Mexique: Installation du successeur de Mgr Samuel Ruiz García au Chiapas

L’Eglise du Chiapas, cible de «vitupérations et de diffamation»

San Cristobal de Las Casas, 3 mai 2000 (APIC) Plus de 50 évêques, ainsi que le nouveau nonce apostolique au Mexique, Mgr Leonardo Sandri, ont participé lundi à San Cristobal de Las Casas à la cérémonie d’installation du successeur de Mgr Samuel Ruiz Garcia, surnommé l’évêque des Indiens du Chiapas. Dans ce diocèse méridional du Mexique, la situation sociale est toujours explosive et la région est fortement militarisée depuis l’insurrection de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) en janvier 1994.

«Tatic Samuel», après quatre décennies à la tête de ce diocèse qui compte près de 75% d’Indios, a remis sa crosse d’évêque à son successeur Felipe Arizmendi Esquivel au cours d’une longue célébration empreinte d’émotion. A cette occasion, l’évêque désormais émérite de San Cristobal de Las Casas, visant les milieux oligarchiques qui dominent la région, a condamné ceux qui «vitupèrent contre cette Eglise et la diffament» parce qu’ils la considèrent comme un «obstacle» à leurs prétentions. Il averti son successeur qu’il serait la cible des mêmes groupes d’intérêts s’il s’avère «ne pas être docile au système et à ses mises en demeure injustes».

«Tatic Samuel», comme l’appellent affectueusement les Indios du Chiapas, a demandé à Mgr Felipe Arizmendi, âgé de 60 ans, d’évangéliser les forces militaires «présentes majoritairement sur notre territoire», bien que cela ne sera pas une «tâche simple». Le gouvernement mexicain maintient quelque 40’000 soldats dans la région pour contrôler la population suite au soulèvement des indigènes qui soutiennent l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN).

Lors de la remise du bâton d’évêque à Mgr Arizmendi Esquivel, une crosse épiscopale réalisée par les artisans indiens, Mgr Ruiz a dit espérer que le commencement de son engagement pastoral à la tête de ce diocèse mettra un terme aux périodes d’incertitude et à la «nuit obscure de notre transition avec ses scénarios médiatiques, politiques et même intra- ecclésiaux». Mgr Ruiz a déclaré que le diocèse de San Cristobal de Las Casas ne s’acheminera en aucun moment vers «la dérive ou la collision interne», souhaitant que cette juridiction pastorale représente «un avenir providentiel au sein de l’Eglise universelle comme témoignage qui doit être donné au monde, tant à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Eglise».

Développer un sacerdoce indigène

Mgr Ruiz a rappelé que la Conférence épiscopale mexicaine (CEM) l’avait chargé de développer le concept d’un futur sacerdoce autochtone, ce qui exige un travail constant pour le respect de l’identité culturelle des populations indigènes. «Nous avançons timidement, mais aussi de façon convaincue vers une Eglise autochtone en suivant les indications du Concile Vatican II et les réflexions qui se sont faites à ce sujet sur le continent latino-américain».

«Tatic Samuel» a déploré le manque de solution au conflit militaire qui persiste au Chiapas, dont la cause est justement «une option qui dit que la pauvreté est le résultat d’une contradiction sociale». Il a demandé à son successeur de renforcer la «pastorale de réconciliation» par le biais du dialogue communautaire, avec toutes les forces en présence, y compris les militaires envoyés au Chiapas. Dans un avenir proche, l’évêque émérite quittera le diocèse qu’il a dirigé durant quarante ans pour s’installer dans la ville de Querétaro, son nouveau lieu de résidence.

Construire la paix

Lors de la longue cérémonie, le nonce apostolique, Mgr Leonardo Sandri, a rappelé à Mgr Arizmendi que son plus grand défi est celui de «construire la paix». Le nouvel évêque a assuré que comme pasteur de ce diocèse, «il défendra les indigènes mais toujours dans le cadre de son travail pastoral». Il a expliqué que sa mission sera une nouvelle étape pour le Chiapas. «Nous sommes tous différents, ne me demandez pas que je sois comme mes prédécesseurs. Chacun a son temps et son moment».

