Pour le Père Claude Maillard: «Au Congo, il s’agit d’une guerre désastreuse de prédateurs»
Fribourg, 24 mai 2000 (APIC) «Nous assistons au Congo à une guerre désastreuse de prédateurs», analyse le Père Claude Maillard (*), Missionnaire d’Afrique à Fribourg. «Les masques sont tombés, souligne-t-il. Les protagonistes de ce conflit, qui a provoqué la fuite de plus d’un million de congolais déplacés à l’intérieur de leur pays, sont connus. Ils sont largement responsables de cette tragédie».
Et Claude Maillard de rappeler quelques faits expliquant la reprise des hostilités après la chute de Mobutu et la prise de pouvoir de Laurent-Désiré Kabila en 1997: l’attaque de la base militaire congolaise de Kitona en août 1998 a prouvé une alliance stratégique entre le Rwanda et l’Ouganda contre le Congo-Kinshasa. «Paul Kagame nous a forcé la main…», avoue aujourd’hui en privé Yoweri Museveni, le président ougandais, qui souhaite se retirer d’une guerre qui lui coûte cher. Loin des caméras occidentales, l’intervention de l’armée régulière angolaise a été déterminante, une guerre éclair où plus de 700 militaires de l’Armée patriotique rwandaise ont tragiquement perdu la vie, à 2’000 km de leur pays.
Environ 20’000 militaires rwandophones, «bien équipés par l’Oncle Sam», poursuit le Père Blanc fribourgeois, sont déployés dans tout l’est du Congo-Kinshasa. «Un effort de guerre gigantesque pour le Rwanda, petit pays qui ne produit que du café, du thé, et des bananes, dont la moitié du produit intérieur brut est ainsi gaspillé dans une guerre désastreuse et inutile. Ce qui expliquerait cet acharnement à contrôler – quel qu’en soit le prix humain – les richesses minières de l’est du Congo, or, diamants, colombo-tantalite…»
Une clé pour saisir les racines du conflit
La faiblesse de l’Etat congolais après 32 ans de dictature de Mobutu est bien connue, poursuit le religieux fribourgeois. Le Congo est une grande cuvette où se sont déversés les conflits périphériques: conflits interethniques rwandais, burundais, ougandais et angolais. Ainsi très fragilisé, le Congo paie le prix fort pour l’incapacité de ses voisins à résoudre leurs problèmes internes et leur sécurité. Les Congolais avec leurs nombreuses ethnies sont globalement tolérants. Mais le régime de Kabila, lui, ne respecte pas toujours les garanties judiciaires. Menaces et tortures sont dénoncées, journalistes et gens de l’opposition sont ciblés.
La paix viendra par la «société civile»
Malgré cette faiblesse, il existe encore des solutions. Un signe parmi d’autres: les journées nationales de vaccination en octobre dernier ont pu être organisées des deux côtés du front dans la presque totalité des Zones de Santé du pays. La «société civile» reste encore dynamique des deux côtés. Des actions symboliques de protestation non-violente dynamisent la population. Grâce aux Eglises et la «société civile», en collaboration étroite avec les humanitaires, plus de 300’000 personnes nécessiteuses sont assistées dans les régions des combats.
De l’avis du Père Maillard, la paix dans la région du Kivu sera rendue possible par des accords de base, de population à population, avec tous les acteurs locaux : coopératives, petites et moyennes entreprises, associations, ONG locales, Eglises… Pour cela, il convient de renforcer les capacités de la «société civile» et lui donner les moyens de remplir sa mission.
Cette région aussi grande que l’Espagne dispose d’un immense potentiel. «Toutes les ethnies présentes sur cette terre depuis une génération méritent leur place, même les rwandophones, même les étrangers respectueux des droits des populations locales. Par contre, il est clair qu’une seule composante ne peut s’imposer à d’autres. Le peuple congolais est désormais une nation qui n’admettra plus jamais d’être colonisée par une puissance étrangère.» Pour finaliser les Accords de Lusaka, une conférence régionale des Grands Lacs s’impose de toute urgence et le meilleur «facilitateur», de l’avis du Père Claude Maillard, serait Nelson Mandela. Finalement, pour réussir, «un peu de bonne volonté et d’éthique de la part des acteurs principaux est requis: ils devront se mettre à l’écoute de toutes les forces vives du peuple; ils mesureront alors l’immense gâchis provoqué par cette guerre : nombreuses pertes en vies humaines et handicaps physiques et psychiques à vie, perte d’infrastructures (écoles, hôpitaux, unités de production) pour des centaines de millions de dollars.» (apic/cm/be)
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