Victoire des intégristes islamiques qui menaçaient de faire grève

Pakistan: Les lois sur le blasphème ne seront pas amendées, Musharraf fait marche arrière

Islamabad, 17 mai 2000 (APIC) Victoire des intégristes islamiques au Pakistan: la législation sur le blasphème, qui vise les minorités religieuses, sera maintenue. Les lois pakistanaises sur le blasphème, qui prévoient la peine de mort, auraient dû être amendées, mais le général Pervez Musharraf vient de faire marche arrière après la menace par des organisations islamistes d’organiser des manifestations et une grève générale ce vendredi.

Ces lois scélérates sont un redoutable instrument aux mains des islamistes, car il suffit de dénoncer la personne avec laquelle on est en litige d’avoir «mal parlé» contre l’islam pour obtenir une condamnation à mort. Cette accusation est utilisée fréquemment contre les minorités vivant dans le pays, et elle peut avoir de dangereuses conséquences. Pour donner des gages aux islamistes, le général Musharraf, au pouvoir à Islamabad, vient d’annoncer qu’il allait maintenir la législation contestée dans son intégralité.

L’homme fort du Pakistan, qui doit par ailleurs faire face à une fronde des commerçants que l’Etat devrait pour la première fois soumettre à l’impôt, avait pourtant promis le mois dernier l’adoption de mesures contre le «mauvais usage» des lois sur le blasphème, qui prévoient la peine de mort. L’inculpé aurait désormais dû faire l’objet d’une enquête approfondie, alors qu’au cours des 16 dernières années, la police se basait simplement sur les dénonciations de tierces personnes.

La mort d’un évêque

C’est pour protester de manière spectaculaire contre une telle législation scélérate que Mgr John Joseph, évêque de Faisalabad, s’était suicidé le 6 mai 1998 à l’âge de 65 ans. Il s’était tiré une balle dans la tête en signe de protestation contre cette législation spéciale utilisée par les islamistes contre les chrétiens, une petite communauté qui représente 1,5% de la population du pays. Mgr John Joseph avait commis son acte pour dénoncer le tribunal de la localité de Sahiwal, qui avait condamné à mort pour blasphème un catholique du nom de Ayub Masih, dénoncé par un voisin musulman.

Président de la Commission pakistanaise «Justice et Paix», connu en Europe, l’évêque catholique de Faisalabad luttait désespérément depuis des années pour faire abolir ces lois visant les minorités religieuses, en particulier les ahmadis, un groupe d’obédience musulmane, mais considéré comme hérétique par l’islam orthodoxe… et les chrétiens. Les «lois sur le blasphème», une législation pénale datant de l’époque coloniale britannique, avaient été sévèrement renforcées en 1986, durant la dictature du général Zia-ul-Haq, qui avait le soutien des fondamentalistes islamiques. Elles sont souvent utilisées par vengeance et pour régler des conflits personnels, notamment dans des affaires patrimoniales. (apic/misna/bbc/be)

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