L’Eglise veut prévenir les représailles

Liban: L’évêque de Tyr, Mgr Maroun Sader, visite la zone libérée

Rome/Beyrouth, 25 mai 2000 (APIC) Le vide de pouvoir créé par le retrait précipité de l’armée israélienne de la «zone de sécurité» qu’elle occupait au Liban Sud et l’effondrement de l’ALS, l’Armée du Liban Sud, son alliée libanaise, ont incité les chefs religieux à jouer les médiateurs. Les appels se multiplient en faveur d’un déploiement de l’armée dans les régions évacuées par Israël. Sur le terrain, l’Eglise veut prévenir les représailles. Certains villages chrétiens contraints de collaborer avec l’ennemi israélien craignent d’éventuelles vengeances des combattants islamistes du Hezbollah.

«Sécurité, sécurité», clament les habitants de la région libérée. «On nous avait promis que les partis n’entreraient pas dans cette zone», déplore Mgr Elias Kfoury, l’évêque grec-orthodoxe de Marjayoun/Tyr, qui fait état d’exactions. «Les partis sont entrés sans coordination. Nous n’accepterons pas d’excuses. L’armée doit se déployer», rapporte jeudi le quotidien libanais «L’Orient-Le Jour».

Refuge dans la cathédrale

Plus de 1’500 des 2’400 ex-miliciens de l’ALS se sont livrés aux autorités libanaises, ainsi qu’aux milices chiites du Hezbollah et d’Amal. Près de 180 ex-miliciens, tous chrétiens, se sont rendus dans une cathédrale à Marjayoun, ancien quartier général de l’ALS. Les supplétifs d’Israël ont passé la nuit de mardi à mercredi dans la cathédrale grec-orthodoxe de Marjayoun où ils s’étaient réfugiés, craignant pour leur vie après avoir été abandonnés sur place par l’armée israélienne. 30 ex-miliciens, tous druzes, accompagnés de chefs religieux druzes, se rendaient auparavant aux gendarmes libanais à Hasbaya, à 15 kilomètres au nord de Marjayoun.

Entre-temps, le chef druze de l’ALS dans le secteur oriental de l’ancienne zone occupée, Nabih Abou Rafeh, s’était enfui en Israël. Sur les 1’545 ex-miliciens de l’ALS qui se sont rendus depuis début mai, 325 sont druzes, 220 chrétiens et un millier chiites, selon «L’Orient-Le Jour». Les ex-miliciens seront traduits en justice pour «intelligence avec l’ennemi israélien». Le tribunal militaire libanais, présidé par le général Maher Safieddine, poursuit le procès de certains membres de l’ALS incarcérés depuis un certain temps déjà.

Le retrait précipité et non coordonné de l’occupant israélien du Sud Liban – la résolution 425 de l’ONU exigeait un retrait immédiat et sans conditions – a créé un dangereux vide de pouvoir. L’annonce du Premier ministre israélien d’un retrait des territoires occupés, de manière inconditionnelle, avant le 7 juillet, avec ou sans accord du Liban et la Syrie, a créé une situation délicate dans la région. Face aux craintes de vengeances entre factions, l’évêque maronite de Tyr, Mgr Maroun Sader, s’est rendu dans les zones libérées pour tenter de servir de médiateur et faire en sorte que le processus de récupération des territoires se déroule de manière pacifique.

Pas d’actes de vengeance

Mardi, l’évêque de Tyr s’était entretenu avec le président du Liban et lui avait fait part de son inquiétude. Mgr Joseph Khoury et le vicaire patriarcal Roland Aboujaoudé l’accompagnaient. «Le président libanais Emile Lahoud nous a assuré que l’Etat libanais a l’intention d’être juste avec tous ses citoyens et qu’il n’y aura pas d’actes de vengeance dans la région. Il nous a dit qu’il ne ferait qu’appliquer la loi, avec le maximum de clémence possible «, a-t-il expliqué au quotidien catholique italien «Avvenire». «Nous sommes tous en faveur de la cohabitation», a-t-il ajouté.

L’évêque de Tyr a reconnu qu’il avait eu des contacts avec la guérilla islamiste pour tenter d’éviter les débordements. «J’ai eu des contacts aussi bien avec le Hezbollah à travers les services d’information de l’Armée libanaise, qu’avec le mouvement Amal, à travers le président du Parlement Nabih Berri (et leader de Amal – ndr). Tous deux ont promis de faire tout leur possible pour que les choses se déroulent dans le calme le plus absolu.»

Priorité à la restauration de l’Etat libanais

L’évêque maronite a l’intention de visiter le plus grand nombre de villages possible, notamment les villages chrétiens de Alma Chaab, Debel, Rmeich et Ain Ebel. Mgr Sader veut transmettre aux fidèles chrétiens qui ont vécu 22 ans sous occupation israélienne ce message: «Je leur dis de mettre avant tout leur confiance en Dieu, puis dans les structures de l’Etat libanais, qui, comme nous l’espérons, traitera les personnes avec clémence et équité». Les partis islamistes accusent Mgr Sader de sympathiser avec l’ALS… «Je vis dans cette région depuis quarante ans et j’ai de bonnes relations avec tous les habitants. J’espère qu’à partir de maintenant nos relations seront uniquement avec l’Etat libanais. Je demande par conséquent à tous les partis politiques de prendre en considération la situation particulière du Liban Sud sans oublier que nous sommes tous en faveur de la cohabitation entre les différentes communautés du pays.»

Le Ministre iranien des Affaires étrangères: appel à l’harmonie islamo-chrétienne

En visite jeudi matin à Bint J’beil, l’un des points d’appui de l’ALS tout juste libéré, le Ministre iranien des Affaires étrangères a lancé un appel à l’harmonie islamo-chrétienne entre les résidents du Liban Sud. L’Iran est avec la Syrie le principal soutien des miliciens islamistes du Hezbollah qui ont mené la vie dure à l’armée israélienne et à ses supplétifs libanais ces deux dernières décennies. Le ministre iranien a eu des entretiens avec le gouvernement libanais sur le rôle futur du Hezbollah. Il est attendu vendredi en Syrie. Selon la télévision libanaise, les forces de sécurité intérieures libanaises (FSI), accompagnées d’officiers de l’ONU, sont entrées jeudi matin à Marjayoun, où se trouvaient les quartiers généraux de l’armée israélienne et de l’ALS. (apic/cip/zenit/orj/jpost/be)

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