Ces derniers temps, confirme Roberto Mejia Alarcon, président de l’Association des journalistes péruviens – qui groupe 8’000 journalistes, sur les 20’000 que compte le pays – nous avons eu à déplorer une trentaine d’agressions physiques contre des journalistes. Nous avons pu constater l’énorme chantage exercé sur eux, les menaces téléphoniques et les diffamations contre les professionnels de l’information ou contre leurs familles. La pression est totale et permanente: « Tu marches avec le pouvoir et son président ou tu peux te chercher un nouvel emploi »… Dans un pays où plus de 53% des Péruviens cherchent un emploi, ainsi que le soutient « La Republica », on peut aisément imaginer le choix du journaliste. Cette grave atteinte à la liberté de la presse est une insulte à l’intelligence humaine, à la dignité du journaliste… », s’insurge Roberto Mejia. Selon lui, le directeur du journal « La Jornada » et deux de ses collaborateurs, à Huaras, au nord de Lima, ont été priés de prendre la porte pour avoir osé critiquer le gouvernement. Deux émissions de radio ont subi le même sort ces jours derniers. Et les journalistes se sont retrouvés à la rue. A Juanjui, en Amazonie, ce sont des militaires qui ont signifié à un journaliste qu’il n’avait désormais plus d’emploi, après une critique contre Fujimori. Les cas sont à multiplier par 100 ou par 1’000… ».
Le 27 octobre 1999, Hugo Borjas, ex-directeur de la rubrique policière d’ »El Chato », fut enlevé en plein centre de Lima et menacé pour qu’ »il se taise ». Cette menace, écrit Paul Bousquet, correspondant de « Radio Canada », faisait allusion à la récente dénonciation du journaliste, à savoir que le tabloïd était financé en partie par le gouvernement en échange de la publication de calomnies contre les principaux candidats à la présidence du Pérou. Borjas a été libéré le jour même.
Le journaliste Guillermo Gonzales, membre de l’Association Presse Libre, a, lui, été associé à la diffusion d’un reportage sur l’opération politique qui visait l’espionnage des candidats Alberto Andrade et Luis Castañeda par les services de renseignements. Dûment documentés sur vidéo, les faits n’ont pas retenu l’attention du Tribunal électoral autrement que pour retourner une accusation formelle contre Gonzales pour obstruction à la justice et « délit contre la foi publique ». Le dossier a été transmis au Ministère Public qui, à son tour, s’en est remis au Haut Tribunal de Justice Militaire!
Une seule donnée illustre la situation: quatre des sept chaînes non câblées sont gérées par une administration désignée par les tribunaux; la cinquième appartient à l’Etat. La sixième, « Frequencia Latina », était celle de Baruch Ivter, dépouillé de sa citoyenneté et de son entreprise.
Le directeur de « El Comercio », Alejandro Miro-Quesada, chef de rédaction, a vu les coups venir. Le doyen de la presse péruvienne a restructuré son actionnariat de façon à prévenir les pressions politiques. Ce qui n’empêche pas que la direction d’encaisser des campagnes de propagande orchestrées par ceux qui veulent remettre en cause son intégrité journalistique. (apic/pb/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse