Angleterre: Prix de la paix remis à un ancien collaborateur des Nations Unies
Londres, 23 mai 2000 (APIC) La cathédrale anglaise de Coventry, devenue le symbole de la réconciliation internationale, a décidé de décerner un Prix de la paix au comte Hans von Sponeck, un ancien collaborateur des Nations Unies qui a démissionné en signe de protestation contre les sanctions imposées à l’Irak par les Nations Unies.
Le comte Hans von Sponeck, lauréat du Prix de la paix Coventry 2000, est un diplomate qui a passé 30 ans au service des Nations Unies et a occupé, entre autres, la fonction de secrétaire général adjoint. Il a démissionné du poste de coordinateur des activités humanitaires des Nations Unies en Irak, où il était chargé de contrôler les importations limitées depuis la mise en place des sanctions, car il jugeait que celles-ci étaient inhumaines et contraires à l’éthique en raison des ravages qu’elles causent dans la population.
« Artisan de paix prophétique »
Les promoteurs de ce Prix estiment que le comte von Sponeck est « un artisan de la paix prophétique car il a su révéler les dangers de la politique menée par sa propre organisation ».
Durant la seconde guerre mondiale, la cité industrielle de Coventry (West Midlands), a été rasée par les bombardements. Sa cathédrale anglicane a été la seule de Grande-Bretagne à avoir été détruite. Après la guerre, une nouvelle cathédrale a été construite sur l’emplacement de l’ancienne. La ville est connue sur la scène internationale pour son action au service de la paix et de la réconciliation dans les zones de confits, et compte des mouvements dans de nombreux pays. On compte 40 branches du mouvement aux Etats-Unis, 32 en Allemagne.
Le comte von Sponeck recevra le prix le 14 novembre, 60e anniversaire du bombardement de la cathédrale de Coventry par les forces aériennes allemandes. La distinction, financée par le chef d’entreprise britannique Sir Richard Branson, consiste en une réplique miniature de la statue de la réconciliation de Josefina de Vasconcellos qui se dresse sur les ruines de l’ancienne cathédrale, et un parchemin signé par l’évêque de Coventry, le doyen de la cathédrale et le maire de la ville. La statue représente deux figures humaines s’embrassant dans un esprit de réconciliation. Il n’y a pas de don en argent.
Le chanoine Andrew White, qui dirige la mission extérieure de la cathédrale, a expliqué à l’Agence œcuménique ENI que le comte von Sponeck avait été envoyé en Irak comme un « homme dur », mais avait été tellement choqué par les effets des sanctions sur les citoyens ordinaires qu’il s’était senti obligé de démissionner. « Il était disposé à sacrifier sa carrière, ses moyens d’existence, son avenir, pour le bien de ce peuple », a fait remarquer le chanoine White.
Le comte von Sponeck est le deuxième lauréat du Prix Coventry, et les organisateurs espèrent en faire un événement annuel.
Symbole du rôle en faveur de la paix
« Ce prix donne une crédibilité au travail accompli par des particuliers et permet de faire connaître certaines choses, que les gens pourraient ignorer. Le nom de Coventry est mieux connu à l’étranger qu’en Grande-Bretagne et le prix symbolise notre rôle en faveur de la paix et de la réconciliation. Ce rôle a trouvé une forme artistique dans la réplique de la statue de la réconciliation de Josefina de Vasconcellos qui a été placée à Hiroshima et sur le site du mur de Berlin », relève le chanoine White. Une troisième réplique est prévue pour le Parlement d’Irlande du Nord à Stormont. Le chanoine White espère que cette troisième réplique pourra être placée sur un socle composé des armes retirées de la circulation dans ce pays. « Mais le retrait des armes n’a pas encore eu lieu, aussi sommes-nous encore en pourparlers avec les autorités à ce propos. »
Le comte von Sponeck, âgé de 60 ans, vit aujourd’hui à Genève. Il s’est dit « très honoré, notamment en tant qu’Allemand », de recevoir ce prix. Il a confié à l’Agence ENI qu’il était devenu conscient, au cours des 17 mois passés en Irak comme coordinateur des Nations Unies, que le programme était « inapplicable ».
« En dépit de la désinformation, devant une souffrance authentique, l’on réalise de plus en plus que le programme n’est pas approprié. C’est un palliatif aux sanctions, qui ne mène absolument à rien. En fin de compte, c’est un échec. La lutte est menée au détriment de la population ».
Selon le comte von Sponeck, l’Occident, qui a mis en place des instruments comme la charte des Nations Unies et les déclarations sur les droits de la personne et de l’enfant, enfreint pourtant le droit international en Irak. Hans von Sponeck se déclare préoccupé surtout par le sort des enfants, qui meurent par milliers chaque mois. L’aide alimentaire arrive normalement, mais le développement spirituel et le sens civique des enfants sont affectés par l’éclatement de la société.
« Entre 60 et 70 % des adultes sont sans emploi. Les entreprises ne fonctionnent plus. La recherche du profit et la prostitution sont courantes. Quel exemple pour les enfants! » Les sanctions ont conduit à l’élimination de la classe moyenne irakienne et à la montée de l’élite politique et des profiteurs.
Le père du comte von Sponeck était un général envoyé sur le front russe durant la deuxième guerre mondiale. En 1944, après le complot du comte von Stauffenberg contre Hitler, il a été exécuté pour son opposition à la politique nazie. « J’ai grandi dans un environnement opposé à la violence. Cela m’a conduit pendant 32 ans au sein des Nations Unies. La charte signifie quelque chose pour moi. Aussi, ai-je estimé qu’il était plus correct de quitter les Nations Unies et d’exprimer mes vues sur l’Irak de l’extérieur ». (apic/eni/mk/pr)
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