Lutte pour l’abolition de la dette des pays les plus pauvres

Suisse: Jubilé 2000: que font les protestants?

Berne, 10 mai 2000 (APIC) Alors que le pape Jean Paul II monopolise l’attention, les protestants semblent absents du Jubilé 2000. Pourtant, ils s’engagent sur plusieurs fronts et de concert avec l’Eglise catholique pour l’abolition de la dette des pays les plus pauvres, le dialogue oecuménique et l’avenir de la Suisse, note ProtestInfo. Présentation de ces diverses réalisations.

La question revient de façon lancinante: . Face au Pape Jean Paul II qui monopolise l’attention par toutes sortes de gestes symboliques forts – repentance, béatification, pèlerinages -, les protestants ont les plus grandes peines du monde à faire entendre leur voix et à mettre en évidence leur action.

Pourtant, ils militent dans une grande campagne internationale baptisée elle aussi «Jubilé 2000», de concert avec les Eglises catholiques, qui vise à l’octroi d’un droit d’insolvabilité aux pays du Tiers Monde. Cette opération a déjà abouti en juin 1999 à la remise d’une pétition munie de 17 millions de signatures au sommet des sept pays les plus riches de la planète et la Russie (G8) à Cologne. L’objectif est d’amener les gouvernements des pays occidentaux à tirer un trait sur une partie de leurs créances envers les pays du Sud les plus endettés, argent souvent prêté à la légère et qui a plus d’une fois fini dans la poche de politiciens corrompus.

En Suisse, une communauté de travail composé de Pain pour le prochain, Action de Carême, Caritas, Helvetas et Swissaid s’emploie à sensibiliser les milieux politiques et financiers à ce fardeau qui empêche le développement économique des pays pauvres. Si la cause est juste, le débat concret est aride, moins mobilisateur que les apparitions du pape qui tend à devenir l’unique porte-drapeau du Jubilé 2000.

Foi et injustice

La date symbolique de l’an 2000 ne possède d’ailleurs pas la même résonance chez les protestants et les orthodoxes. «L’aspect mythique de l’an 2000 ne nous apparaît pas comme essentiel. Nous avons estimé que ce n’était pas une date suffisamment significative pour en en faire un événement international», note Geneviève Jaques, du Conseil œcuménique des Eglises (COE), une institution qui regroupe 330 Eglises protestantes, orthodoxes et évangéliques. «Dans le cadre du «Jubilé 2000″, notre engagement spécifique concerne l’abolition de la dette des pays du Sud». Même attitude du côté de la Fédération luthérienne mondiale (FLM) qui, dès 1997, «invite ses membres à faire pression sur leurs gouvernements et les institutions internationales pour atteindre l’objectif de libération de la dette des pays en développement, en tant que célébration de l’année du jubilé «

L’Alliance réformée mondiale (ARM), quant à elle, lie depuis plusieurs années l’expression de la foi chrétienne à l’injustice économique et la destruction écologique. Elle tente de sensibiliser des acteurs cruciaux de l’économie, notamment l’Organisation mondiale du commerce et le Fonds monétaire international, aux impacts désastreux de la globalisation dans les pays du Tiers Monde. Lors de sa récente installation à la tête de l’ARM, le nouveau secrétaire général, le Ghanéen Setri Nyomi déclarait qu’il fallait sortir de l’impasse de la société capitaliste: «Nous devons chercher une nouvelle communauté humaine qui ne dépende plus du capitalisme».

En Suisse

Sur le plan suisse, les protestants ont contribué à plusieurs manifestations marquant l’an 2000. Le 23 janvier dernier, deux célébrations œcuméniques se sont tenues simultanément en la cathédrale de Lausanne et de Genève. Différentes communautés chrétiennes, catholiques, protestants, orthodoxes évangéliques, anglicans, luthériens, pentecôtistes, ont partagé un culte commun et pris l’engagement solennel de se rapprocher. Les fêtes de Pâques ont été rythmées par le grand rassemblement «Protest’An 2000». Organisé à Bienne par l’Eglise réformée Berne-Jura, avec concerts pop et classiques, expositions, débats, ateliers, conférences, ce rassemblement exprimait la diversité de ceux qui composent le protestantisme. Plus de 7’000 personnes ont pris part à la manifestation, et le culte de Pâques a été suivi par 1’000 personnes.

Enfin, la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) et la Conférence des évêques suisses (CES) mettent la dernière main à un travail colossal entamé en 1996 et qui entend nourrir la réflexion sur l’avenir de notre pays. Il s’agit d’un vaste sondage – 40’000 questionnaires envoyés, 1’000 réponses reçues – sur le type de société où nous souhaitons vivre, à l’heure où les fusions d’entreprises donnent naissance à des multinationales dont le pouvoir est nettement supérieur à celui de l’Etat. Face à cette nouvelle réalité, la CES et la FEPS ont estimé que la préparation du vingt et unième siècle était l’affaire de tout un chacun et qu’il fallait mettre en débat les orientations futures du pays et contribuer à la recherche d’un nouveau consensus social.

Initialement prévue pour la date symbolique de l’an 2000, cette consultation œcuménique a pris quelque retard et ne produira son rapport final qu’en septembre 2001. Toutefois, d’ici l’automne prochain, elle rendra public une analyse des 1’000 réponses reçues. (ProtestInfo/jop/mk/pr)

Base biblique

«Vous sanctifierez cette 50e année et publierez la mise en liberté dans les pays pour tous ceux qui l’habitent. Ce sera pour vous une année de jubilé» (Levitique 25,10). C’est cette base biblique qui sous-tend le Jubilé 2000 pour la remise de la dette. La Bible préconise en effet de remettre les dettes tous les 50 ans, de laisser les débiteurs retourner sur leur propriété et de leur permettre un nouveau départ. A l’aube d’un nouveau millénaire, les Eglises et œuvres d’entraide ont estimé qu’il était temps de libérer les pays fortement endettés de ce fardeau pour faciliter un nouveau développement à visage humain.

En Suisse, la campagne «Jubilé 2000» est relayée par Swissaid, Action de Carême, Pain pour le prochain, Helvetas et Caritas. (ProtestInfo/jop/mk/pr)

Belgique: 30’000 signatures pour annuler la dette du Tiers Monde

Signatures remises au ministre des Finances

Bruxelles, 10 mai 2000 (APIC) Quelque 30’000 signatures recueillies en Belgique pour annuler la dette du Tiers Monde ont été remises dans la soirée du 9 mai au ministre des Finances Didier Reynders par une délégation de quatre organisations belges.

La délégation était composée de responsables d’Entraide et Fraternité, organisation catholique connue pour sa campagne annuelle du Carême de Partage et coordinatrice de la pétition, et de représentants du Centre National pour la Coopération au Développement, du Centre pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde et de la Commission catholique Justice et Paix.

La pétition demande au gouvernement belge «que soient adoptées les mesures nécessaires pour annuler la dette extérieure des pays du tiers monde à l’égard de la Belgique afin que, avec les sociétés civiles de ces pays, soient mis en place des fonds de développement visant avant tout la satisfaction des besoins humains fondamentaux (sécurité alimentaire, accès à l’éducation et à la santé)». Elle plaide également pour que «la Belgique intervienne de façon plus active dans le cadre des forums internationaux – Banque mondiale, Fonds Monétaire International (FMI), Club de Paris, Banque centrale européenne – pour faire progresser, auprès des autres créanciers, la volonté d’une annulation généralisée de la dette et ce, sans condition du type des politiques d’ajustement structurel». (apic/cip/pr)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/suisse-jubile-2000-que-font-les-protestants/