Indonésie: Réfugiés isolés du monde et privés de tout au Timor Ouest, après les inondations
Jakarta, 24 mai 2000 (APIC) Après les fortes inondations du 16 mai, 130’000 réfugiés, sans toit et sans nourriture sont actuellement soumis à de graves risques d’épidémies, s’inquiète Mgr Anton Pain Ratu, évêque de Atambua au Timor Ouest. Ils survivent comme ils peuvent dans les districts central et occidental de Malacca (Timor Ouest), complètement envahis par les eaux du fleuve Benanain, décrit-il dans un appel qu’il adresse au monde.
Selon l’évêque les réfugiés attendent désespérément un pont humanitaire pour pouvoir apaiser leur faim, pont qui ne pourra atteindre la zone qu’au moyen d’hélicoptères. «Les victimes du désastre manquent de tout. Ils ne possèdent plus que les vêtements qu’ils portent sur eux. Ils ont perdu maison, biens et réserves de nourriture. Ils risquent une épidémie de choléra. Les enfants n’ont plus de lieu où aller pour la classe ni d’instruments didactiques».
Plusieurs villages complètement inondés
Après les pluies torrentielles du 16 mai, le fleuve Benanain, le plus grand du Timor, a débordé sur une superficie d’environ 400 km². Les inondations ont causé la mort de 148 personnes et touché environ 90’000 indigènes et 27’000 réfugiés du Timor Est qui campaient dans la zone. Cette catastrophe, la plus grave depuis 1968, a balayé de nombreux villages et inondé quelques 3’000 maisons. Dans le district de Malacca et la région de Besikama, le courant en a emporté 7’000 autres.
L’évêque de Atambua a survolé la zone le 20 mai à bord d’un hélicoptère de l’ONU: «J’ai rencontré les gens victimes de l’inondation sur la rive occidentale du fleuve Benanain, après avoir pu observer la situation de destruction et de souffrance sur la rive orientale. 90 % de la zone est couverte d’eau. Le fleuve a grossi jusqu’à doubler son débit. Les gens n’ont qu’un seul cri aux lèvres: ’de la nourriture!’».
La pluie, elle, ne laisse pas un moment de trêve aux réfugiés. «Avec les moyens dont dispose le diocèse et la paroisse locale, explique Mgr Pain Ratu, nous avons créé une Commission pour les réfugiés et nous essayons d’acheminer des ressources pour assister les victimes de la catastrophe. Mais les pluies battantes rendent toute démarche plus difficile. Nous ne pourrons pas faire grand chose jusqu’à ce que les voies d’accès à la zone soient à nouveau dégagées».
Réfugiés du Timor Est parmi les plus touchés
Cassianus Teguh-Budiarto, volontaire du «Jesuit Refugee Service» à Atambua, ville située à la frontière entre Timor Est et Timor Ouest, a affirmé que les plus touchés sont les réfugiés du Timor Est: «Sur 148 morts, 10 personnes étaient originaires du lieu, les autres provenaient du Timor Est. Les corps ont été amassés dans des fosses communes, creusées non loin des bords du fleuve Benanain. Les indigènes pensent que le fait d’enterrer les morts auprès du fleuve servira à chasser l’esprit de l’ouragan. Mais les réfugiés ont protesté: ils voulaient une sépulture conforme à la coutume».
Les réfugiés du Timor Est au Timor Ouest sont environ 70’000. Les volontaires espèrent en rapatrier au moins 20’000 durant les prochains mois. «Bon nombre d’entre eux sont encore traumatisés par la violence subie au mois de septembre 1999. Ils vivent dans la misère des camps de réfugiés, éprouvés dans leur corps et dans leur âme. Certains sont morts même après avoir reçu de l’aide de la part des volontaires qui les ont trouvés évanouis dans la boue», raconte Teguh-Budiarto.
Le Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU a envoyé des hélicoptères et 4’000 tentes dans le district de Malacca central. Les sœurs du Saint Esprit ont construit une cuisine de campement et l’administration locale a fait de même dans de nombreux abris. Des douzaines de personnes ont trouvé refuge dans le sanctuaire de Notre-Dame, dans la ville de Tubagi. (apic/fides/mk/pr)
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