Dans un rapport publié le 15 mai à Bruxelles et à New York, l’organisation internationale de défense des droits de l’homme « Human Rights Watch » accuse l’armée rwandaise et ses alliés congolais de commettre massacres et viols dans l’Est du Congo. Leurs opposants, les groupes armés hutus et les Maï-Maï font également subir les pires atrocités aux civils, affirme HRW. Plusieurs régions à l’Est du Congo sont sous contrôle du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), soutenu par le Rwanda.
Selon Peter Takirambudde, responsable de la Division Afrique de Human Rights Watch (HRW), des enquêteurs de cette organisation ont pu visiter des régions contrôlées par le RCD basé à Goma et par l’Armée Patriotique Rwandaise (APR), son alliée. Ils ont pu, entre autres, établir que le 5 février dernier, des soldats du RCD et de l’APR ont attaqué les villageois de Kilambo, au Nord-Kivu, ont ligoté les hommes et ont violé les femmes devant eux avant de les tuer. HRW dispose des noms de trente victimes. Ce massacre aurait été décidé en représailles d’attaques infligées par des groupes armés hutus.
Malgré les démentis du RCD après les accusations portées par l’association locale des « Héritiers de la Justice », HRW confirme que des soldats du RCD ont infligé des tortures sexuelles à plusieurs femmes près de Mwenga, puis les ont enterrées vivantes. Deux femmes de cette localité du Sud-Kivu ont raconté comment les soldats ont déshabillé leurs cinq prisonnières, les ont violées et ont introduit des piments dans leur vagin, avant de jeter les femmes dans cinq trous creusés dans le sol et remplis d’eau salée. HRW dénonce aussi les exactions des Maï-Maï et des groupes armés à prédominance hutue, qui attaquent régulièrement des villages et forcent les habitants à leur remettre leurs biens sous la menace des armes. Les milices hutues utilisent « le viol comme arme de guerre ».
Le système judiciaire s’est écroulé dans les zones RCD
« Sous le régime du RCD, affirme HRW, le système judiciaire s’est écroulé. Les soldats et la police agissent en toute impunité et les autorités judiciaires rechignent à donner suite aux plaintes déposées, surtout quand elles mettent en cause des soldats rwandais ou des soldats du RCD. ». Ainsi, Sébastien Balolebwami a été abattu par des soldats le 10 février dernier après avoir porté plainte pour vol à main armée contre un soldat qui l’avait agressé. Des personnes sont par ailleurs emprisonnées arbitrairement et torturées dans les redoutables centres de détention que sont le « Chien Méchant » ou le « Bureau II ».
Le prétexte de l’incitation à la haine ethnique
« Des groupes de défense des droits de l’homme, des organisations liées aux Eglises et d’autres acteurs de la société civile sont régulièrement menacés, suivis, arrêtés et passés à tabac par les autorités du RCD, qui qualifient d’incitation à la haine ethnique tous les actes d’opposition à leur régime », ajoute HRW. L’organisation rappelle encore que depuis la mi-février, Mgr Emmanuel Kataliko est empêché d’exercer son ministère d’archevêque à Bukavu: il est relégué dans son village natal, hors du territoire contrôlé par le RCD-Goma, qui l’accuse d’avoir « fomenté la haine ethnique » pour avoir osé critiqué, dans son homélie de Noël, les autorités du RCD. « Les populations congolaises, observe encore HRW, considèrent l’armée rwandaise, dominée par les Tutsis, comme une force d’occupation étrangère. Le ressentiment qu’elles éprouvent s’étend souvent à tous les Tutsis, qu’ils soient rwandais ou congolais. » L’organisation de défense des droits humains s’inquiète des pamphlets anti-tutsis qui circulent dans l’Est du Congo et elle affirme que les abus commis par le RCD ou par l’APR ne font qu’alimenter les haines ethniques et durcir les positions des parties en conflit (apic/cip/hrw/be)
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