Un ami très proche du pape Jean Paul II disparaît

Etats-Unis: Les catholiques américains pleurent la mort du cardinal de New York O’Connor

New York, 4 mai 2000 (APIC) Les catholiques américains pleurent la mort du cardinal de New York John Joseph O’Connor, décédé mercredi soir à l’âge de 80 ans des suites d’une tumeur au cerveau. Ami très proche du pape Jean Paul II, dont il partageait la ligne, il n’était pas seulement le leader spirituel des quelque 3 millions de catholiques de son archidiocèse de New York – qu’il dirigeait toujours à la demande du pape, bien qu’il ait donné sa démission à 75 ans, comme le prévoit le droit canon! – , mais son influence morale était considérable au-delà même des Etats-Unis.

De sa base de la cathédrale Saint-Patrick de New York, le plus vieil évêque encore en activité aux Etats-Unis ne cachait pas ses convictions – que ses adversaires qualifiaient de conservatrices – sur l’avortement et l’homosexualité. Il militait également contre la peine de mort. Il avait sévèrement critiqué des responsables politiques catholiques comme Geraldine Ferraro, qui soutenait le droit des femmes à l’interruption de grossesse, proposant l’excommunication des politiciens catholiques militant pour l’avortement. Paradoxalement, son archidiocèse est à la pointe de la lutte en faveur des malades du sida.

« Tuez-moi plutôt! »

Face aux attentats à la bombe meurtriers contre des cliniques américaines pratiquant l’avortement, le cardinal a toujours dénoncé la violence, déclarant en 1995 sur internet: « Si quelqu’un se sent le besoin de tuer quelqu’un dans une clinique abortive, il devrait plutôt me tuer moi ». Bien que clairement opposé à l’homosexualité, critiquant les catholiques « gays » participant à la Parade annuelle de saint Patrick, il avait toutefois mis en garde ses fidèles contre toute forme de haine contre les homosexuels, arguant qu’une telle attitude ne ferait pas avancer les enseignements de l’Eglise.

Cet ancien aumônier des troupes américaines durant la guerre de Corée et du Vietnam était aussi un ardent défenseur des pauvres. Le cardinal new-yorkais était également connu pour sa sympathie envers le monde juif. En septembre dernier, il avait fait des excuses publiques pour le tort fait aux juifs par l’Eglise catholique durant deux millénaires de christianisme. Ces excuses avaient pris la forme d’une annonce d’une page entière payée 100’000 dollars publiée dans le « New York Times ».

Figure nationale, les candidats à la présidence des Etats-Unis cherchaient son appui. C’était également le plus important allié américain du pape face à une communauté catholique traversée par des courants antagonistes, où le féminisme exerce notamment une grande influence. Il se définissait lui-même comme fermement orthodoxe en matière de doctrine, mais progressiste en matière sociale.

Une santé déclinante depuis son opération au cerveau

Hospitalisé en août dernier et opéré en septembre d’une tumeur au cerveau, le prélat ne s’était jamais remis et sa santé déclinait. Il n’était plus en mesure de prêcher dans sa cathédrale le dimanche. C’est d’ailleurs dans la cathédrale de Saint-Patrick, dans le centre de Manhattan, qu’il sera enterré lundi. La grande foule l’accompagnera dans sa dernière demeure. En février dernier, sentant la fin approcher, il avait fait une dernière visite au pape Jean Paul II. Cette année, la première fois depuis son installation sur le siège de New York, il n’avait pu assister à la fameuse Parade de saint Patrick, patron de la forte communauté irlandaise de la métropole.

La santé du cardinal s’est soudainement dégradée mercredi matin. Il est mort à 20h05 dans sa résidence de Manhattan, accompagné par sa sœur Mary Ward, d’autres membres de la famille, des membres du clergé et des amis. Le cardinal avait reçu le sacrement des malades dimanche dernier.

Né le 15 janvier 1920 à Philadelphie, en Pennsylvanie, John Joseph O’Connor est ordonné prêtre le 15 décembre 1945. Durant 27 ans aumônier militaire dans l’armée américaine, où il devient aumônier en chef de l’US Navy, il quitte le service de l’armée en 1979, avant d’être ordonné évêque. Il est nommé évêque de Scranton, en Pennsylvanie, en 1983, puis archevêque de New York le 26 janvier 1984. Le pape Jean Paul II le créera cardinal lors du Consistoire du 25 mai 1985.

La Légion du Mérite durant la guerre de Corée et au Vietnam

Dans sa jeunesse, qu’il passa dans une famille catholique ouvrière d’origine irlandaise, John O’Connor avait rêvé d’être missionnaire en Chine ou en Afrique. Il entra au séminaire alors qu’il était encore adolescent. Ordonné prêtre, il enseigne et travaille avec des enfants handicapés, avant de répondre à l’appel du cardinal John O’Hara qui cherchait des aumôniers au service de l’armée américaine engagée dans la guerre de Corée. Son engagement lui vaudra la Légion du Mérite, une distinction qu’il recevra également lors de la guerre du Vietnam.

Un grand combattant de l’Eglise et un grand patriote a disparu

« L’Eglise a perdu un grand combattant et le pays un grand patriote dont nous nous souviendrons longtemps », a commenté le pasteur évangélique Billy Graham, qui a souligné le courage du disparu, qui n’avait pas peur de défendre fermement ce qu’il croyait. Le président Clinton, dans un communiqué lu par son porte-parole Joe Lockhart, a déclaré que lui-même et son épouse Hillary étaient attristés par la nouvelle de la mort du cardinal archevêque de New York. Il a estimé que son cheminement de foi le long de sa vie a été une bénédiction pour la nation américaine. Clinton a rappelé son engagement pour donner une voix aux pauvres et aux indigents à New York et à travers toute l’Amérique.

Médaille d’Or du Congrès

En mars dernier, le président Clinton lui faisait remettre la plus haute distinction civile du pays, la Médaille d’Or du Congrès « pour services rendus à la nation », soulignant que pendant plus de 50 ans, le cardinal O’Connor a servi l’Eglise catholique et la nation américaine avec constance et engagement, « que ce soit comme soldat sur le champ de bataille ou au chevet des patients mourant du sida ».

Le candidat républicain a la présidence des Etats-Unis, George W. Bush, n’a pas manqué de commenter lui aussi la disparition du cardinal O’Connor, déclarant que « notre famille américaine a perdu l’un des premiers leaders religieux de notre temps. » Quelques jours avant les primaires de New York, Bush lui écrivait pour exprimer son regret d’avoir tenu un meeting à la Bob Jones University, à la réputation anti-catholique. Les observateurs ont pu à cette occasion mesurer l’influence du très populaire archevêque de New York, y compris en dehors de sa propre communauté. Il était fréquemment présenté comme le catholique le plus influent des Etats-Unis. Suite à ses ennuis de santé, il avait demandé à pouvoir jouir enfin d’une retraite méritée. Son successeur n’a cependant pas encore été désigné par le Saint-Siège. (apic/cnn/bbc/be)

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