Pas de vraie construction européenne sans sa dimension spirituelle

Fribourg: L’Orthodoxie et l’Europe. Débat à l’Université de Fribourg

Fribourg, 8 mai 2000 (APIC) Il n’y a pas de doute. L’Europe ne se construira jamais sur une base solide sans sa dimension spirituelle. C’est la certitude de Mgr Damaskinos, directeur du Centre orthodoxe et recteur de l’Institut de théologie orthodoxe à Chambésy. Une conviction exprimée samedi dans le cadre des Journées d’Europe de l’Université de Fribourg. Pour l’orateur, une collaboration fructueuse entre l’Occident latin et l’Orient byzantino-slave est une vraie chance pour l’Europe en construction.

La journée d’étude, intitulée «Orthodoxie et l’Europe», était organisée conjointement par les Instituts d’Etudes oecuméniques et de l’Europe orientale et centrale, tous deux basés à Fribourg, et de l’Institut de théologie orthodoxe d’études supérieures à Chambésy. Une soixantaine de personnes ont suivi les exposés des représentants des Eglises orthodoxes de Constantinople, de Russie, de Roumanie et de Grèce. Mgr Pier Giacomo de Nicolo, nonce apostolique à Berne, et le recteur de l’Université de Fribourg, le professeur Henri Steinauer, ont également participé aux débats.

Les orateurs ont abordé la nouvelle donne après la chute du communisme dans les pays de l’Est. Certains hommes politiques occidentaux avaient coutume, autrefois, à faire finir l’Europe à l’endroit même où l’orthodoxie commençait. Une manière de voir qui blessait la sensibilité orthodoxe. Lorsqu’en octobre 1989, le moment arriva de célébrer la naissance d’une nouvelle Europe, une solidarité spontanée a vu le jour sans mettre nécessairement l’accent comme aujourd’hui entre pays développés et pays moins fortunés.

Dix ans plus tard, des motifs égoïstes plaident pour une Europe construite uniquement sur une base politique, économique et législative, négligeant la défense des personnes démunies. C’est ici que les Eglises interviennent. «Vu que les anciens modèles de relations entre l’Eglise et l’Etat ne sont plus valables à l’Est, et qu’à l’Ouest, depuis le temps de la Réforme, un mouvement de sécularisation a mis en relief la relation Etat-peuple, donc la souveraineté populaire, les Eglises n’acceptent pas que la nouvelle politique européenne foule aux pieds les droits de l’homme», insiste Vlassios Phidas, représentant de l’Eglise grecque orthodoxe auprès du Conseil oecuménique des Eglises (COE) et professeur d’histoire de l’Eglise à l’Université d’Athènes et à Chambésy.

La primordiale dimension religieuse

L’archevêque Longin, de Dusseldorf, représentant officiel de l’Eglise orthodoxe russe auprès de l’Union européenne, fait remarquer de son côté que le respect des différentes pays européens et de leurs cultures différentes sont bien des enrichissements de la future Europe unie. Mais pour éviter leur réduction au simple niveau folklorique, il faut absolument se rappeler leurs racines et leurs histoires réciproques. Et la dimension religieuse devient alors primordiale pour la sauvegarde de la création et de la dignité de la personne humaine. On doit d’ailleurs se demander si la négations de ces valeurs n’est pas à l’origine d’un fondamentalisme répandu allant de pair avec un nationalisme accru. Songeant à l’actuelle situation difficile dans les Balkans, l’archevêque Longin s’interroge: Quel avenir faut-il prévoir si de nouveaux conflits ethniques dégénèrent? Où allons-nous, si nous négligeons les dimensions interreligieuses et interchrétiennes ?

Le Roumain Viorel Ionitsa, professeur d’histoire de l’Eglise à Bucarest, propose comme premier pas de reconnaître officiellement que l’Eglise orthodoxe est partie intégrante de l’Europe. En d’autres termes, il faut admettre que l’orthodoxie fait partie, depuis toujours, de l’Europe. D’autant plus que sa diaspora en Occident en a fait la preuve durant de longs siècles. Le métropolite de France, Mgr Jérémie, l’a souligné et démontré opportunément. (apic/maria brun/ba)

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