Cette intolérance accompagne la montée en puissance du BJP, le parti nationaliste hindou. Après sa nouvelle victoire aux élections nationales d’octobre 99, les intégristes se sentent le vent en poupe et rêvent d’un pays peuplé d’un milliard d’hindous exclusivement. L’idéologie de « l’hindutva » qu’ils professent est explicite: qu’il soit musulman, chrétien, bouddhiste ou jaïn, tout indien descend, même de façon lointaine, d’un hindou. Dès lors, il doit fidélité, sinon à la religion de ses ancêtres du moins à la culture et au mode de vie qui l’accompagnent.
Prétexte religieux
Ainsi que le souligne Francis Gonsalves, prêtre et chercheur indien à Delhi, sous des dehors religieux, les hindous extrémistes combattent surtout les idées égalitaires que professent les religions chrétienne et bouddhiste. Pour le chrétien, la valeur de l’individu est intrinsèque et non pas dépendante de sa naissance et de sa caste. Le fait que de nombreux intouchables, des hors castes, les membres de tribus délaissées soient chrétiens n’est pas dû au hasard.
Or, les troubles organisés à Noël au Gujarat par de véritables milices hindoues ont éclaté dans des villages peuplés de tribus chrétiennes. A l’autre bout du pays, en Orissa, le missionnaire protestant australien Graham Staines, assassiné en 1999 dans le district de Baripada, évoluait dans le même milieu social et ethnique.
L’assassin devient un héros
L’assassin du missionnaire australien brûlé vif dans sa jeep avec ses deux jeunes enfants l’année dernière a agi seul. C’est un homme proche des milieux extrémistes. Pendant une année, il a non seulement réussi à échapper à la police de l’Orissa mais à devenir populaire dans la région. Dans cet Etat très pauvre de l’est de l’Inde, ce criminel qui tenait un discours anti-étranger et fortement pro-hindou a fini par devenir un héros auprès du petit peuple. A plusieurs reprises, la police qui l’avait localisé n’a pas réussi à l’arrêter, à cause de subites manifestations soutenues secrètement, dit-on, par des membres du BJP, parti minoritaire en Orissa.
Chasse aux convertis
Au Gujarat, le BJP, qui gouverne cet Etat à la frontière pakistanaise, va plus loin: il a présenté au parlement une loi qui punit très sévèrement toute conversion forcée à une autre religion, loi qui vise directement les chrétiens accusés de prosélytisme. Or tout le monde sait que les 18 millions de chrétiens (2,3%) répartis dans toute l’Inde ne menacent en aucun cas les 880 millions d’hindous. Mais les écoles chrétiennes, les crèches et les dispensaires
représentent dans cet océan de misère un havre apprécié par des millions d’Indiens, toutes religions confondues. Dans un autre Etat dominé par le BJP, l’Uttar Pradesh, le gouvernement a fait voter une loi qui interdit toute nouvelle construction religieuse, texte qui vise directement la minorité musulmane et ses écoles coraniques.
Le prétexte le plus souvent avancé: la menace que représentent ces écoles par l’appui aux terroristes pakistanais. Dans le même Etat, à Ayodhya, les intégristes se battent pour construire le temple de Rama à la place de la fameuse mosquée détruite en 1992 au cours de sanglantes émeutes.
La menace scolaire
Dans le domaine scolaire, l’excellente réputation de certains collèges chrétiens pose d’ailleurs de gros problèmes à leurs responsables, mis sous pression par les familles hindoues de la classe moyenne qui veulent toutes y inscrire leur progéniture. Les écoles animées par des religieuses, souvent installées dans des régions très défavorisées, accueillent des fillettes hindoues et musulmanes que leur famille trop pauvre n’aurait jamais pu scolariser. Cet accès à la formation et à l’éducation déplaît fortement aux extrémistes qui méprisent l’éducation des filles. En Inde, 50% des femmes sont illettrées, dans le Rajasthan, par exemple, ce chiffre atteint 80% dans les zones rurales.
Les intégristes hindous combattent donc autant les religions minoritaires que la modernité que soutiennent ces communautés. Un fait est significatif de ce processus. Dans le Penjab, un lycée laÏc très réputé voit depuis quelques mois les cours perturbés par les bruyantes cérémonies qui se déroulent sous les fenêtres des classes: une poignée d’intégristes hindous s’est avisée d’occuper un temple depuis longtemps abandonné qui jouxte la cour de l’établissement.
Un évêque harcelé
A Mysore, dans le Karnataka, la communauté catholique vit une nouvelle fois en état de siège. Après la vague d’agressions de 1999, le harcèlement a pris une nouvelle tournure ce printemps. L’évêque catholique du lieu, Mgr Joseph Roy, est assailli de demandes pressantes pour que les paroisses cèdent du terrain pour l’édification de temples hindous. La stratégie de ces mouvements hindous consiste à « cannibaliser » les édifices religieux catholiques.
A Mysore, ces derniers rêvent d’installer un temple juste à côté l’église Sainte-Philomène qui vient d’être restaurée. Un peu plus loin, ils prévoient d’ériger, sur le terrain de la paroisse, à deux pas de l’église Saint-Antoine un vaste temple dédié à Rama. La provocation ne connaît pas de limites. Une autre organisation hindoue veut installer une statue du dieu Hanuman à l’intérieur de l’église Sainte-Anne. L’Inde a beau être marquée au sceau du syncrétisme, ces demandes sont de véritables provocations. Une guerre d’usure s’est engagée qui relève autant de l’occupation des sols, de la contestation des cadastres que de la lutte pour l’hégémonie religieuse. (apic/lib/cc/be)
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