir reçu le manuscrit de la main de la nièce du cardinal Casaroli. Les premiers rangs étaient donc occupés par l’ancien président de la République italienne, Oscar Luigi Scalfaro, par Mgr Jean-Louis Tauran, secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etat, le cardinal Roger Etchegaray, président du Comité du Jubilé, le cardinal Pio Laghi, ancien préfet de la Congrégation pour l’éducation catholique, et le cardinal Francesco Colasuonno, ancien nonce en Union Soviétique.
" Ce système qui avait tant coûté à l’humanité «
Mikhail Gorbatchev a insisté, tout en rendant hommage à la figure du cardinal Casaroli, sur l’importance de la construction d’une Europe ouverte aux pays de l’Est, sujet qu’il venait d’aborder avec Jean Paul II lors d’une audience privée. " J’ai parlé au pape de l’Europe "à deux poumons >>, selon son expression, a-t-il raconté. Il a renchéri en assurant que c’est "le problème central d’aujourd’hui >>. Cette thèse de l’Europe à deux poumons a une grande signification. «
L’ancien président soviétique a également évoqué sa première rencontre avec le cardinal Casaroli, qu’il a décrit comme " un homme de dialogue «. " C’était un élément particulièrement important pour moi «, a-t-il insisté. M. Gorbatchev avait rencontré Mgr Casaroli la première fois le 13 juin 1988, alors qu’il était depuis peu secrétaire du Parti communiste. Le Secrétaire d’Etat s’était rendu en URSS pour les célébrations du millénaire de la Russie chrétienne et lui avait apporté une lettre de Jean Paul II. Dans celle-ci, récemment publiée pour la première fois dans la biographie du pape écrite par l’américain George Weigel sous le titre " Témoin de l’Espérance «, Jean Paul II proposait à Gorbatchev d’établir un contact direct entre le Saint-Siège et le gouvernement soviétique, pour favoriser la résolution des questions ayant trait à la présence de l’Eglise catholique en URSS.
" Le cardinal Casaroli est venu en Union Soviétique à une époque où des changements essentiels étaient en cours, a affirmé M. Gorbatchev. Nous avons alors expliqué que nous laissions de côté ce système qui avait tant coûté à l’humanité (…) La lettre du pape a été le début aussi d’autres changements».
Gorbatchev a encore salué le rôle joué par le Saint-Siège dans le cadre de la Conférence d’Helsinki sur la Sécurité et la Coopération en Europe, dont Mgr Casaroli avait signé l’Acte final le 1er août 1975. " C’était une étape importante pour l’Europe «, a-t-il affirmé, en évoquant la reconnaissance de la liberté de religion, qui y était mentionnée grâce à l’insistance de la délégation du Saint-Siège.
Romano Prodi, en tant que président de la Commission européenne, a insisté sur l’importance de l’Acte final d’Helsinki et sur celle d’une Europe unie, intégrant l’Ouest et l’Est. " Le cardinal Casaroli avait sur ce point une vision très anticipée, a-t-il dit. Il a donné une énorme contribution à l’Europe. «
Pour Romano Prodi, la politique de dialogue de Mgr Casaroli avec les régimes communistes de l’Est laisse aujourd’hui pour la construction de l’Europe un " héritage " et un " exemple «, par " sa foi, sa patience, son humilité et sa capacité unique d’écouter les hommes et les événements «.
Publié en Italie par les Editions Enaudi, le livre " Le martyre de la patience " contient une page du manuscrit très lisible du cardinal Casaroli, une chronologie précise de sa vie, une préface écrite par sa nièce, Orietta Casaroli Zanoni, qui assistait à la présentation de l’ouvrage, et une longue introduction du cardinal Silvestrini.
Il raconte en plus de 300 pages des anecdotes significatives sur la politique du Saint-Siège concernant la Pologne, la Hongrie, la Yougoslavie, la Tchécoslovaquie et la Bulgarie. On y trouve ainsi des détails sur les décisions prises par le Saint-Siège, dans le cadre de ses tentatives de dialogue avec les gouvernements de ces pays communistes, concernant des figures comme le cardinal Mindzenty, primat de Hongrie, ou le cardinal Wyszynski, primat de Pologne, qui devaient contester cette " ostpolitik " jugée trop compromettante. (apic/imed/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse