Zimbabwe: Le porte-parole de la Conférence épiscopale dénonce les dérapages du pouvoir

«Le gouvernement zimbabwéen agit de façon irresponsable»

Harare, 25 mai 2000 (APIC) «Le gouvernement zimbabwéen agit de façon totalement irresponsable», dénonce le Père Oscar Wermter, porte-parole de la Conférence épiscopale catholique du Zimbabwe. Lors de son passage cette semaine à Vienne, le jésuite d’origine allemande a sévèrement critiqué l’attitude du gouvernement de Robert Mugabe, dont il dénonce les dangereux dérapages.

De peur de perdre le pouvoir après 20 ans de règne, des partisans de la ligne dure au sein du gouvernement dominé par le parti ZANU-PF n’hésitent pas à brandir la menace d’une nouvelle guerre civile. «Mais ils ne sont pas rappelés à l’ordre par le président Mugabe», a-t-il déclaré au correspondant de l’APIC à Vienne.

Le Père Wermter était dans la capitale autrichienne à l’invitation du bureau de coordination de la Conférence des évêques d’Autriche pour le développement international et la mission. Participant à la discussion sur le conflit pour la propriété de la terre au Zimbabwe, où la grande partie des terres est aux mains d’une poignée de fermiers blancs, il a déploré le climat de terreur que font régner quotidiennement les bandes de jeunes partisans de la ZANU.

Une religieuse maltraitée par des bandes de jeunes de la ZANU

Ainsi ces jours derniers, un commando volant de la ZANU a contrôlé un bus et exigé des passagers de présenter leur carte du parti au pouvoir. Une religieuse, la seule qui en était dépourvue, a été passée à tabac. Les évêques ont protesté auprès du gouvernement. Mais, insiste le Père Wermter, le gouvernement et le président sont restés sourds à l’offre de médiation de l’Eglise. Au contraire, le gouvernement verse de l’huile sur le feu et suscite de façon irresponsable un climat de guerre civile.

Pour le religieux jésuite, les Blancs vivant dans le pays et la Grande-Bretagne, l’ancienne puissance coloniale, sont désignés comme des «ennemis» alors qu’en réalité, c’est le pouvoir lui-même qui est responsable de la crise. Il s’agit pour la ZANU-PF, à la veille des élections du 24 juin, de se maintenir par tous les moyens au pouvoir alors que ses positions s’effritent, notamment dans les villes, déjà perdues au profit de l’alliance de l’opposition MDC (Movement for Democratic Change), affirme le porte-parole de la Conférence des évêques.

Un archevêque entendu par la police

L’archevêque de la ville de Bulawayo, au sud-ouest du pays, Mgr Pius Ncube, a été entendu par des agents des services secrets de l’Etat, à la suite de propos qu’il a tenus récemment contre l’occupation illégale des fermes appartenant aux Blancs. Ces occupations ont déjà causé la mort de 25 personnes, en majorité des Noirs. Le prélat a répondu aux policiers venus lui demander, sans brutalité, les raisons de sa prise de position dans le conflit. Les dirigeants zimbabwéens estiment que l’Eglise ne doit pas s’occuper de politique et adopter des positions partisanes.

Pour souligner sa détermination à poursuivre la lutte contre l’injustice, Mgr Ncube a déclaré à la presse que l’interrogatoire des agents de la police ne lui faisait pas peur. «Je continuerai à m’exprimer publiquement contre toute mauvaise décision gouvernementale, au prix de ma vie s’il le faut», a-t-il lancé. «Lorsque le gouvernement se trompe, nous le disons en public, mais aussi s’il fait du bien, nous le féliciterons de la même manière». Enfin, il a fait remarquer que les activités de sa paroisse sont espionnées. (apic/kpr/ibc/be)

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