Mais Mgr Felipe Arizmendi Esquivel aura une attention particulière pour les indigènes, car pour lui, «le choix préférentiel pour les pauvres n’est pas facultatif». Dans une interview à l’agence missionnaire vaticane Fides, le nouvel évêque de San Cristobal de Las Casas affirme que le Chiapas a le mérite d’avoir fait connaître au niveau international la misère dont souffrent les indigènes. «On ne peut cacher cela, et c’est cela qui doit guider le travail de tous, de l’Eglise, du gouvernement, de la société civile.» Si dans son ancien diocèse de Tapachula, 3,6 % de population était indigène, le diocèse de Tuxtla Gutierrez, un autre diocèse du Chiapas, en compte déjà 35%, et San Cristobal a quelque 75 % d’indigènes. «Ce fait doit orienter la pastorale, il faut accorder aux Indios une attention prioritaire, comme Jésus nous l’a enseigné: prêter attention à ceux qui en ont le plus besoin.»

Mgr Arizmendi n’a pas de priorités particulières en prenant la direction de son nouveau diocèse: «L’Evangile nous a déjà indiqué la voie et il n’y a rien à inventer». Son premier souci sera de mieux connaître la situation locale, très différente de celle de son précédent diocèse de Tapachula, même si celui-ci se trouvait aussi dans l’Etat du Chiapas. «Ma première exigence sera de m’incarner dans les situations très concrètes», confie-t-il à Fides.

Le monde entier a les yeux fixés sur le Chiapas

En poursuivant l’œuvre de Mgr Ruiz ? «Tous, Mgr Samuel Ruiz Garcia, Mgr Raul Vera Lopez, qui a été coadjuteur à San Cristobal de 1995 à 1999, et moi-même, nous sommes des continuateurs de l’œuvre de Jésus-Christ, répond-il. Notre point de référence est et sera toujours Jésus-Christ. Nous devons continuer son œuvre; nous sommes les successeurs des Apôtres, et Jésus-Christ est notre point de référence.» Il y aura aussi, «sans aucun doute», une pastorale, une évangélisation spéciale pour les Indigènes. «Ce sont les situations qui doivent fixer là où nous devons diriger les priorités, les dimensions de la pastorale, note Mgr Arizmendi. Le Chiapas est depuis 1994 un Etat du Mexique que le monde regarde, et il a été inscrit dans le programme social, économique et politique du pays.

«On ne peut cacher la réalité»

Le nouvel évêque aura donc une attention particulière pour les Indios – il doit encore se familiariser avec leurs quatre langues : tojolabal, tzeltal, chol et tzotzil. " Le choix préférentiel pour les pauvres n’est pas facultatif, il est essentiel pour l’Eglise, insiste-t-il. Le trahir, c’est trahir Jésus-Christ, l’Eglise, l’identité propre de l’évêque. On ne peut en douter. Même si les formes et les lieux changent, il reste toujours cette obligation. C’est une dimension que Jésus-Christ nous a enseignée comme condition nécessaire pour appartenir à son Royaume. «

«On ne peut jamais cacher la réalité, note Mgr Arizmendi. La pauvreté et la misère sont réelles, même si elles ne sont pas propres au Chiapas. Le Chiapas a le mérite d’avoir attiré l’attention au niveau international sur la misère dont souffrent les indigènes. On ne peut cacher cela, et c’est cela qui doit guider le travail de tous, de l’Eglise, du gouvernement, de la société civile. Nous devons tous unir nos efforts pour vivre comme Dieu n le demande, et il demande que l’on vive de manière digne, dans la dignité. La mise à l’écart est une offense au plan de Dieu.»

Dans un des diocèses du Mexique comptant le plus grand nombre de groupes religieux non catholiques, il s’agira ainsi de continuer à travailler à l’unité au-delà de toutes les différences, comme le demande très clairement l’Evangile. «Au Chiapas, nous avons fait des expériences très belles de recherche de l’unité, explique-t-il. Pendant longtemps, le Conseil inter-religieux du Chiapas a été en service, et nous, les évêques, avec les pasteurs des différentes Eglises, nous avons été en dialogue constant pour collaborer ensemble en faveur de la paix. C’est une voie à poursuivre.» (apic/cip/fides/aci/excels/be)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/mexique-installation-du-successeur-de-mgr-samuel-ruiz-garcia-au-chiapas/